MÉMOIRE
de travaux de serrurerie faits pour le compte de M. Honoré de Balzac^ rue Fortunée, 'nP 42y par Grimault, serrurier, rue du Faubourg-Saint- Honoré, n° 415.
Savoir :
Mai 1850. — Fait l'ouverture de la serrure du verrou de la porte cochère, ouvert ladite porte à l'aide d'un levier, refermé le tout après la rentrée de la voiture, qu'il a fallu aider au postillon à placer, eu égard au temps
passé et déplacement la nuit,
vaut Fr. 3 50
Juin. — Refait le même travail pour la sortie de la voiture précitée, et avoir aidé à la conduire et remiser dans une remise, rue du Faubourg-Saint-Honoré, n° 228. 2 50
Total. . . . Fr. 6 »
Pour accit, M. Grimaut, le 19 cetambre 1850,
Cette émouvante arrivée, ce drame dans sa propre maison, étaient, il faut le reconnaître, de fâcheux présages pour commencer cette vie à deux tant souhaitée par le grand écrivain. En eut-il le pressentiment, et cette pensée influa-t-elle sur les quelques mois qui suivirent? On l'ignore. Mais, s'il faut en croire divers témoins et amis tout à fait dignes de foi, il ne trouva pas, dans le Jénouement de son long roman, tout le bonheur espéré.
UN ROMAN d'amour i07
Sans parler du silence absolu gardé sur ce point par madame Surville dans son volume, nous tenons de plusieurs contemporains qu'à la mort de Balzac l'union du nouveau ménage était déjà fort altérée. Ce fait, Victor Hugo le précise absolument dans son livre posthume : Choses vues. Le récit de cette mort contenu dans ce volume est des plus poignants, et des plus importants comme document authentique et enregistré de visu.
L'auteur d'Hernani, inquiet des bruits qui courent sur l'état de santé de Balzac, va s'informer lui-même chez le malade. 11 est reçu par une servante qui lui répond, en parlant de son maître: « Il est perdu. Madame est rentrée chez elle. » Puis, Hugo pénètre dans la chambre du mourant, où, dit-il : « une vieille femme, la garde et un domestique se tiennent debout des deux côtés du lit » .
A cette heure suprême, une vieille femme,
— la mère de l'agonisant, — une garde et un domestique veillaient donc seuls à son chevet I
Une dernière ironie du sort, et non la moins invraisemblable, attendait encore le grand homme avant qu'il disparût pour jamais. Dès qu'il eut rendu le dernier soupir, on fit aussitôt mouler sa main, qu'il avait fort belle. Nous possédons un de ces précieux moulages, ainsi que la facture du mouleur. Or, veut-on savoir comment, dans son mémoire, ce dernier désignait l'auteur de cent chefs-d'œuvre, l'écrivain dont la renommée était alors européenne, et le nom connu dans le monde entier? Son compatriote, peut-être, — non pas son voisin pourtant, puisque notre homme demeurait rue Monlorgueil, — mais un habitant de Paris, en tout cas, ignorait abolument cette gloire et même ce nom, et l'appelait, non plus : comte de Balzac, comme le directeur de la Maison de Santé, mais : Monsieur BalsaqmU!
UN ROMAN d'amour lOO
Nous serons moins irrespectueux envers cet individu, dont l'état civil mérite vraiment, nous semble-t-il, d'être recueilli, et nous terminerons notre récit par ce dernier renseignement : il se nommait Marminia I
Novembre 1893.
A PllOPOS