Germaine^ t. I, p
raccouplement de deux vanités K » Il enlève ainsi le caractère trop absolu de sa maxime : il l'humanise, en y introduisant la relativité inhérente aux choses terrestres.
De même, les conceptions romantiques de Barbey d'Aurevilly ont subi l'épreuve du temps. Elles se sont à leur tour transformées. « Oh! vous êtes un jeune poète, une espèce de René^! » s'exclame emphatiquement Germaine de Valombre devant les subites tristesses d'Allen en 1835. On sent que cela n'est pas le cri du cœur : c'est une exclamation littéraire, dans le goût de l'époque. On y retrouve trop le voisinage de Chateaubriand et l'influence des préoccupations que l'authentique René a fait naître dans l'esprit de ses contemporains. En 1883, Yseult de Scudemor dira plus justement à Allan, avec cette vérité de l'âme qui rejette dans ses élans sincères tout manteau d'emprunt et tout ressouvenir esthétique : « Oh ! vous êtes un trop grand poète pour nous ^ ! » Et l'ironie qu'elle met dans ses paroles est ici bien plus saisissante. Elle se rapproche aussi davantage de la réalité de tous les temps. Elle ne porte plus de date.
Je pourrais multiplier les exemples du changement profond qui s'est fait, de 1835 à 1883, dans la pensée de Barbey d'Aurevilly. Mais toutes les comparaisons de textes qu'il serait loisible de tenter à cet égard ne tendraient qu'à confirmer les précédentes remarques.
Mieux vaut, pour terminer cette étude, observer l'évolution du style qui s'est accomplie parallèlement chez notre auteur. Elle n'est pas moins intéressante. Elle l'est même davantage en un sens, car les corrections purement littéraires ont été plus d'une fois, pour d'Aurevilly, l'occasion de retoucher et d'amender ses idées.
C'est surtout à remanier, à restreindre d'interminables dissertations, qui abondent dans Germaine, que Barbey d'Aurevilly a mis son soin et apporté une notable rigueur. Il les nettoie de tout le faux or dont il se plaisait naguère à les surcharger, leur enlève le clinquant qui les déparait et dont il croyait autrefois leur faire une parure, et les débarrasse d'une part de ce qu'elles avaient de grandiloquent ou de déclamatoire. A vrai dire, il ne les expurge pas suffisamment, à notre goût, soit qu'il fût pressé par le temps, soit que le vieux levain du romantisme qui fermentait encore en lui ne le rendît pas assez conscient des laideurs de tous les oripeaux dont il aimait jadis à s'entourer. Mais il n'en reste pas
1. Ce qui ne meurt pas, éd. Lemerre, 1884, p. 154; petite éd., t. 1, p. 225 et 226.