‹ Un roman de Barbey d'AurevillyChapitre 14 sur 17 · Germaine^ t. I, p · texte numérisé non relu

Germaine^ t. I, p

3. Ce qui ne meurt pas, éd. Lemerre, 1884, p. 17; petite éd., t. I, p. 21.

moins qu'il témoigne d'un sérieux et méritoire effort pour purifier son œuvre et en améliorer le style. Il se simplifié et donne à sa fiction une forme plus alerte et plus souple.

Il n'est pas une page de son texte de 1883, — il n'est peut-être pas même une ligne — où l'on ne rencontre quelque modification toujours heureuse. Tantôt, c'est une phrase mieux cadencée ; tantôt, un mot mieux placé. Les plus importantes de ses corrections, ce sont d'inutiles développements — d'où la pensée est souvent absente et qui ne sont que des effets de style ■ — entièrement supprimés.

En 1835, il se répand en une longue et insignifiante dissertation sur la douleur. C'est un « cliché » qui ne rime à rien.

En effet, Camille était triste. Ce n'était plus le sérieux sous lequel elle avait voilé autrefois ses premières souffrances; il n'y avait pas à s'y méprendre, c'était bien là de la tristesse. Il faut céder quoi qu'on résiste. La douleur va, imperturbable. Ce n'est pas aujourd'hui qu'elle vaincra, ce sera demain, ce sera dans huit jours, dans un mois ; elle sait attendre : elle est patiente parce qu'elle est forte. Marchez à rencontre et livrez cette fière bataille de l'inertie contre elle, l'incessante et l'éternellement active ; Epictète dit, vous allez me rompre la cuisse et la cuisse fut rompue. Fuyez-la, au lieu de la combattre. Cette rude prétorienne sait arracher les Claudes de derrière les portes où ils tremblent. On éviterait plutôt la mort K

Voilà du pathos dûment caractérisé. Inutile de se creuser la tète à deviner ce qui se cache sous cette tirade : on n'y découvrira rien. Jules Barbey s'est grisé dans une orgie de mots à effet.

Que va-t-il faire en 1883? Il supprimera sans rémission tout ce verbiage dénué de sens et profitera de l'opportunité de cette opération nécessaire pour rendre plus ferme et plus précis le style des deux premières phrases, les seules qu'il ne condamne pas.

Il écrit :

Camille , en effet , était triste. Elle n'avait plus le sérieux sous lequel elle avait voilé autrefois ses premières souffrances; il n'y avait pas à s'y méprendre, c'était bien là de la tristesse 2.

Dans les dialogues très fréquents entre ses personnages, Barbey d'Aurevilly n'est pas moins sévère pour son style d'autrefois. En 1835, il traduisait ainsi une scène déchirante entre Camille et Allen :

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