Germame^ t. II, p
2. Ce qui ne meurt paSf éd. Lemerre, 1884, p. 310; petite éd., t. II, p. 143.
Allen n'avait jamais tant souffert. Les cris de Camille l'enivraient d'une douleur aiguë comme eux. Il eut un de ces moments de désespoir qui font presque reculer le sort qui nous frappe, quand il vit cette femme qu'il aimait l'appeler perfide et recevoir avec dégoût ses caresses. Il fut sur le point de saisir malgré elle la frêle et furieuse créature et de la briser contre son cœur dans une étreinte mêlée de désespoir et de je ne sais quelle angoissante volupté. Mais il s'arrêta sans la toucher, les mains étendues devant elle, dans la plus sublime des hésitations. Son regard avait une telle puissance qu'un tigre en aurait reculé : il le lui mit sur la gorge comme une arme :
« Je te jure, Camille, lui dit-il d'une voix douce et calme, seulement légèrement tremblante, comme on l'a quand on est pâle de rage réprimée, je te jure par l'enfant que tu as dans le ventre de me fendre la tête, à tes yeux, sur le marbre de cette console, si tu ne veux pas m'écouter. »
La colère est la baguette d'Aaron. Quand elle fut changée en serpent, elle dévora toutes les autres. Camille devint muette.
« Je te jure aussi par notre enfant, continua Allen, que je n'aime pas ta mère, mais toi seule, toi! »
Elle baissa la tête comme si elle eût réfléchi. Puis la relevant tout à coup : « Je vais le savoir », dit-elle d'une voix brève. Elle alla pour sortir.
« Où vas-tu? » demanda Allen.
— « Chez ma mère », répondit-elle.
— « Quoi faire, insensée? » et il voulut la retenir, mais elle échappa à ses efforts.
— « Tout avouer et tout savoir», dit-elle en se retournant de la porte. Et elle sortit de l'appartement, laissant Allen pétrifié d'étonnement et d'effroi ^
En 1883, il corrige dans les termes suivants cette page enflammée de colère et pleine d'une dramatique horreur :
Allan n'avait jamais tant souffert. Les cris de Camille l'enivraient d'une douleur aiguë. Il eut un de ces moments de colère qui ferait presque reculer le sort qui nous frappe, quand il vit cette femme qu'il aimait l'appeler perfide et recevoir avec dégoût ses caresses. Il fut sur le point de saisir, malgré elle, la frêle et furieuse créature, et de la briser sur son cœur dans une étreinte de désespoir et d'angoissante volupté. Mais il s'arrêta, les mains étendues, dans la plus sublime des hésitations. Son regard avait en ce moment une telle puissance, qu'un tigre en aurait reculé. Il le lui mit sur la gorge comme une arme ;
« Je te jure, Camille, — lui dit-il d'une voix tremblante comme on l'a, quand on est pâle de rage réprimée, — je te jure, par l'enfant que tu