‹ Un roman de Barbey d'AurevillyChapitre 2 sur 17 · Germaine^ p · texte numérisé non relu

Germaine^ p

manière de procéder'. » Le bon Trebutien, qui savait ce que veut dire pareille recommandation, copia tout, ancien et nouveau texte. 11 ne se laissa point prendre à l'apparente profession d'humilité — insolite chez son correspondant — où se complaisait pour une fois la vanité acrréablement chatouillée de Fauteur de Germaine. Il se dit avec raison qu'il ne fallait pas trop croire sur parole, en Toccurrence, ce modeste qui se flattait peu de l'être et qui eut été certainement très fâché qu'on ne prêtât qu'une médiocre attention à ce qu'il considérait comme un assez joli trait de sa plume empanachée.

Au fond, Barbey d'Aurevilly n'a pas eu tort de conserver la première esquisse de paysage où s'était appliqué son talent naissant. Elle est, en effet, infiniment curieuse, non par sa valeur propre, mais par les tendances qu'elle manifeste. Cette description abondante, surchargée, un peu nébuleuse, n'est pas à vrai dire une description, telle que l'entendent d'ordinaire les peintres. C'est un morceau à effet, un ornement plaqué là pour les besoins de la situation, un décor de théâtre. Du moment qu'il s'y trouve quelques couleurs criardes, jurant trop visiblement avec la réalité, c'en est assez pour condamner un tableau. Mais s'il se rencontre par hasard dans la fresque qu'a brossée d'Aurevilly de sérieuses intentions artistiques et une ferme volonté d'affirmer sa manière d'écrivain, nous n'avons pas le droit de la dédaigner, quand même les couleurs qu'il emploie nous sembleraient mal assorties ou trop tranchantes.

Ce qui frappe tout d'abord dans la page extrêmement bariolée qu'on vient de lire, dans ce kaléidoscope où toutes les images se succèdent et se précipitent avec une si singulière abondance qu'on en demeure presque ébloui, c'est un parti pris évident où s'est entêté l'auteur de Germaine d'inventer un idéal coin de nature luxuriante et rare, pour l'unique plaisir d'étonner ses lecteurs. On croirait presque à une mystification de pince-sans-rire : il faut se persuader, du moins, que d'Aurevilly a voulu se poser devant le public comme un homme extraordinaire, un demi-dieu qui agrandit et amplifie toutes choses pour la satisfaction de vanité qu'il se donne à lui-même et pour l'ébahissement de la galerie déconcertée. Il jouit, en son for intérieur, de l'assourdissant tumulte que ses phrases révolutionnaires feront dans l'esprit rangé des bourgeois et du scandaleux effet que produiront ses couleurs crues ou ses nuances insolites. Car personne ne s'y méprendra. Il ne viendra à

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