‹ Un roman de Barbey d'AurevillyChapitre 5 sur 17 · Germaine, p · texte numérisé non relu

Germaine, p

inondé de clartés perçantes, le sol durci un peu aride, et l'azur du ciel étincelait comme la lame damassée d'un sabre. Le soleil ressemblait bien alors, dans le cristal profond d'un beau ciel d'hiver, au bouclier d'or de Wordsworth. On s'en allait vers la Saint-Denys ^

Vient l'heure où cette romantique évocation de Wordsworth ne lui plaît plus. Il commence à aimer une simplicité relative; il écrit :

Le midi sonnait joyeux à deux ou trois églises de villages disséminées dans ces plaines, mais à ces sons qui se heurtaient confusément dans l'air humide de lumière, on voyait les vieilles femmes à leur porte se signer et réciter VAngelus. Quoique l'hiver fît sentir ses rudes approches, elles n'avaient point encore abandonné le seuil où elles filaient d'ordinaire et où elles aimaient à se réchauffer-.

Voici, maintenant, le texte de 1856 qu'il considère alors comme définitif.

Midi sonnait, joyeux, à deux ou trois éghses de village, disséminées dans ces plaines : et à ces sons de cloche, heurts doux et confus au sein d'un air humide de lumière, les vieilles femmes, qui travaillaient à la porte cintrée de leurs maisons de chaume, faisaient leurs signes de croix et récitaient VAngelus. Le soleil était assez chaud encore pour qu'on recherchât l'ombre et le frais ^.

Enfin, en 1883, il remanie ainsi ce dernier texte, pour lui donner une couleur locale plus précise :

Midi sonnait, gai comme l'heure de se mettre à table, au clocher de Sainte-Mère-Église, et à ces sons doux et confus au sein d'un air humide de lumière, les vieilles femmes qui travaillaient à la porte cintrée de leurs maisons de chaume, dispersées sur la route qui va de Sainte-Mère-Église à Montebourg, faisaient leurs signes de croix et récitaient leur Angélus. Le soleil était assez chaud encore pour qu'on recherchât l'ombre et le frais *.

Ailleurs, à propos d'un brûlant après-midi d'été, où toute vie semble suspendue et où un poids mortel semble tomber du firmament sur les épaules humaines, Barbey d'Aurevilly commence une longue description qu'il n'a pas eu le courage d'achever.

d. Germaine, p. 276.

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