‹ Un roman de Barbey d'AurevillyChapitre 6 sur 17 · Germaine, p · texte numérisé non relu

Germaine, p

4. Ce qui ne meurt pas, éd. Lemerre, in-12, 1884, p. 133; petite éd. Lemerre, 1887, t. 1, p. 195.

Trois heures de relevée venaient de sonner et le tems était à l'orage; cet orage d'une saison déjà avancée embrasait l'atmosphère de cette chaleur sous nue, comme disent si heureusement les paysans de Normandie, bien plus accablante que les aiguillons d'un soleil d'été. Pour donner de l'air à la chambre, on avait ouvert la fenêtre d'Allen et de cette fenêtre, placée à l'un des pavillons du château, on pouvait voir s'écraser sur la cime des arbres flétris de gros nuages d'un bleu foncé, éclairés d'une vague lueur rougeâtre à leur centre, et à l'horizon noir un bout de mer d'un aspect sinistre, sans franges d'écume aux bords et sans vibrations lumineuses, mais lourde et, à ce qu'il semblait, visqueuse comme une nappe de bitume. Il ne tonnait pas encore, l'éclair ne projetait pas sa lueur; la nature était dans l'attente, la campagne n'avait pas un murmure. Les cygnes plongeaient leurs cous dans l'eau tiède de l'étang troublé, et, entre la mer et les bois de Saint-Pavin, les paysans répandus dans ces campagnes découvertes de partout qui entouraient en silence quelques fours à chaux dont les parois incendiés*...

On se demande vraiment où d'Aurevilly veut en venir et quelles fantasques imaginations il va bien pouvoir forger encore pour amener l'orage attendu.

Heureusement il se reprend vite, et remplace cette ébauche de description, qui menace de devenir interminable, par le tableau suivant dont le raccourci est à coup sûr plus pittoresque.

Trois heures de relevée venaient de sonner et le temps était à l'orage. Une chaleur de cuivre rougi tombait à pic des nues allourdies, et les hirondelles rasaient la terre de leurs ailes peureuses. Vainement pour donner de l'air à la chambre avait-on ouvert la fenêtre d'Allen. De cette fenêtre on pouvait voir quelque long et jaune rayon, s'échappant d'une anfractuosité de nuage bleu foncé, irradier sur la cime des arbres du château de Saint-Pavin dont il ambrait momentanément la verdure. En se prolongeant à côté de cette avenue le regard embrassait un paysage de plaines d'une riche beauté : désertes à cette heure, car la chaleur étouffante avait prolongé la méridienne des gens de journée qui travaillaient dans les champs. Seulement à l'ombre des haies qui se perdaient aux pentes de la plaine se tenaient immobiles dans différentes altitudes, comme si elles eussent fait partie du sol, un grand nombre de belles vaches, pourpres et blanches, aux yeux ronds tournés si languissamment vers l'horizon et qui n'avaient pas même la force sous la pesanteur de l'atmosphère d'envoyer un doux et soupirant soufllc (le leurs narines épanouies^.

i. Germaine, p. 1U3.

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