UN ROMAIN
que font voler les roues de ma voilure, c est tout ce qu elle mérite. Je suis trop fier pour avoir de la vanité.
— Ce sont de belles paroles; mais qui me dit quelles soient franches, et que vous n'exaltiez pas votre discrétion pour avoir ma confiance?
— Vous ne le pensez pas : chercher à capter votre confiance, quand c'est vous qui venez me trouver et me parler ? Je n'ai aucun mal à prendre pour cela, et je suis bien sûr de savoir tout ce que vous pourrez me dire, sans me donner la peine d'une interrogation.
— Et si je sortais tout de suite sans vous rien dire, que penseriez-vous de
moi?
— Je penserais que vous n'avez rien à
me confier, et n'étiez venue chez moi que par un vain caprice, tel qu'il en voltige quelquefois sur vos tiîtes chevelues, mesdames; je supposerais que vous avez entendu parler de mon faste, et vouliez savoir comment j'étais logé, et de quelle étoffe était ma robe de chambre, de quelle couleur étaient les rideaux de mon lit.
— Pour me vanter après cela d'avoir eu vos bonnes grâces, n'est-ce pas?
— Je ne dis pas non, cela s'est vu.
— Et de mon voile, que penseriezvous ?
— Que vous êtes une grande dame en bonne odeur de vertu, ou une courtisane laide.
~ Et la seconde de ces suppositions
VOUS empêcherail sans doute d'accepter un quart-d'heure de mes faveurs, si j'y mettais pour prix le mystère du masque.
— Non pas, car ce que je vois me suffit, et me donne pour le reste la poésie de l'illusion. Et puis le mystère me plaît; et ne vous ayant pas vue, il n'est pas une femme de Paris que je ne pusse croire avoir possédée.
— Vous êtes un homme de bonne composition.
— C'est selon.
^Mais la question nest pas là, et c est vous qui en changez le terrain en m'interrompant. Je ne vous ai pas parlé de vos intrigues galantes pour en critiquer la publicité; j'en voulais venir à vous dire que de toutes ces aventures,
celle dont ma visite est le sujet sera peutêtre la plus singulière.
Un sourire d'incrédule dédain plissa légèrement la lèvre de Julio.
L étrangère entrant vivement dans son sujet, ainsi qu on aborde toutes les questions difficiles, ne s arrêta pas a ce sourire et continua son discours.
— Je me nomme Cidalise , monsieur, mon mari est riche, très riche, et augmente chaque jour sa fortune dans de hautes spéculations. Vous l'aurez peutêtre rencontré dans le monde où il est fort lancé et fort considéré, et où je vais peu, moi. Mon mari est pour affaires à Berhn depuis deux mois, et pendant son absence il m'est arrivé un malheur.
Julio fit un mouvement, et comme il