PROLOGUE DANS LE CIEL
entre le visible et l'invisible s'échangeait un baiser divin. 11 se faisait entre les mondes d'ineffables épousailles. Les vieilles outres desséchées s'emplissaient d'un vin nouveau; tout le bois sec du ghetto s'embrasait; toutes les ronces des Docteurs devinrent un grand buisson ardent. On se réveillait d'entre les morts !
En vain, au nom du vieux Talmud et de la Thora profanée par toute cette frénésie, un illustre docteur lithuanien, le Gaon de Vilna, s'écriait comme Moïse descendant du Sinaï et trouvant les Hébreux rassemblés autour du veau d'or :
u Malheur à vous qui oubliez TÉterncl et sacrifiez sur les hauts lieux ! Le Dieu terrible de la Loi qu'il n'est permis de se représenter ni par l'esprit ni par les sens, vous lui donnez un corps et un visage et vous le mesurez en toises et en parasanges!
Autour de cette idole vous avez convoqué la foule immonde des divinités païennes. Vos démons et vos anges, ce sont les dieux des peuples étrangers qui vous ont tenus en esclavage, et que vous avez ressuscites. Vos synagogues sont devenues un lieu de ripaille et de folie. Et devant l'Arche Sainte vous vous abandonnez aux plus abjectes débauches! »
Ainsi parlait le Gaon de V^ilna. On ne l'écoutait pas. Les Juifs montés dans la charrette du Voiturier des Carpathes n'en sont jamais descendus. Depuis tantôt deux cents ans que le Balcheui a paru et que le Livre de la Splendeur a détrôné le vieux Talmud, toute la Juive rie orientale s'est installée parmi les Anges, escalade les cieux, envahit de ses caftans noirs et de son âme agitée les sept palais qui précèdent le parvis où resplendit la gloire de