PROLOGUE DANS LE CIEL
pour mieux s'ouvrir l'esprit aux vérités profondes et se former une idée plus claire de l'éblouissante Splendeur? Si chaque samedi on y célèbre le festin du Sabbat, si l'on y glisse avec délices à l'ivresse, c'est pour atteindre à l'extase et pénétrer au fond du ciel ! Si ion y dort la nuit, comme dans une auberge, c'est pour que le Seigneur y accueille la dernière pensée du soir et la première du matin... Toujours là-bas, les bonnets de fourrure, les papillotes de cheveux, les longues barbes jamais coupées se penchent sur l'insondable Zohar. Toujours là-bas, l'esprit et les lèvres remuent cet énorme fatras de vieilles conceptions humaines, de pensées disparues, sombrées au fond des âges parmi des soleils éteints, des lambeaux d'univers abandonnés , des morceaux d'étoiles mortes, de planètes défuntes que
ces Juifs d'Orient viennent encore hanter de leur présence inquiète, et dans lesquels ils entretiennent on ne sait quels vestiges de vie. Toujours là-bas, rayonne le Livre de la Splendeur ! On s'enveloppe de ses arcanes, on se perd dans sa lumière. Et ses nuées traversées d'éclairs, semées de lacs éblouissants et toutes chargées de promesses, continuent de promener sur les Juiveries de Pologne, de Lithuanie et d'Ukraine, sur leurs sapins, leurs neiges ou leurs moissons, ses clartés, ses ténèbres et ses reflets extravagants.