‹ Un royaume de DieuChapitre 6 sur 34 · PROLOGUE DANS I>E CIEL · texte numérisé non relu

PROLOGUE DANS I>E CIEL

existence dans ia compagnie des bétes, qui sont des êtres impurs, et à vivre sur les fjrands chemins, toujours loin des synagogues, toujours négligent des rites et pour ainsi dire exilé des commentaires de la Loi.

Mais justement l'Éternel envoyait son Voiturier pour dire à toute la Pologne qu il n'avait pour agréable que la joie, les chants, les lumières et les festins dn Samedi. Et pour faire éclater aux yeux que ce paysan des Garpathes était bien son messager, il faisait pour lui ce miracle : quand le vendredi soir, où l'heureux jour du Samedi commence avec la première étoile, le Voiturier et sa charrette se trouvaient encore à cent verstes de la plus proche synagogue, et qu'il était bien impossible, même avec des ailes d'oiseau, d'atteindre le Saint Lieu avant que l'étoile

ait paru, alors abandonnant ses rênes, l'Envoyé du Seigneur tournait le dos à son cheval déjà éreinté de sa course, et en quelques secondes la charrette emportée par le souffle divin s'arrêtait devant la chère synagogue.

Tous les Juifs de Pologne et de Petite Russie s'embarquèrent dans cette charrette, cette charrette merveilleuse du Voiturier des Carpathes, qu'on n'appelait plus que Bal Ghem Tov, u l'Homme de bonne renommée » . Tournant le dos au vieil attelage, à la bête fourbue du Talmud, qui ne pouvait les conduire assez vite à leur gré au Royaume de Dieu, ils firent comme leur Voiturier : ils s'abandonnèrent au miracle et s'élancèrent dans la nue. Tout ce qu'il y avait dans l'âme juive de vacant, d'inoccupé, d'insatisfait depuis des siècles, s'emplit soudain de rêveries.

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