‹ Un saintChapitre 12 sur 52 · ULRIC GUTTINGUER · texte numérisé non relu

ULRIC GUTTINGUER

et «es oorrespoRdaiits.

Les lettres qu'on lira plus loin sont tirées de papiers d'Ulric Outtinguer, qui m*ont été obligeammeat commuaiqués par son {\\n. C'est même à peu près tout ce quHls contienneut d'intéressant, lit correspondance de ce charmant petit poète pomantique ayant été pillée ou détruite pendant la guerre de 1870 p^r les Prussiens ou les maraudeurs (1).

Je me hâte de dire que ces lettres i^e sont pas celles que je cherchais. Quand M. Gabriel Outtinguer me remit les cQrtons de son père, Je pensais que j'aurais la chance d'y trouver les lettres que Sainte-Beuve lui écrivit de 1829 à 1837, anqées pendant lesquelles Tauteur des Consolations et de Volupté subit indiscutablement Tinfluence — . heureuse et fâcheuse a la fois — du mystique romvincier d'Arthur (2) ; mais la pie, hélas!

(1) Le dis d'UlHo GuUingqer habitait alops à Asnières une petite villa qn'il abapdonp^ pomme tJint d^ftUtP^^ aux approches du Si^ge,

(?) Ce TOTO*ft d'Arthur^ (spmplètem^pt publié aujourd'hui, eut w retentisBement considérable à l'époque où il parut cl^ez Renduel (décembre 1836). Bainte-Beuve, qui s'en est visiblement inspire dans son roman de Volupté —• car 11 connaissait la première édition d'Arthur publiée à Rouen dès 1835 NOUS le voile d§ l'anonyme, etM.de Lovenjqul nous apprend qu'il avait d'abord eu l'idée d'écrire oe li/p^ en ooUabopation avee QutUiaguer — Sainte-Beuve, dis-je, en rendit compte dans ïf^ Hrvue d^^ Ùeu^-Mondei^ d\] 15 décembre 1836, et Yinet dans le Semeur du fi juillet 1837, et les lettres que j'ai sous les yeux témoignent de Tadmiration que les lettrés du temps éprouvèrent pour Arthur. « Notre bon et cher ami Sainte- Beuve, écrivait Ernest Pouinet à Guttinguer, m'a fait de votre part un cadeau dont il me tardait de vou» remefcjer aveo toute- l'offusiop de mon cœur, Que j'aime Arthur ! et que je ^uia Mer de me dire que je le comprends et que je le sens ! La lecture de ce livre si touchant et si tendre est destinée à faire du bien à plus d'un cœur souiîrant, et d :î ce beau vase d'al bàtre eoulera un baume réparateur sur bien des blessures de l'âme. Arthur, dans la première partie est vrai suivant le monde, dans la seconde il est

av«it été prise m nid, ot Ton jugara de la perte faite ioi par Tbi^toire littéraire, rien qu'à h lecture den lignes suivantes, extraites d'une lettre de Sainte-Beuve écrivait à Guttinguer U 14 roai 1863 : « Vous noua aveî5 vus dans ces deux ou trois an« nées de véritable ivresse, vous m'aveic vu dans ces six mois célestes de ma vie qui m'ont fait faire les Consalfitianx ; vous avez contribué à m'y inspirer par ce mélange de sentiments tendres, fpagilers et ohrétiens que vous agitea en vous et qui sont un charme (1). »

M. le Vicomte Spoelberph de Lovenjoul possède plui décent lettres écrites par Guttinguer à Sainte-Beuve de i83P à 1837. Il est donc probable que Sainle^^Beuve en avait éorit autant h Guttinguer dans le même laps de temps, « A partir do 1837, dit M* de Lovenjonl, Sainte-Beuve ne garda sans doute plus la suite de pes lettres, car jusqu'en 185? Il ne s'en troUVe pas une

seule dans ledosnier, etde 1857 à la mort de Guttinguer (1886),

vrai saivant 1^ ciel. Coin ment des mém<)ire8 avisai cQin{)lets d*upe existence élue ne seraiept-ils pa» pleins d'un ipt^rôt haut et puissapt ?

« Ma le a; me, bien digne de copi prendre Arthur, môo)^ dans la pfia^e la plus austâre de sa vie, 1'^ 1\) avec un vif plaisir, et moi Je vous rëp^tç avec toute affection que ]*ain)er&isà sefr^r Ift VR^lu de votre poétique et pieux aqii. gi vous vouliez être mon intermédiaire et recevoir les témofr goages d'amitié pour ln|, vous seriez bien ain^able de venir ipe voir quand voqs ser^z ^ Paris. Bi vops y habjtiey je coqrrais tout de sMite vou^ voir et vous prier de lire l^ ViUai/csomles sçil)l(!s (l'oeuvre la plus rçmarqm^b^e de Fpïjinet;) dont une seconde éditfqn rpe permet de voqs offrir un eyempla^ire. Vpgs y tpouvqfez, j'qse l'espéref, des choses qui pourront pjaire i^ Tauteur d'^rthfàr, »> (Lettre inédite de janvier 1ÇH7.)

Un autre poète, plus oublié encore qu'Ernest Fouinet, Charles Çastellan, écrivait à Guttinguer au mois de mars 1837 : « ... Des livres CQpimp celui d'Arthur sont faits pour opérer des 'guérisons radipalep, et jp Ini a} dû pour m^ part des heures de rcpueillement dont je retirerai dij prqflt, j'en suis 9ftrt Je vous fé{icjte bjen sincèrement, n^onsiepr, de la paix et di) bien-ôtip que vous avez eu l?i force de vous procurer ; dé^o^n^ftis, pour vouloir ce sera pouvoir, et si j'en jpge paf les touchantes confidences vqus, d'Arthur, je suis certain que vous voudrez à tout jamais. » (Lettre inédite.)

Enfin, Mn^e Menessier->,'odier lui mandait en Î841 : « ... J'ai quelque chose de pjqs que de l'admiration pour l'auteur ^'ArUmr, c^r indépendamment (le ce que c'est qn des plus beaux livres qu'on ait écrit^t c'est aussi une des plus belles actions qu'on ait commises... ») (Lettre ipédite.)

fl) rorrrsp, do Saintr-Bouro, t. L p. 293.

il n'en existe qu'une dizaine en tout (1). » — Je crois plutôt qu'à dater de l'exode de Sainte-Beuve en Suisse (1837) il y eut un refroidissement sensible dans ses rapports avec Guttinguer et que le charme qui avait agi sur lui était bel et bien rompu. Ce qui me fortifie dans cette croyance, c'est le passage suivant d'une lettre que M. Antoine de Latour (2) adressait à Guttin-

(1) Sainte-Beuce inconnu, p. 263. Cependant, dans la bibliographie des écrits de Sainte-Beuve publiée par M. G. Micbaut, à la suite de sa belle étude sur Sainte-Beuve avant les Lundis, je relève dans l'intervalle de 1837 à 1850 un certain nombre de lettres de Sainte-Beuve à Guttinguer. Peut-être M. de Lovenjoul les a-t-il achetées depuis 1901, date de la publication de son Sainte-Beuve inconnu.

(2) Antoine de Latour, dont je n'ai pas besoin de rappeler ici les titres littéraires, était précepteur du duc de Montpensier quand il fit la connaissance de Guttinguer. Il le servit de tout son pouvoir auprès du roi, de 1p reine et des princes, il s'employa à le faire décorer par M. Salvandy qui se plaisait à fleurir la boutonnière des artistes et des poètes et entretint avec Tauteur d'Arthur une correspondance régulière où il y aurait beaucoup à glaner pour Thistoire littéraire de la première moitié du xix* siècle. De celles de ses lettres que j'ai sous les yeux j'extrais les passages suivants : « Le ciel continue à être serein de toute façon pour nos belles fêtes. Au milieu de toutes ces magnificences une fête à moi et peut-être la vôtre aussi, c'est le volume de Victor (Hugo) que les Débats annoncent ce matin, les Voies intérieures : les aura-t-il toutes écoutées ? — a Pendant que nous nous enfonçons sous ces sombres avenues de l'imagination, le canon semble vouloir recommencer la poésie de l'Empire, non celle de Lormian ou d'Arnault, mais celle de Napoléon, le seul poète de son temps. Auronsnous la guerre ou la paix ? mon ami, ni l'un ni l'autre, je le crains. L'Europe me rappelle en ce moment la scène des Deux Ours dans VOurs et le Pacha, mais lequel des deux est le véritable ours, et lequel a le plus peur de l'autre ? c'est ce que votre fils sait aussi bien que vous et moi. J'ai gpand'peur que vous n'ayez trop raison et que nous n'entrions dans Tèra de la barbarie. Cela vaudrait mieux que l'âge d'airain de la calomnie écrite. Après l'âge d'or, l'âge d'argent, l'âge de fer, etc., etc., il y a l'âge de la plume et c'e^t le pire... » (Lettre inédite du 20 octobre 1840.)

— Ce Sainte-Beuve est un singulier homme. Tenez, voici un lambeau de journal qui m'est tombé sous la main et où on le parodie assez drôlement.

-— Lisez-vous le fournal de Paris ? Il vous attaquait l'autre matin de la môme pierre que Sainte-Beuve. Il accusait Sainte-Beuve de vous avoir découverts, M. Vincent et vous. Vous verrez que le savant critique vous aura pris tous deux pour des contemporains de Ronsard !

— Où j'étais ? à Dreux, et nous en arrivons, c'était bien triste. Les

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