‹ Un saintChapitre 19 sur 52 · V. Cousin · texte numérisé non relu

V. Cousin

Puisque vous avez, ma très chère, de l'indulgence pour mes articles sur Mme de Longueville, en voici encore un, et ce sera le dernier j'espère... (2)

(1) Le 3* article de la Jeunesse de Mme de Longuecille : Amour de Coligny, son duel avec le duc de Guise, dans Récite des Deux Mondes du 15 juillet 1852, (xcin, 377).

(2) 4* article : Commencement de l'Amour et de la F?onde,dans la Reçue du 15 août,

Vous me trouvez cette fois bien sévère envers Mme de Longueville. Aussi, j'ai bien envie de poser la plume, car si je continuais je serais forcé d'être plus sévère encore dans le reste de la Fronde. Mais, il ne faut pas oublier qu'elle s'est repentie, et à 34 ans, belle plus que jamais, et pouvant encore avoir bien des jours d'amour et de bonheur. Je ne sais trop si je recueillerai ces articles, il faudrait en ajouter un ou deux pour faire un volume, et je répugne à insister sur les fautes de la pauvre femme. Et puis la peinture de cette société grande et charmante, de ses mœurs délicates, peut-elle intéresser un temps sans cesse ballotté entre les grossièretés de la démagogie et le charlatanisme de la tyrannie ? Rendez-moi une aristocratie vaillante et élégante, et permettez-moi de ne pas livrer la sœur de Condé à la bourgeoisie et â la populace.

Ce me sera une certaine douceur de revoir mes pauvres amis. Mais cette douceur est bien gâtée par le sentiment humiliant de l'arbitraire qui proscrit, qui rappelle, qui peut proscrire encore, sans l'intervention des dix. Je vous espère et vous attends à Paris. Mille amitiés.

17 août.

Eh bien, ma très chère, vous ne venez donc pas à Paris ? Je vous attendais ces jours-ci, mais ne vous voyant pas venir, je prends le parti de vous adresser l'article que vous avez eu la bonté de me demander. Je suis charmé que M. de..., ait été content de ce que je dis de son illustre aïeul qui n a pas, je ne sais pourquoi une histoire digne de lui.

Puisque vous ne me parlez pas de votre santé, j'en conclus qu'elle va bien. La mienne s'est un peu dérangée, et on m'engage à m'en aller passer Thiverdans le Midi. Le ferai-je? Cela est douteux, les petits travaux dont je suis occupé en ce moment exigent que je sois à Paris, entouré de livres et surtout de manuscrits. J'ai ensuite un assez grand chagrin domestique. Mon fr^re est très malade, et j'en suis à craindre pour lui. C'est un avertissement pour moi-même.

Mes flatteurs m'engagent à réunir en un volume les articles que je vous ai adressés sur lajeunesse de Mme de Longueville (1). J'hésite un peu car j'aurais voulu la peindre aussi pendant le reste de la Fronde (2)

(1) Le volume fut publié dans les premiers jours de 1853. et traduit en anglais l'année suivante.

{2) Cette partie ne parut qu'en 1859.

DEUX PASSIONS d'uN PHILOSOPHE 137

jusqu'à sa conversion. Mais je ne sais si la grossière société de notre temps peut trouver quelque plaisir à la peinture de ces mœurs délicates et raffinées. En fait de politique, nous attendons l'empire pour le mois de décembre. J'en suis charmé. Ce sera un pas de plus, et peut-être L. Napoléon se voyant plus établi donnera-t-il un peu de liberté, comme un présent de joyeux avènement.

Adieu, ou plutôt au revoir, car je ne veux pas désespérer entièrement de vous (sic).

Mille tendres amitiés.

20 sept. 1852.

Page 1