V. Cousin
J'ai été bien content d'apprendre, et d'apprendre vite que tout danger est passé, et que vous n'avez plus qu'un peu de gêne dans la
respiration. J'espère que ce mieux s'améliorera encore, et que vous n'aurez pas besoin d'aller dans le Midi. Car je crains bien de ne pouvoir vous y suivre. Mon pauvre frère est retombé? et je suis rempli de craintes sur l'issue de cette maladie. Il est plus âgé que moi. Il est faible. Les jambes enflent. Il ne marche plus. Enfin tout est à craindre, et le médecin n'est pas rassurant. Je ne puis donc m'éioigner en ce moment sans manquer à des devoirs que je veux remplir jusqu'au bout. Ajoutez, ma très chère, que la réimpression de ces articles marche très lentement, à cause des corrections et des additions que j'y fais. Je crains même d'être obligé de faire deux volumes pour embrasser toute la vie mondaine de la dame qui ne finit pas avec les articles que vous connaissez. J'en bâtis quelques autres pour achever la Fronde dont vous avez vu le commencement. Vous voyez que tout cela me conduira assez loin. Au reste, nous avons un peu de temps devant nous, car il ne faut pas partir avant la fin de novembre. Je redouterais Nice pour vous, car les mois de janvier et de février n'y valent rien, me dit-on, et ce sont ceux-là qui sont les pires à passer. J'aimerais mieux Montpellier et surtout le Vernet ou Pau.
En fait de politique, je n'ai pas besoin de vous dire que je m'éloigne de plus en plus du temps présent et m'enfonce chaque jour davantage dans mon tombeau. Je suis pour l'empire parce que la République est une erreur lamentable, comme deux fois la France a pu le reconnaître à ses dépens, mais je n'estime et je n'aime que la liberté. Je la veux sage et raisonnable ; mais pas du tout, c'est trop peu pour moi. Mille et mille amitiés,