‹ Un saintChapitre 25 sur 52 · V. Cousin · texte numérisé non relu

V. Cousin

Je suis confus, ma très chère amie, de vous répondre si tard, si je ne vous savais tranquille et pleine d'indulgence pour un pauvre diable d'auteur, toujours tout près d'accoucher, et n'accouchant pas, et dans les dernières douleurs de l'enfantement. Je vous ai envoyé, et j'espère que vous avez rijçu, la seule chose lisible de mon livre : un morceau sur les arts en France, qui a eu ici un succès très grand mais bien mélangé. J'ai eu pour moi les dévots, et contre moi tout ce qui préfère le plaisir des yeux à celui de l'âme, je divise les peintres et les sculpteurs. Attendez un peu, et je pourrai bien réunir bientôt tout le monde contre moi, les dévots et les philosophes, les uns qui trouveront que je ne vais pas assez loin, les autres que je vais trop loin. Mais laissons là toutes ces vanités.

Je suis charmé et touché de l'occupation que vous vous êtes donnée, de copier les lettres de Mme votre mère. Plus on avance dans la vie, plus on revient avec douceur sur le passé ! Vous devriez bien fouiller aussi dans vos papiers de famille, et recueillir

les pièces intéressantes. Les ont toujours fourni de braves

officiers. Avez- vous des portraits de quelques-uns d'eux, hommes ou femmes '^ Pour moi, vous le savez, j'aime infiniment les portraits. A propos de portraits, vous m'en devez un ; songez-y ; il me tient à cœur, et à ce titre vous me le devez, mu chère. Je ne comprends pas qu'on ne désire pas avoir souvent sous les yeux ceux qu'on a aimés, et un jour je vous ferai l'affront de vous envoyer de moi quelque odieuse lithographie.

A revoir. Dites-moi si les forces vous reviennent... Pour moi,

DEUX PASSIONS d'uN PHILOSOPHE 141

je serai libre dans 8 ou 10 jours, et je prendrai quelques vacances. Je vous quitte pour corriger mes dernières épreuves. Mille tendresses de cœur.

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