‹ Un saintChapitre 32 sur 52 · V. Cousin · texte numérisé non relu

V. Cousin

9 janvier 1854.

Vous pouvez croire, ma très chère amie, avec quelle joye j'ai revu votre écriture. Je remercie Dieu de votre retour à la vie et je puis vous dire que j*aime mieux me passer quelque temps de vos lettres, si elles vous coûtent le moindre effort et mettent en péril votre entier rétablissement. Du moins ne m'écrivez que deux ou trois lignes. Ce sera beaucoup pour moi si elles me disent que vous allez mieux. Je ne vous écris pas plus souvent pour ne pas vous induire en tentative de me répondre.

Puisque vous désirez que je vous dise un mot de mes travaux, je vous dirai qu'ayant donné Tannée dernière à la philosophie, j'ai l'intention de consacrer celle-ci à la littérature et à Mme deLongueville. C'est pour elle que je m'occupe de Mme de Sablé, sa confidente et son amie dans la dernière moitié de sa vie. Et puis, comme vous avez pu vous en apercevoir, si vous avez lu ce que je vous ai adressé, Mme de Sablé est un cadre où je fais entrer bien des choses et des personnes qui touchent à la dame de mes pensées, par exemple, La Rochefoucauld, ses Maximes et ses Mémoires, deux ouvrages de la plus haute importance. Vous avez sous les yeux les^ trois premières partics. Reste à faire les deux dernières que je tacherai de renfermer dans un seul article.

Tout cela irait assez bien si j'avais plus de forces et si les yeux ne me manquaient pas. Au lieu de faire des projets littéraires et des livres de philosophie, je ferais bien mieux d'apprendre à vieillir, et à me résigner à toutes les incommodités de Tàge. Pour vous, vous ferez souffrir, mais n'exercez pas trop votre talent, je vous prie ; laissez- vous soigner, laissez-vous ranimer par ce beau soleil, et cette douce température qui vient

I'l8 LKS ANNALES ROMANTIQUES

tout exprùs pour vous. Je suis vos progrès avec le cœur d'un ami.

Bien à vous.

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