‹ Un saintChapitre 43 sur 52 · GUTTIHGUER ET SES CORRESPONDANTS · texte numérisé non relu

GUTTIHGUER ET SES CORRESPONDANTS

nement qu'il y a eu un bois de ce nom aux portes de Paris, détrompez-vous, mon cher, et ne vous avisez pas de faire une pareille ques* tion si vous ne voulez pas qu*on vous prenne pour un habitant de l'Amérique du Sud. Apprenez que le bois dit de Boulogne a été une première fois violé par les Cosaques il y a 25ans,'qu'il s'en était assez bien tiré (à peu près comme Mme la baronne Méchin); mais que dernièrement M. Thiers s'en est mêlé et que cette fois-ci c'est pour tout de bon et qu'il ne s'en relèvera plus.

Vous m'avez trouvé bien triste l'autre jour ; c'est que vraiment je ne suis pas sans inquiétude. Le Français né malin qui a créé le vaudeville... et la guillotine me semble vouloir délaisser l'un pour l'autre. La chair fraîche commence à lui plaire un peu plus que le couplet grivois, et ce n'est pas rassurant, eût-on à son lit les rideaux recommandés par M. de Maistre. Il serait difficile d'avoir les idées couleur de rose en ce moment. II est vrai pourtant que la Porte- Saint-Martin va rouvrir avec un drame de Paul Fouché et que Sainte-Beuve est positivement marié, comme la vicomte vous l'avait dit.

A bientôt, très cher ami, il y a longtemps que je n'ai reçu une de

ces bonnes ^attres qui me donnent de la joie tout un jour.

Votre bien dévoué,

Alf. T.

8 novembre.

Septembre 1839.

Réparation d'honneur quant à Sainte-Beuve, mon bon ami, il était à la campagne et n'a pu répondre à ma lettre. Il m'a écrit hier un petit mot charmant ; du reste, ce que vous dites de ces gaillards-là n'en subsiste pas moins, leur outrecuidance est intolérable et il faut laisser vivre tous ces cyniques dans leurs tonneaux. Goethe et Byron étaient plus traitables, je le parie. — Avez-vous terminé votre affaire du faubourg Saint Honoré ? J'ai hâte de vous savoir à Paris. Par exemple, il me faudra dire adieu à Saint-Germain quand vous l'aurez quitté. Je n'y vais que pour vous. Vous n'avez point songé à habiter Versailles et à utiliser CQt autre chemin de fer* Ja Tai montré à Musset, il y a quinze jours, il ne lavait jamais vu et en eti revenu enthousiasmé. Il a dû même faire un sonnet en son honneur. Le grand Roi a parfumé ce beau lieu pour longtemps encore et Louis- Philippe 8 jeté quelques pincées dans la cassolette ; ouvrez la vôtre et envoyez-moi mes vers. — Comment trouvez-vous cette phrase de rastronorae de La Lande : (( Où vous voyez Dieu je ne vois que la nature et le mouvement. Vous supposez un être qui existait avant

tout et qui a tout créé de rien. Je vous épargne la moitié de l'ouvrage. ))

Je serai à Paris mardi et mercredi — jeudi je vais déjeuner à Nanterre, je tâcherai de pousser jusqu'à la Terrasse (1). Il faut pourtant que je sois à Paris pour 4 heures. — Mon oncle aurait été bien heureux de vous avoir pendant son séjour à Bury (2). Il se rappelle encore mes rires homériques au café Hardy, il y a bien longtemps, en revenant de la campagne. Ne me parlez pas des notaires.

Il y a deux ans qu'ils ont nos affaires entre les mains, et rien n'est encore terminé. Quel malheur qu'on ne puisse pas naître, vivre et mourir sans ces gredins-là 1 — A bientôt, n'est-ce pas ? Toujours bien à vous.

Alfred T.

Dimanche.

23 juillet 1841.

Je n'ai pas vu Alfred depuis fort longtemps. Son grand travail consiste à savoir si, étendu dans son vaste fauteuil, il se décidera à mettre sur sa cheminée sa jambe gauche plutôt que sa jambe droite. C'est, vous en conviendrez, fort important. Votre système pour l'argent prêté n'est pas le mien. J'ai rendu et demandé des services à mes amis, et je ne les ai pas perdus pour cela. Seulement, quand on m'a fixé un délai, j'aime qu'on soit exact parce que je le suis moimême en pareil cas. — Les Jocrisses reviennent à la mode. Il y en a un au Palais-Royal qui est excellent. M. Duval dit à Jocrisse: « Eh bienl qu'as tu fait de ma montre... où est-elle? » — Mais vous le savez bien... Vous m'avez dit : « Va mettre ma montre sur la Mairie, elle y est. » — Cela m'amène naturellement à vous parler de Levol qui m'envoie des lettres de huit pages, vers et prose. Il veut absolument faire imprimer quelque chose dans la Revue par le canal de Musset. Vous savez comme c'est facile et si notre ami se prêtera à la chose. En attendant il est en guerre avec le Chauoain Lyonnais. Vous savez qu'il postule un fauteuil à l'académie de Lyon.

Un fauteuil pour la gloire est un prix très frivole ! On le donne à François, et Florimond le vole.

(1) Guttinguer était alors à Saint-Germain.

(2) Le père de Tattet avait, dans la vallée de Montmorency, une fort belle propriété qu'on appelait Bury. Son fils, non content de cela, louait en cachette une petite maison située une lieue plus loin, à Margency. On menait joyeuse vie dans les deux endroits, bien que le monde n'y fût pas le môme... (liiogvaphie d'Alfred de Musset, par Paul de Musset, p. 170).

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