‹ Un sanctuaire canadienChapitre 27 sur 29 · SANTE · texte numérisé non relu

SANTE

me faisaient songer alors aux orateurs de la Grèce et de Rome, à Démosthène et à Cicéron. Aussi, j'imagine que si Socrate, Platon, Pindare, Démosthène revenaient à pareille époque sur la terre nicolétaine, leurs mânes seraient frappées du spectacle. Elles aimeraient à se promener dans ce bois de l’Académie qui leur rappellerait si vivement le jardin d'Académus avec ses philosophes, ses orateurs, ses poètes et ses bocages.

Mais je sens que les charmes du souvenir m'entraînent loin, et me font oublier un peu mon sujet. Je conclus donc ma digression en redisant que les lieux où l’on est né, où l’on à vécu, se déteignent sur notre caractère, et que l'abbé Moreau a dû, comme tant d’autres, ressentir les influences heureuses de la belle nature de Nicolet.

Quant à son érudition, il avait évidemment les qualités et les éléments qui concourent à faire l’homme savant,

Une petite anecdote à l’occasion.

L'ancien évêque des Trois-Rivières, Mgr Cooke, était un esprit cultivé dans les lettres. Il avait eu l'honneur, autrefois, de faire la classe de rhétorique au séminaire de Québec. Depuis, il

avait cultivé les muses à ses heures; aussi il

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écrivait d'une manière peu ordinaire : son style était précis, coulant, limpide. Il excellait dans le wenre épistolaire.

MM. les curés qui ont de ses lettres entre leurs nains, peuvent parler à l'appui de mon dire.

[ entendait fort bien aussi la critique littéraire. [l avait exercé son jugement sur le mérite des écrivains anciens ct modernes, et en parlait avec une connaissance qui s'imposait.

Étant un jour (j'étais jeune prêtre alors) à couser avec lui sur la littérature et les sciences, sur la difficulté de devenir savant, 1l me fit cette interroge tion :

— Savez-vous ce qu'il faut pour faire un savant ?

Li question me surprit tout d’abord, et je balbutiai une réponse telle quelle, Je lui dis, je crois, qu'il fallait une bonne intelligence et un long travail.

— Pas trop mal, dit-il: mais ce n’est pas parfait. Pour devenir un savant dans la force du terme, il faut trois grandes choses : lintelligence, le travail et la mémoire.

La mémoire ! me dis-je à moi-même intérieurement, je n'y pensais guère,

Oui, il faut ces trois choses, continua mon

vénérable interlocuteur ; et l'une d'elles manquant, | Et l'homme qui étudie ne peut devénir un savant, © «si fort Maintenant, dites-moi laquelle de ces trois choses Æ Les v

est la plus importante ? 4 sl

Hein ! nouvel embarras. Je me risquai encore de m cependant, et je répondis que c'était l'intelligence. 4 ta

— Vous vous trompez, me dit le prélat: c'est 1 de co la mémoire, M assuré

La mémoire ! me dis-je encore une fois. À si

— Soyez intelligent et étudiez tant que vous | surto D voudrez, si vous n'avez pas de mémoire, vous À vai #4 travaillerez en vain: vous mettez de l'eau dans 1 À c # un panier percé. Vous oubliez à mesure ce que A fe d: vous étudiez, et peu à peu vos connaissances se À tre. 4 nuagent et finissent par s'évanouir. “ Jena La réflexion venant, je finis par me rendre aux \'ore: a remarques de Sa Grandeur, et je vis se réaliser de il reté ‘; temps à autre cette observation qui me parut A tot " d'abord si originale. citait EE Revenant à notre 1llustre ami, nous pouvons en gl Fe dire à l'aise qu'il avait au suprême degré les trois littér ; choses en question. saint Quelle intelligence que la sienne! quelle en mon

était la vivacité et l'étendue ! quelle en était la une

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Et puis quel travail pour développer cet esprit si fort ! Les jours et les nuits étaient consacrés. Les volumes étaient dévorés en quelques jours. Les livres scientifiques succédaient aux ouvrages de musique ou de poésie. Le tout était entremêlé de travaux en peinture, d'exercices en musique, de courses aux insectes et aux plantes. On m'a assuré qu'il avait lu la grande histoire de Darras en six mois. C’est quelque chose d’incroyable, surtout si on considère qu'il faisait avec cela le travail de sa classe.

À ces deux éléments de l’érudition, il joignait la fameuse faculté de la mémoire. C'était peutêtre .» plus prodigieuse des trois choses exigées. J'en appelle ie: à tous ceux qui ont connu l'abbé \'oreau. Sa mémoire était vraiment phénoménale, il retenait tout ce qu'il lisait ou entendait dire. A tout bout de champ, dans la conversation, il citait toutes sortes d'auteurs. Il paraissait savoir en grande partie par cœur, outre les classiques littéraires et scientifiques, l'Écriture sainte, les saints Pères, l’histoire de l’Église et l'histoire du monde en général. Aussi, quand il venait à faire une dissertation sur un sujet quelconque, son

discours ne languissait pas. Les idées et les faits

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