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charme du cantique nouveau. Il fit donc, dans a son compte rendu, une mention très flatieuse du Noël d'Adam, et alla jusqu'à dire avec raison que Mozart n'aurait pas désavoué cette composition musicale, L'appréciation déplut fort, paraît-il, à un certain Français qui se trouvait alors à Québec Ce monsieur prit la plume et se permit de tourner en ridicule l'éloge décerné au compositeur Adam. Notre abbé répondit avec vaillance à ce Français mal inspiré, et la lutte se poursuivit pendant h. un certain temps avec un vif intérêt. A la fin de | joute, le champion trifluvien eut la douce satisfaction de recevoir, d'un virtuose québecquois
de haute valeur, un compliment des plus gracieux
sur sa manière de se défendre et d'apprécier
l'inspiration d'Adam.
Le premier évêque des Trois-Rivières, Mgr
Cooke, qui s'y entendait en littérature, avait
remarqué le talent d'écrivain supérieur du regretté
défunt, et l'avait en conséquence fait de bonne
heure son secrétaire,
Plusieurs fois il m'a dit à moi-même combien
il admirait son savoir-faire dans l’art d'écrire.
| Il trouvait qu'il avait de la souplesse et de
[la variété dans les tons ; de la mesure et de
l'énergie, de la noblesse et en même temps de la simplicité dane l’expression et les termes : de la clarté, de ia profondeur dans la pensée, de l'originalité dans la conception d’un sujet ; qu'il traitait avec la même facilité et le même succès un sujet léger ou une haute question religieuse ou sociale; qu'il avait le talent du peintre, du narrateur au même degré que celui du logicien
Je puis ajouter, ou répéter plutôt, que ce savoir faire avait été acquis par un long travail, par de nombreux exercices. Il m'a avoué dans l'intimité qu'il avait fait une étude spéciale des meilleurs auteurs classiques de l'antiquité et des temps modernes. Ses modèles favoris étaient, chez les anciens, Desmosthene, Cicéron et Virgile. I affectionnait particulièrement Cicéron pour s manière intéressante de développer un sujet. 1 disait que cet illustre orateur avait trouvé h véritable forme de l’éloquence, qu’il en avait
atteint les dernières limites, et que c'était chez E lui qu'il fallait chercher les secrets du métier À
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premiers élèves du séminaire des Trois-Rivières ont mis à profit cet ingénieux procédé, entre autres, Magloire McLeod, premier rédacteur du Journal des Trois-Rivières, et Lucien Turcotte, professeur de droit à l’université Laval, tous deux écrivains et orateurs remarquables, et dont la patrie déplore encore la mort prématurée.
Parmi les modernes français qu'appréciait en première ligne notre ani, se trouvaient Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Chateaubriand et Veuillot, I! les dégustait avec délices de temps en temps. Télémaque, au point de vue du style, le charmait,. Il en était de même du Génie du. Christianisme. Mais Louis Veuillot faisait surtout l’objet de son étonnement. Il admirait cette variété prodigieuse de tons et de manières que possédait l’immortel styliste français.
L'auteur, néanmoins, avec lequel il paraissait avoir le plus de ressemblance pour ia facture était, à mon humble avis, l’ancien évêque de Poitiers, Mgr Pie: même style simple, limpide,
nerveux et en même temps toujours ncole ; même
| élévation, même ampleur de pensée.
Ces études littéraires et ces qualités d'écrivain
| avaient fini, ainsi que je lai signalé plus haut, par
le faire apprécier de son évêque, Mgr Cooke. Bien souvent le vieux prélat confiait à son habile secrétaire Ia rédaction de ses lettres importantes ou de ses mandements.
Je me souviens, entre autres compositions, du
discours qu'il le chargea de faire pour lui lors de
la grande réunion des anciens élèves de Nicolet en
1866. Ce travail, fait dans ma chambre et sous mes yeux, et dans l’espace de quelques heures, est un bon échantillon de sa plume. Je me permets de le consigner ici, persuadé qu'il intéressera le lecteur, et qu'il prouvera en même temps, je
l'espère, la justesse de mon appréciation.