ÉVÊQUE DES TROIS-RIVIÈRES, LE 24 MAI
* Messeigneurs, honorables Messieurs, mes Entants,
‘Mon âge et mes Infirmités ne me permettent plus guèreide parler en publie. Cependant, dans une circonstance aussi solennelle, il est biei difficile pour l'évêque de ce diocèse et pour un des plus anelens élèves du séminaire de Nicolet, de ne pas dire quelques mots. Je le tenterai donc. [lime semble d’ailleurs que le sentiment du devoir dans cette grande occasion, ainsi que les souvenirs du passé, me donnent de nouvelles forces.
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“(l'est avec un grand bonheur, Messeigneurs et Messieurs, que je vous vois tous réunis ici, pour offrir en ce moment à la maison qui vous a nourris du pain de la science et formés à la vertu dans vos jeunes années, un témoignage de reconnaissance. Ce sentiment vous a toujours animés, sans nul doute, depuis votre départ de cette maison, mais vous n’avez pas voulu qu'il demeurât comme à l’état latent, et vous êtes venus aujourd’hui, de loin, lui donner l'éclat d'une manifestation publique et extraordinaire.
“ Cette démonstration tourne à votre honneur, puisque la reconnaissance est un des plus nobles sentiments du cœur de l’homme; à l'honneur de cette maison qui reçoit un pareil témoignage, et enfin à l'honneur de la religion qui l’a fondée et qui la dirige, et au nom de laquelle, comme évêque de ce diocèse, je vous offre en ce moment mes plus vifs et mes plus sincères remerciements:
“Cette maison est bien digne d’un tel honneur, à tous les titres : à cause de son origine relevée et de ses progrès, à raison de ses remarquables et respectables directeurs, et par rapport aux bienfaits signalés qu’elle a produits.
“Commencée par un prêtre généreux dont le nom ne sera jamais oublié, elle a été fondée et soutenue par les évêques et le clergé du Canada ; elle est donc l’œuvre de l'Église de ce pays. Quelle attention ne lui portaient pas Mgr Plessis, Mgr Panet, Mgr Signay, qui ont fait pour elle les plus grands sacrifices! Elle était l'objet bien
38 L'ABBÉ DÉSILETS, VICAIRE GÉNÉRAL connu de leurs prédilections. Comment n’aimerions-nous, n’honorerions-nous pas ce que ce: dignes pontifes ont si singulièrement chéri? Elle n’a pas cessé d’être, vous le voyez encore, la bien-aimée de l’épiscopat. puisque, au premier signal donné, nos Révérendissimes Seigneurs de Tloa et de Montréal n’ont pas hésité à laisser leurs sièges et leurs graves occupations pour veni se joindre à nous, honorer cette manifestation de leur présence et donner ainsi une marque non équivoque de leurs sentiments.
‘Quant à moi, qui ai eu le bonheur de recueillir ce bel héritage des évêques de Québec, en recevant, malgré mon indignité, la mission de gouverner PÉglise des Trois-Rivières, si je n'ai pas fait pour elle ce que mon cœur aurait désiré, cela est dû à mon indigence et aux besoins des temps. Quel plaisir aurais-je eu à pourvoir à sa force et à son éclat si la chose eût été possible! Mais pourquoi parler ainsi? Cette maison a-t-elle encore besoin detutelle et de patronage comme dans sa jeunesse? Non, ce temps: est passé. Elle a grandi et elle est devenue une mère, une Alma Mater, ainsi que vous vous plaisez À l’appeler. A voir sa belle, nombreuse et riche progéniture, comme on en a le précieux avantage en ce moment, on ne saurait jamais la considérer comme une mère pauvre et souffrante. De plus, elle s’est déjà reproduite d'une manière honorable, en contribuant par les sujets qu’elle a donnés, à la formation d’établissements nouveaux, et elle le pourra encore à
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l'avenir, avec non moins d'avantages, quand la marche progressive de Ja population et de la colonisation le rendra nécessaire. Ainsi, l’on pourrait dire avec assez de justesse, comme l’Église dont elle est la servante : ‘* Filiæ tue de latere. — Tes filles surgissent à tes côtés ;”’ de même que l’on dit aujourd’hui avec beaucoup d’apropos et de vérité, quoique non plus dans un sens prophétique : ‘* Falii tui de longe venient.—Ils sont accourus de loin, les voici arrivés pour te rendre visite.”
“Quoique les années soient un fardeau, je me rejouis, à l’heure qu’il est, d'en compter un grand nombre. J’ai le privilège, peut-être unique entre tous les membres de cette nombreuse assemblée, d'avoir suivi le premier cours qui se soit donné au séminaire de Nicolet, d’avoir vu de mes yeux le berceau même de cet établissement, et de pouvoir faire ainsi une exacte comparaison entre les deux extrémités de sa carrière.
Je puis vous assurer qu’il a marché à pas de géant.
“En effet, quel changement et quels progrès ! Il fut un temps où trente-deux élèves seulement se rangeaient autour de deux professeurs, dans des chambres de quinze pieds carrés ; c’était là le séminaire de Nicolet avec ses facultés et ses moyens. Portez maintenant les regards sur cette immense construction, sur le nombreux personnel de l'établissement, sur ses classes, ses bibliothèques, ses cabinets, ses bocages, sa florissante
communauté, et jugez vous-mêmes s'il y a de quoi se réjouir, et comme chrétien, et comme Canadien et Nicolétain, et de quoi motiver une grande fie de famille.
‘ En se rendant ici, Messeigneurs et Messieurs, un grand nombre d’entre vous ont eu l'intention de revoir et de remercier leurs généreux directeurs et professeurs. D'autres, comme moi, ne peuvent plus s'acquitter de ce devoir ; le temps leur a ravi ces objets de leur vénération. Qu'il me soit donc permis d'y suppléer autant qu’il est possible, tan en mon nom qu’en celui des plus anciens élèves, en leur présentant en ce jour, dans la personne de M. le supérieur du séminaire, leur légitime successeur, le tribut de notre regret et de notre reconnaissance. Je dois ici cette justice et cet hommage aux premiers directeurs et professeurs de cette maison, notamment à M. J.-Bte Roue, prêtre de Saint-Sulpice, et à M. Jos.-O. Leprohon, que plusieurs de vous ont eu le bonheur de connaître, de déclarer publiquement que leurs travaux, leur charité, leur dévouement et leurs lumières ont servi non seulement à consolider l'établissement sur ses bases, mais encore à Île développer et à amener les heureux fruits que nous voyons; qu'ils ont transmis à leurs successeurs le feu sacré qui les animait pour l'éducation de la jeunesse, et que cette flamme, constamment nourrie et constamment accrue, s’est communiquée de génération en génération jusqu’à la présente qui, nous le voyons, n’en brûle que