‹ Un scandale français [microforme]Chapitre 12 sur 45 · VERITE · texte numérisé non relu

VERITE

tre de revenir bientôt, et, cette fois, préparé à rester plus longtemps.

Je demandai alors qu'on me rendit mes papiers, faisant remarquer que le notaire devait avoir eu le temps de les examiner et d'y prendre les notes dont il avait besoin. Elle me répondit que quelquesuns des documents étaient encore entre les mains du notaire, qui en avait encore besoin, et que les autres étaient dans son coffre-fort ; mais Mary Smith en avait la clef, parce qu’elle y avait enfermée ses consolidés, qu’elle n'avait pas eu le temps de déposer au Crédit Lyonnais. Et il était impossible de voir Mary Smith ce jour-là, puisque je ne les avais pas avertis à l'avance.

Je dus donc m'en retourner à Londres sans mes documents.

Après mon retour à Londres, je reçus plusieurs lettres des Cesbron, renouvelant leur invitation, et me pressant de leur rendre visite et de demeurer chez eux pendant une couple de semaines. J’y vis alors une bonne occasion de rencontrer ces capitalistes avec qui ils me disaient être en relations, afin de m’aseurer par moi-même de ce qu'ils se proposaient de faire.

Je pourrais en même temps soumettre à l'examen des échantillons de lait stérilisé par mon procédé, comme je le leur avais déjà proposé. Comme ils n'avaient pas accepté mes conditions de payer mes dépenses de voyage, je résolus de ne plus insister sur cette condition, et partis afin de leur montrer les résultats de mon procédé.

Ma seconde visite à Versailles.

Plein de confiance dans la bonne foi des Cesbron, rassuré par la tournure de l'incident du 1er octobre, et les bonnes références que j'avais reçues d’eux, à la mairie, je me rendis à Paris le 16 octobre, apportant avec moi toutes les matières nécessaires pour produire des échantillons de lait stérilisé en présence des capitalistes. Cesbron m'attendait à la gare. 11 me pressa vivement d'aller directement chez lui et je m'y laissai entraîner. Je fus encore reçu à bras ouverts. Je leur dis que je m'étais préparé à produire les échantillons qu’ils m’avaient demandés dans leur lettre du 27 mare, s’il m’était possible de rencontrer les capitalistes et de m’entendre avec eux. Pesnel me répondit que c'était impossible pour le moment, les capitalistes demeurant en Normandie, aux environs d’Alençon et de Trouville, mais que nous pourrions les voir dans quelques jours.

Dans l'intervalle, nous pourrions voir Mary Smith le lendemain, et, peut-être pourrions-nous nous entendre avec elle. Mary Smith, pendant ne vint point, mais je reçus des lettres d'elle, ou que je croyais venir delle, et auxquelles je répondis.

Un jour ou deux après, la femme Pe soi-disant signé de Mary Smith, e et Pesnel: c'était une donation de sa fortune à moi, Ce document, 1 d'après la femme Pesnel, lui avait été confié pour me Je remettre im- Médiatement après notre uariage.

Elle me dit qu'il fallait tout Préparer avant l’arrivée de Mary Smith, ajoutani que, pour sa part, elle avait déjà été chez le Consul d'Angleterre pour le consulter, mais qu'il n'y avait rien à faire là. Elle avait tâché d'établir la résidence de Mary Smith en France ; mais la grande difficulté était que Mary Smith était née à Rotterdam. I] fallait alors consulter le Consul de Hollande, et elle me pria de l'y accompagner, ce que je fis.

Elle eut aussi l'idée d’aller chez le Consul des Etats-Unis, J'y allai, et elle vint avec moi. Partout où nous allions, c'était elle, et elle seule, qui faisait Ja conversation. Elle posait les Questions, et donnait les réponses, et, bien que je lui demandasse, à maintes reprises, de me rendre mes Papiers, ou de venir avec moi chez son notaire à çe sujet, ou de les sortir de son coffre-fort, elle trouva toujours des excuses bien définies pour me remettre à plus tard, et elle Dersista à attendre le retour de Mary Smith avec la clef de son coffre-fort, ce qui, disait-elle, mettrait tout cela à notre disposition, tandis qu’on ne pou-

vait rien faire avant; et c'était là une excuse contre laquelle les arguments restaient impuisants.

»snel me montra un document t certifié comme tel par Cesbron,

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J'étais anxieux de savoir comment Ça finirait et ce que ça voulait dire, part iculièrement la donation ; si cette dernière était fausse, toute l'affaire était une mYstification, y Compris l’affaire du lait; et si elle était véritable, c'était une chose bien extraordinaire, car je n'avais aullement exprimé Je désir qu’on agît de la sorte. Tout m'était pour ainsi dire imposé,

Je sais bien, naturellement, qu’un grand nombre de personnes douées de prescience “après coup”, auraient vu clairement qu'il fallait tont abandonner et m'en retourner à Londres; mais je ne le vis

point, car cela signifiait l'abandon de mes papiers, et je désirais tirer la chose au clair.

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Perquisition policière.

Vers ce temps-là, eut lieu un autre incident étrange. Les Ces bron reçurent une visite de la police le samedi, 27 octobre 1906, à la suite d’une plainte portée contre eux par M. Lalère, le fiancé de Miss Northeliff, pour se faire rendre les présents qu'il lui avait faits,

Je fus questionné par le juge d'instruction, M. Mangin Bocquet, au sujet des Cesbron. Je répondis que j'étais en relation d’affaires avec eux au sujet d’un procédé de conservation de lait, et que je les croyais honnêtes et respectables. Je répétai à peu près ce que le fonetionnaire de la mairie m'en avait dit. Pius tard, naturellement, cela fut considéré comme très mal de ma part. (Quoique ce fût très bien de la part du fonctionnaire de la mairie.)

Le juge d'instruction, cependant, im’assura qu'il n’y avait aucune plainte contre moi dans la plainte de M. Lalère.

La femme Pesnel avait à produire une caution de 6.000 frs, montant d’une facture, produite au juge d'instruction, pour l'achat de deux bagues par M. Lalère pour Miss Northeliff. La femme Pesnel me demanda de lui avancer cette somme jusqu'au retour de Mary Smith, quand elle pourrait ouvrir son coffre-fort et me rendre cet argent. En même temps, tous les jours je recevais des lettres, soidisant de Miss Mary Smith, dans leur sens.

J'étais convaincu qu'ils avaient agi honnêtment envers M. Lalère. Ils me firent voir une de ses let.es dans laquelle il rompait “on engagement avec Miss Northcliff. Dans ces conditions, «lon moi, c'était M. Lalère qui s'était mis dans son tort et rendu passible d'une action en dommages-intérêts Pour rupture de promesse de mariage. En Angleterre, ls présents entre fiancé ne sont pas retonrnables, à moins qu’il ne soit entendu que tel. présents devront être rendus au cas où le mariage n’aurait pas lien. Je pensais que M. Lalère agissait par dépit et qu'il serait débouté de sa demande.

Cependant je conseillai de rendre les présents, et Pesnel, feignit d'approuver mon conseil. Je pensais qu'en représentant à la jeune fille (Miss Northcliff) les complications produites par son entêtement, et en lui faisant toucher du doigt cette alternative: ou de rendre les présents, où de voir son nom et son adresse donné: au juge, ells serait anxieuse de se rendre immédiatement. Considérant la fortune qu’on lui supposait, je ne pouvais attribuer son obstination qu’à la colère où au dépit de la rupture de l’engagement par M. Lalère,

En outre, la somptuosité de la demeure. du mobilier, qu'ils di- “aient avoir payé comptant, et dont ils avaient les reçus dans leur coffre-fort avec des obligations pour une somme de 170,000 frs., au por-

teur; une automobile de 10 à 12.000 francs, dans laquelle ils me promenaient partout, tout cela me fit croire qu'ils me rembourseraient dans quelques jours comme ils me le promettaient. Il est vrai que je n'avais pas vu les obligations, mais la résidence somptueuse, l’automobile, ete., me firent croire que leurs déclaration, au sujet des 170,- 000 francs étaient vraies également.

Un autre point important pour moi, c'était la caution de 6,000 francs (£?10), demandée par le juge d'instruction, et représentant le prix exact, réclamé par Lalère, des deux bagues, d'après les factures produites par lui; je ne fus pas pénétré de l’idée que le juge d'instruction attachât beaucoup d'importance au délit dont Pesnel était accusée : cette somme ne représentait que la dette civile en ques- Lion, puisque, si Pesnel devait être jugée responsable à l'audience, cela ne laissait subsister aucun crime.

Toutes ces considérations me rassurèrent sur son compte; néanmoins, je refusai, et répondis qu’elle ne devait pas compter sur moi pour lui ava”cer cet argent. Elle protesta que ce n’était qu’une avance momentanée; je vis là une occasion de vérifier la réalité de la donation, et, en même temps, de prendre les précautions nécessaires pour m’assurer le remboursement de l'argent que je lui avancerais.

Je lui dis alors que, si elle voulait me confier cet acte de donation qu’elle m’avait montré, je lui avancerais la somme contre promesse écrite passée en due forme. Je croyais qu’elle n’en ferait rien, et que je pourrais ainsi éviter de lui avancer cet argent. Nous verrons, me disais-je, Si elle me confie l'acte, c’est qu’elle agit en trattresse vis-à-vis de Mary Smith, ou qu’elle se conduit comme un imposteur. Si elle n’en fait rien, ce sera bon signe. Dans tous les cas, voilà ma condition, et je n’en démordrai pas. Elle protesta qu’elle ne pouvait pas faire une chose pareille, et que, quand bien même elle le voudrait, Cesbron n’y consentirait pas. Je persistai, sans vouloir rien changer à ma condiiton.

Cependant le juge d'instruction la talonnait. Je me rendis encore avec elle, le dimanche, à la gendarmerie, pour m’assurer que la Caution payée lui permettrait de se rendre à Londres pour chercher les bagues. On me répondit que oui.

Enfin Cesbron et elle signèrent un billet promissoire sur papier timbré, s’engageant à rembourser Pargent dans un mois avec intérêt. Elle me le remit avec l'acte de donation et prit l'argent, qu’elle déposa comme caution le même jour, dimanche, 28 octobre 1906, pour avoir la permission d’aller à Londres, et nous quittâmes Versailles le méme jour.

Cependant, elle n’alla pas directement à Londres voir Miss Norih-

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