CHAPITRE VI
Soupçonné d'être fou.
Je suis dans ce monde matériel; où faire le ma) Est souvent louable ; et faire le bien quelquefois Regardé comme folie dangereuse.
SHAKESPEARE, ‘‘Macb."' IV 2.
Le juge d'instruction m’avait déjà soupçonné d’être fou ou d’être affecté d’amnésie (perte de la mémoire), lorsque la femme Pesnel l'avait obligé à écouter ses histoires, auxquelles il croyait aussi fermement qu’à la transsubstantiation, et il en conclut que j'avais oublié tout ce qui s'était passé entre elle et moi. Peut-être était-ce une inspiration ou une suggestion de la femme Pesnel elle-même qu'il avait avalée, et ce nouvel incident lui fournit une autre confirmation de ma perte de la mémoire.
Or, seul, l'examen pur un aliéniste pouvait établir définitivement mon état mental, et il décida de le faire immédiatement.
Après cette confrontation avee Sudre, le ?1 janvier, je ne fus plus confronté avee personne au sujet des escroqueries, excepté lorsque je parus comme témoin, quand la femme Pesnel fut confrontée xvee les témoins.
L'argent retrouvé.
Depuis que j'avais écrit au Crédit Lyonnais de Londres et d Paris, les deux lettres avaient été remises à la poste de Londres le 21. La succursale de Londres, par conséquent, avait eu le temps de communiquer avec le bureau central de Paris, soit par téléphone, soit par télégraphe ou même par la poste pour le 22 et je reçus une réponse à ma lettre de Paris le 23, dans une lettre datée du 22 janvier, et rédigée comme suit :
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comit par Jonse À ré-
“Crédit Lyonnais de Paris, 22-1-07.
“Monsieur,
“En réponse à votre lettre du 19 courant, nous avons l'honneur de “vous informer qu'il ne nous est pas possible de satisfaire à votre demande ; es fonds se trouvant au Crédit Lyonnais de Paris étant frappés d'oppo- “sition par M. le juge d'instruction de Versailles.
“Nous l'informons, à la suite de la nouvelle commission rogatoire qui vient de nous être adressée, qu'en outre de votre compte à ne entral, nous avons en suspens, à notre service des accrédités, dep
octobre 1906, une somme de 39,164 frs 50/100, somme qui, suivant “les instructions du Parquet de Versailles, se trouve frappée d'opposition, “Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations,
“Le Chef du Contentieux:
(Signature), “Monsieur le dueteur Hébert.”
Fou quand même.
Cette lettre fut décachetée et lue par le gardien chef de la prison, dont l'esprit était concentré sur le seul point qui le concernait exclusivement, à savoir, recevoir 500 francs en dépôt pour lui assurer le paiement de mon alimentation, que Mangin Bocquet avait ordonné de payer sur les fonds que j'avais au Crédit Lyonnais,
Le gardien chef comprit que le passage de la lettre “il ne nous ést pas possible de satisfaire à votre demande” voulait dire qu'on 500 francs qui l'intéressaient, 11 ne vit pas, ou ne comprit pas la remarque qui y était faite au sujet des 39,164 fre 30 centimes, En grande détresse, il me fit venir àson bureau.et me présenta la lettre en disant que mon approvisionnement serait interrom- "1 jusqu'à ce que les 500 francs lui soient déposés, vu que le Crédit +onnais refusait de payer cette somme,
En apercevant la lettre, je saisis la eituation d'un coup d'oeil, d'avais prié le Crédit Lyonnais dans ma lettre de ne pas adresser leur réponse à Versailles, mais de l'envoyer à mon adresse à Londres ou à mon conseil À Paris, tandis qu’ils l'adressèrent à la prison de Versail-
refusait d'envoyer le
Je supposai que Mangin Boequet ne l'avait pas vue, car il n'était as encore arrivé au Parquet. Je lus la lettre rapidement, mais avec Soin, pendant que le gardien chef était allé. pour un moment, dans ‘appartement voisin. Je vis que l'explication du premier paragraphe entraînerait l’aveu que j'avais enfreint les règlements diseiphinaires de la prison, et peut-être l’urgence, de divulguer le nom de la personne qui avait mis ma lettre à la poste. et, comme j'entendis le pas du gardien chef revenant de mon côté, Je mis la lettre sur le feu. Juste au moment où il entra, il la vit s’enflæmer,
Je lui dis que c'était la lettre qu'il m'avait donnée. IL devint furieux, me disant que M. Mangin Bocquet ne l'avait pas lue—Eh bien, comment pouvais-je le savoir, lui dis-je ? Je n’en ai pas besoin, de cette lettre.—Pourquoi, me demanda-il, ne me l’avez-vous pas remise ? — Simplement parce que vous ne m'avez jamais demandé de vous remettre une lettre que vous m’avez donnée. — Monsieur Mangin Bocquet ne l’a pas lue, :* il voudra savoir ce qu’elle contenait. — En ce cas, vous pouve’ le lui dire vous-même, répondis-je ; d’ailleurs, vous ne m'avez pas ilit cela lorsque vous m'avez donné la lettre.”
Bientôt M. Maiin Booquet arriva au Parquet, ct il me réprimanda sévèrement d'avoir brûlé cette lettre, qu'il n'avait pas lue, Je lui donnai les mêmes réponses que j'avais données au gardien chef, et je lui dis de demander à celui-ci ce que la lettre contenait, car ma parole ne comptait pour rien.
Le gardien chef lui dit que le Crédit Lyonnais refusait de payer les 500 frs, et qu’il se trouvait sans garantie pour le paiement de mon alimentation. 11 ajouta qu’il ne pouvait se souvenir de rien, dans la lettre, au sujet de l'argent perdu. “Cet homme, dit Mangin Bocquet en me montrant du doigt, est fou, de brûler ses lettres comme ça.”
Me Salmon, mon conseil, arriva ensuite, et annonça qu’il avait reçu un message téléphonique du Crédit Lyonnais, pour lui dire qu'on avait trouvé l’argent, et qu'on m'avait écrit pour m’en informer ; mais lorsque le gardien chef lui eut appris que j'avais brûlé la lettre, j'eus à envisager un autre argument de folie.
Il avait apporté, avec lui, pour me la faire signer, une note autorisant le Crédit Lyonnais à transférer la somme de 39,164 frs 50 centimes à mon compte de dépôt. Je lui dis que je ne signerais pas une note pareille, parce que ce serait convenir que j’acceptais cette explication, ce que je ne voulais pas faire, car je regardais cette administration comme responsable du préjudice qu’elle m'avait caucé.
“Mais, dit-il, vous avez brûlé cette lettre, seul reçu que vous aviez de votre argent.
— Eh bien! lui répondis-je, vous êtes très naïf de croire que cette lettre était le premier et le seul reçu de l’argent que j'ai placé entre les mains du Crédit Lyonnais.”
Mon conseil, alors, présenta une autre demande pour ms mise en liberté, le 24 janvier, et il fut convenu avec Mangin Bocquet que celui-ci m’accorderait ma liberté provisoire, en déposant une caution en argent de 20,000 francs.
Plus tard, je priai le juge d'instruction de me permettre de copier le compte-rendu qui lui avait été envoyé par le Crédit Lyonnais,
que je considérais comme un document important, au cas où je désirerais intenter une action contre la banque.
Il ne se souciait pas de me confier ces documents, disait-il, car il craignait que je les brûlasse. Il s’efforça de me faire voir l'importance de ces documents. Je lui demandai cette permission plusieurs fois, promettant d'en avoir le plus grand soin, et, finalement, quand il vit que je me trouvais dans un de mes intervalles lucides, il me permit de les copier, une feuille à la fois, me faisant promettre solennellement de ne pas les brûler.
La pensée, ou peut-être le désir que je fusse fou, semblait être une idée dominante de :°x esprit; mais la conduite de ces officiers d'administration me parut ridicule et enfantine à l’extrême.
L'examen de mon état mental.
Cependant, cette inclination de ma part à brûler des documents importants, était, pour eux, un symptôme caractéristique de folie. Il fallait éclaircir cette question, et, comme un aliéniste avait reçu des instructions pour me visiter et m’examiner, on laissa cet ordre suivre son cours.
J'avais vu le tête-à-tête d'où résulta cette décision, sans avoir pu entendre le sujet de la conversation. Je demandai à mon conseil quel était le projet qui couvait dans leur esprit.
“Oh ! rien; dit-il; un de vos confrères viendra vous voir.” Et il me quitta sans plus d'explications.
Je savais que tout fou croit que sa propre folie est un modèle d'intelligence pour tous, et la sagesse de tous les temps. Je vis la différence de mentalité qui existait entre ces écervelés et moi, et l’injustice à laquelle on m'avait soumis jusque là.
En rassemblant ensemble tous ces points; en me ressouvenant de la remarque faite par Mangin Bocquet au sujet de mon état mental, à l’occasion de cette lettre brûlée; songeant que j'avais vu tout récemment le docteur de La prison, sans bon résultat, au sujet de mon renvoi à l’hôpital, il me vint à l’idée que “un de mes confrères" “tait un aliéniste, et je résolus de ne pas être examiné.
Première visite de l'aliéniste.
Je me rendis alors à ma cellule, et j’écrivis d’avance la note suivante :
“Versailles, 25 janvier 1907,
“Monsieur, “Je préfère ne pas répondre aux questions que vous voulez me poser, “car j'ai écrit à M, Mangin Bocquet, juge d'instruction, pour lui demander “de remettre votre visite à plus tard.
‘“Agréez, Monsieur, mes salutations empressées, “(Signé) P. Z. HEBERT."
Lorsque “un de mes confrères” se présenta à ma cellule, ce qui se trouva être le même jour que la date de ma note, je lui donnai celleci, refusant de lui parler, ét j'envoyai aussi la lettre que j'avais écrite à Mangin Bocquet à ce sujet.
J'écrivis, aussi, à Me Salmon, immédiatement, et lui dis que si “un de mes confrères” me visitait encore, je conficrais le soin de ma défense aux mains d’un autre avocat.
Il répondit à ma lettre comme suit:
“Paris, 26-1-07.
‘Monsieur,
“Vous n'avez aucune appréhension à avoir au sujet de la mesure “prise par Monsieur le juge d'instruction. Elle ne peut porter préjudice “à vos intérêts et ne peut que hâter votre mise en liberté
“Je suis retenu au Palais aujourd'hui toute la journée. Demain, di- “manche, je compte aller à Versailles, el passer vous voir, et nous pour- “rons causer longuement de ce qui vous préoccupe,
“Votre dévoué, ‘ALBERT SALMON, “Avocat à la Cour."
Immédiatement après le reçu de cette lettre, j'écrivis au Consul Britannique la lettre suivante :
5, Place des Tribunaux, Versailles,
26 janvier 1907.
1sul Britannique, en France,
A M.le 7, rue d'Aguesseau, Paris.
‘“‘Monsieur,
“Je suis la victime infortunée de l'affaire Bois-le-Roi, détenue à la “prison de Versailles, quoique innocent de toutes les accusations portées “contre moi, et je vous écris pour vous demander si vous connaissez un “bon avocat anglais, exercant à Paris, que vous puissiez me recommander “pour me défendre, et fe vous prie d'avoir la bonté de m'envoyer son ‘adresse, car je ne suis pas du tout satisfait de mon avocat actuel.
“En vous présentant mes excuses pour la peine que je vous cause,
“Je demeure, votre obéissant serviteur,
“(Signé) P. Z. HEBERT."
11 était nécessaire que ma lettre fut visée par le juge d’instruction. Je l'avais écrite le samedi, et on me dit qu’il n’était pas en
ce
en
Cour pour la voir. Me Salmon ne vint pas me voir le dimanche, comme il me l'avait fait espérer dans sa dernière lettre, mais il m'écrivit pour me dire qu'il avait vu le juge d'instruction, qui lui avait dit qu'il me verrait le mardi, 29 janvier 1907, pour me poser d’autres questions.
Deuxième et troisième visite de l'aliéniste,
Dans l'intervalle, le gardien chef me fit venir à son cabinet et, à mon entrée, j'y trouvai “un de mes confrères” qui m'attendait,
Je l'avertis encore que je ne voulais pas répondre à ses questions. Néanmoins, il persista. 11 me dit que, lui-même, il avait chservé plusieurs fois que sa mémoire lui faisait défaut, maintenant qu'il avançait en âge. Avais-je jamais observé la même chose moi-même Je répondis: Non. Vous n'avez qu'à comparer les minutes du témoignage que j'ai rendu dans cette affaire avec les documents produits depuis, pour vous assurer de la conformité et de l'exactitude de ma mémoire, Je ne voulus rien dire de plus,
IL se présenta encore, plus tard, une troisiéme fois, mais je ne voulus rien lui dire,
L'annonce publiée dans la presse au sujet de l'effort final de l'aliéniste pour m'examiner, parut dans un paragraphe du Daily Chronicle du 1er février, comme suit
“Le docteur doil être libéré bientôt en déposant ane caution de £800 “(20,000 franc I refuse d'être examiné run alisniste en disant “Je “ne suis pas fou.
La première fois que je vis le juge d'instruction, je lui présentai un des quatre mémoires que j'avais écrits pour critiquer le témoignage de Brunet, et lui dis que je n'avais aucune objection à ce qu'il fût publié, et fût le sujet de mon examen mental par le public, s’il n'avait lui-même aucune objection à ce qu’on adoptât cette méthode d'examen mental.
J'eus aussi une entrevue avec Me. Salmon à ce sujet, et il me demanda: “Quelle objection avez-vous à faire ? Ça pourrait vous aider à obtenir votre liberté.”
Je lui répondis que ce n’était pas de cette manière que je désirais obtenir ma liberté.
“Pensez done à l’effet qu’un el examen aurait sur l'esprit de mes “amis et de mes clients de Londres, quand ils verraient cela dans les “journaux.”
I1 pensait que cela ne paraîtrait pas dans les journaux—Comment
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pouvez-vous dire cela, lui demandai-je, quand tant de choses qui ne sont qu’imagination et même invention sont publiées partout comme des vérités absolues. Je vais vous dire une chose que je ferai volontiers quand je serai sorti de ce cachot. J'irai volontiers avec vous et M. Mangin Bocquet chez un aliéniste indépendant (pas un désigné par quelqu'un d’entre vous) pour faire constater lequel de nous trois | devrait être l’objet de la pius grande sollicitude pour le bien-être de son intégrité mentale.
Cela m'aurait fait le plus grand plaisir de pouvoir obtenir une comparaison impartiale et juste, entre nos capacités mentales respecti-
ves.
J'avais aussi, moi-même, fait mes observations sur leur intégrité intellectuelle, et je pressentais, à tort ou à raison, qu’au moins l’un des deux autres se tirerait moins bien que moi de l’examen, et je me sentais tout disposé à disputer le prix à l’autre.
Mangin Bocquet est affligé de Chorée. Quand vous le regardez, vous pouvez le voir fermer soudain les yeux serrés et étendre le cou comme s’il cherchait à atteindre quelque chose dans la direction du plafond; les muscles de sa figure, alors, font chorus, la tête er la figure se livrant à une gymnastique vague et indescriptible.
La Chorée est souvent un symptôme de ramollissement ou de détérioration du cerveau. J’avais confiance que, si l'examen était juste et impartial, cette circonstance pèserait beaucoup contre lui.
Me Salmon est un homme beaucoup plus jeune que Mangin Bocquet ou moi. Il est plein d’ambition, d'idées romanesques et originales, et il aurait pu remporter la palme par sa vivacité excessive et audacieuse.
J'avais l'espérance que ma plus longue expérience aurait pu suppléer à ce qui me faisait défaut.
Cependant, on n’accepta pas ma proposition. Mais ils trouveront Voccasion, ainsi que d’autres qui y verront leur intérêt, de déployer leur supériorité intellectuelle, dans leurs efforts pour réfuter avec logique ce que j’avance dans cet essai. Ce ne sera pas simplement Mangin Bocquet qui accomplira cet exploit.
Il se peut que je fusse prévenu contre eux, à ce moment, étant donné les bévues qu’ils commettaient tous, et dont j'étais victime ; mais pourrait-on me blâmer de douter de leur bonne foi en voyant que les circonstances qui environnaient leurs actions m’obligeaient à les regarder comme des fourbes, ou comme des niais.
Ils me firent le même effet que si les habitants d’une maison d’aliénés s'étaient érigés en experts, et s'étaient avisés d'examiner la
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LA VERITE CONCERNANT L'AFFAIRE HEBERT Lu
Si nous
mentalité de tous ceux qui ne demeureraient pas chez eux. la
admettons un instant que les aliénés arrivent jamais au pouvoir, première chose qu’ils feraient, probablement, serait de mettre à l’épreuve l'intelligence du reste de l'humanité, et ils pourraient bien n’en pas découvrir du tout en dehors de leur cerveau.
Ce sujet est naturellement très délicat à discuter et dans les circonstances présentes, je comprends parfaitement bien que mon opinion personnelle puisse compter pour rien dans l'esprit du lecteur. Or je citerai l'expérience d’un collaborateur du John Bull, du 17 décembre 1910, page 974, sur la prétendue “Stupidité des Etrangers” dans la capitale française, qui dit :
“Paris est la ville de lumière éblouissante. Les Parisiens se consi- “dèrent les êtres les plus illuminés sur la surface du globe, Par consé- “quent, ils sont convaincus, sans retour, de leur supériorité intellectuelle “et de l'imbécilité abjecte de tout le reste du monde. Entrez en conversa- “tion avec aucun Parisien et vous verrez qu'il est fermement convaineu “d'avance que vous êtes d'une stupidité enfantine, Fussiez-vous d'un “esprit aussi brillant que le Secrétaire de l'intérieur, aussi savant que le “Principal du Collége de la Trinité ou un aussi bon acteur que l'Evêéque “de Londres; du moment où vous vous trouvez en présence de deux ou “trois Parisiens, votre intelligence sera classée plutôt au-dessous du ni- “veau de celle d'un Lapon ou d'un Néo-Zélandais. Même si vous vous re- “mettez de votre étonnement et vous énoncez quelques épigrammes, on “ne vous écoutera pas plus que vous où moi n6 3 espérerions entendre “des vérités pholosophiques d'un singe exposé sur un théâtre. Le Pari- A OF DR prend tous ceux qui ne sont pas parisiens pour des im-
éciles."
Cette description n’est pas sans ressemblance à l'expérience que j'en ai eue moi-même. mais j'ai trouvé un plus grand nombre d’exceptions parmi les Français en général que le collaborateur du John Bull. Peut-être ses observations ont-elles été faites exclusivement parmi les fonctionnaires de l'administration.
Le mardi, le juge d'instruction ne me vit pas, comme l'avait dit Me Salmon dans sa lettre, et je lui écrivis comme suit :
“Versailles, 30 janvier 1907.
“A M. Mangin Bocquet, juge d'instruction.
“Monsieur le juge,
“J'ai été très désappointé et désolé que vous ne m'ayez pas appelé “hier après-midi, comme vous me l'aviez donné à entendre, et le délai “incessant pour me rendre ma liberté, quand on reconnaît mon innocence, “me fait désespérer de sortir d'ici avec le moïhdre vestige de santé.
“Je dors à peine et, quand je m'assoupis, je me réveille bientôt, tout “trempé de sueur, comme au sortir du bain.
“Hier soir, j'ai encore eu un accès de faiblesse extrême. J'ai cru y “rester, J'étais là sur mon lit, où je m'étais jeté, car à d'autres accès que “j'ai eus ici, je suis tombé à terre, sans pouvoir rejoindre mon lit, et je “suis resté là étendu, incapable de me mouvoir, sans aide aucune, sans
“secours d'aucune sorte, pas même quelqu'un pour me donner une goutte d'eau.
“Tout cela est probablement dû à l'inflammation ou l'infection des ‘’sinus osseux de la joue, ou à la grande perte de sang que j'ai subie. Je “ressens dans la joue une douleur continuelle, qui aurait demandé un trai- “tement spécial depuis longtemps, avec un entourage de soins appropriés. ‘Ce traitement m'est nécessaire; et ce ne sera pas quand je serai à l’article ‘‘de la mort que j'en aurai besoin: on aurait dû me le faire suivre depuis ‘longtemps.
“Je sens déjà que ma santé est altérée à tel point que je ne pourrai “jamais la recouvrer aussi complètement qu'un traitement scientifique “commencé à temps aurait pu me l'assurer, Et cependant, vous me dites ‘que vous me croyez innocent! Ne vous paraît-il pas terrible qu'un homme “innocent soit éprouvé ainsi, dans sa santé, dans ses biens, sans parler ‘de sa réputation perdue, et l'humiliation qui en résulte. Victime de tous ‘les côtés, je suis désolé de me trouver dans un aussi pitoyable état, et “je vous demande en grâce, d'envoyer la lettre que j'ai adressée au Con- “sul Britannique, car je désirerais consulter up autre avocat: 11 me semble “qu'il doit y avoir autre chose à faire pour me libérer plus rapidement.
“En terminant ma lettre, Monsieur le juge, je vous fais mes excuses ‘pour les ennuis que je vous cause, et je vous prie de ne pas m'en vouloir ‘‘de vous importuner ainsi.
‘“‘Agréez, Monsieur le juge, l'assurance de mon profond respect.
“(Signé) P. Z. HEBERT."