‹ Un scandale français [microforme]Chapitre 21 sur 45 · AUTRES ACCUSATIONS · texte numérisé non relu

AUTRES ACCUSATIONS

On m'accuse de meurtre, et on refuse ma mise pn liberté.

Le 31 janvier, arriva du Parquet une réponse À ma demande de mise en liberté, qui avait été présentée le 24 par mon conseil, Me Salmon. Ce fut justement le lendemain de ma demande, c’est-à-dire le 25, que la femme Pesnel porta contre moi une accusation de tentative de meurtre sur sa personne, dans la nuit où elle et Cesbron avaient tenté de m’assassiner, et plus de deux mois après le soi-disant incident; et l’on m’informa que le Parquet ne pouvait pas m’accorder ma mise en liberté, en présence d’une nouvelle accusation de cette gravité, pour laquelle il fallait faire une enquête r£essairement, avant qu'aucune démarche ne fût faite pour m’élar,

‘“‘ Demandez et vous recevrez".

(Christ Lue. XI. 9.

J'avais eu des accès d’épuisement et d’évanouissement depuis ma détention. J’en avais parlé au juge d'instruction, et je lui avais écrit plusieurs fois à ce sujet.

Vers ce temps-là, je lui dis que, si seulement je pouvais obtenir, dans ces moments-là, quelque chose de chaud à boire, une tasse de lait chaud par exemple, ou une tasse de cacao chaud, ou ne serait-ce même qu’une tasse d’eau chaude, je pensais que je pourrais éviter ces attaques, car je pensais qu’une de leurs principales causes, c’était la température continuellement froide de la cellule que j’habituis, sans feu, sans soins d'aucune sorte, et l’état de débilitation dans lequel je me trouvais, et aussi l’inflammation persistante de ma joue.

Un autre effet du froid fut de me produire dans la cuisse gauche une paralysie de sensation, qui se prolongeait jusqu’à la jambe.

Quelquefois j'éprouvais une sensation d’eau bouillante, circulant dans les veines, puis, en un instant peut-être, cette sensation se changeait en celle d’un froid de glace.

Cette paralysie partielle de la cuisse n’a pas, même au moment où j'écris, (1911) complètement disparu, bien que je la ressente à un bien plus faible degré.

Le juge d'instruction fit part de ma plainte et de ma prière pour avoir un breuvage chaud au gardien chef, en ma présence. Celui-ci, d’un ton sympathique, me dit alors: “Vous pouvez avoir du lait chaud, du chocolat chaud, de l’eau chaude quand vous voudrez. tout ce que vous avez à faire, c’est de tirer votre sonnette, et le gardien de votre œællule viendra vous donner ce que vous demancerez. Je fus enchanté de la réponse, et, probablement, beaucoup de personnes douées d'humanité, en dehors de la prison, sont enchantées de même quand ils entendent la même histoire au sujet d'autres prisonniers.

Un jour, après cette information charmante, comme je sentais venir cette attaque de faiblesse, je tirai la clochette et le gardien y répondit :

“Qu'est-ce que vous voulez, me demanda-t-il d’un ton sévère ?

—Auriez-vous la bonté de me procurer une tasse de lait chaud ? Je me sens si faible.

—Une tasse de lait chaud à 4 heures de l'après-midi ! me dit-il. Tout ce dont vous avez besoin doit être commandé 24 heures à l’avance, et on ne peut vus l’apporter qu’à 9 heures d' matin, et pas à une autre heure. Votre commande, maintenant, vient trop tard pour demain matin 9 heures, et ne pourrait vous être délivrée que le jour d’après, c’est-à-dire après-demain matin à 9 heures. D'ailleurs, l'heure convenable pour donner votre commande doit être à 9 heures du matin demain, lorsqu'on prendra les commandes. Maintenant que vous savez cela, ne me dérangez plus de mon ouvrage pour des riens de la sorte.

—Mais, lui répondis-je, comment faut-il faire pour obtenir quelque chose de chaud à boire, si j'en ai besoin à cette heure-ci du jour ?

—Vons pouvez le tenir chaud vous-même comme vous voudrez. Nous n'avons rien à y voir. Nous n'avons à vous le délivrer qu’une fois par jour à 9 heures du matin. Vous n’êtes pas ici dans une infirmerie:; nous n’avons aucune organisation pour ces choses-là ; ainsi, rappelez-vous ‘e bien, et ne me dérangez plus sans raison.”

T1 me parla d’un ton si brutal, que je craignis, si je faisais part au gardien chef de l'accueil qu’il m’avait fait, qu’il ne me reçût à coups de pied, la première fois que je le verrais, et ce ne fut que long-

temps après que j'en parlai au gardien chef. La seule réponse que je

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reçus de celui-ci, fut que ces gens-là n'étaient pas haibtués à manifester la moindre bonté poir qui que ce soit.

J'avais consulté le docteur de la prison avec des résultats variés. Je priai le gardien chef de me faire savoir quand le docteur passerait la prochaine fois, afin de lui parier de ces accès d’évanouissement.

Au moment de sa visite, il m’envoya le gardien chef pour me demander ce que je voulais, sans me faire venir à lui, ni venir à ma cellule lui-même. Je dis au gardien chef que, ne pouvant pas obtenir de lait chaud, comme je l'avais espéré, je serais très obligé au docteur de vouloir bien m'envoyer une bouteille de tonique de quinine, ce qui pourrait me fortifier contre ces attaques,

Le jour suivant, je reçus deux cachets de poudre de quinine contenant une dose chacun, avec la recommandation de lui faire savoir dans une semaine le bien que j’en aurais ressenti,

Je ne les pris pas, parce que mon but était d'obtenir une action soutenue de la quinine par des doses répétées et continues, pour me fortifier contre ces attaques. Deux doses n’auraient pu avoir aucun effet pour une semaine, et, quand j'aurais eu une attaque, n’auraient pu agir comme un restauratif, parce que la quinine ne pouvait agir qu'après avoir atteint la circulation, tandis que le lait chaud ou l’eau chaude aurait eu un effet immédiat en élevant la température du corps.

11 n’y a pas de doute, ça aurait fait l'affaire de tout le monde si j'étais mort, particulièrement celle de Mangin Bocquet et de Pesnel. Toutes leurs bévues auraient été ensevelies avec moi, ce qui aurait préparé le terrain pour formuler n’importe quelle accusation contre moi. Cette accusation aurait été confirmée par le témoignage de la femme Pesnel, et Mangin Bocquet aurait été un grand homme.

Tout le Parquet semblai: avoir la plus grande hésitation à expédier ma lettre au Consul Britannique. Chaque fois que j'en parlais au juge d'instruction, il présentait telle ou telle excuse, par exemple que je pouvais être mis en liberté d’un moment à l’autre, et que ce ne serait plus nécessaire de l’expédier; ou bien que Me Salmon n’avait besoin de l’aide de personne pour conduire ma défense. D’un autre côté, je m’inquiétais peut-être exagérément, dans ma crainte de ne Pas pouvoir communiquer avec le Consul. J’écrivis alors la lettre suivante à l'Ambassadeur Britannique :

Prison de Versailles, 4 février 07, “A Son Excellence L'Ambassadeur de Sa Majesté Britannique, “au, vue du Faubourg st-Honoré, Paris

“Votre Excellence,

“Je suis La victime infortunée de l'affaire de Bois-le-Roi, el je suis “détenu ici sur des accusations dont je suis absolument innocent. Après avoir prouvé mon innocence des premitres accusations portées contre noi, je suis maintenant en butte à d'autres eusalions d'une nature “des plus absurdes, qui m ‘empéelent de retourner chez moi à Londres. “Je suis né au Canada, où j'ai pris nes degrés en Médecine et en Chirur- “gie, avee meption, à l'Université MeGill de Montréal en 1872, dans la “même classe qi docteur Wim. QRISEé maintenant! at ur Regius “de Médecine à l'Université Oxford: et, sept ans plus tard, me suis fait “recevoir en Angleterre au Collège al des Médecins de Londres,

“Je suis membre de l'Association Britannique Médicale, du Collège “des Médecins Gradués et de la Polyetinique de Londres, Agrégé fonda- “teur de la Société Gynécologique Britannique, et l'un des Collaborateurs “et Rédacteurs attitrés des colonnes du journal de cette Société, Je suis ‘membre de l'Association incorporée des Praticiens d'Angleterre, de l'Union “de Défense Médicale, ete. ete,

“Je possède aussi trois diplômes d'Instructiun Militaire en Infanterie “et en Artillerie, que j'ai obtenus au Canada il y a plusieurs anné et LA ai exercé la médecine à Londres, que j'ai choisie comme domieile, ‘de- 28 ans. Pendant ce temps, j'ai mené la vie d'un sujet paisible, restant les lois de Sa Majesté Britannique, sans qu'on ait aucun reproche “d'aucune sorte à me faire, et mon caractère n'a jamais été même effleuré “du moindre soupeon de criminalité, jusqu'au moment du fâcheux inci- “dent de cette douloureuse histoire, ec je puis vous assurer, sur serment, “que je suis absolument innocent de toutes les accusations inventées con- ‘tre moi en ce moment-ei,

“Je suis malade, par suite de l'atlental sur ma personne à Bois-le- “Roi, La perte excessive de sang que j'ai subie m'a rendu incapable de “maintenir la chaleur de mon corps dans un milieu sans feu, sans soins; “dans une température aussi rigoureuse que celle que nous avons eue “récemment, et je sens que ma santé se ruine, mon âge de 57 ans étant ‘aussi contre moi

“Mon but en vous écrivant est de prier Voir “bonté de m'envoyer un bon avocat anglais, ex nt à Paris, pour me “conseiller dans ee moment d'épreuves qu * passe ici, et de faire pour “moi ce que Votre Excellence jugera à propos de faire pour un loyal sujet “britannique de ma position dans la position où je me trouve.

“Dans l'espérance que je ne présume pas trop en vous adressant “cette prière et en vous présentant mes excuses pour la peine que j'im- “pose à Votre Excellence,

“Je demeure, Votre Excellence, avec un profond respect, votre très “obéissant serviteur et loyal sujet de Sa Majesté Britannique,

“{Signé) P. Z. HEBERT." “14, York Place, Portman Sq., Londres W.

“Autrefois 16a Old Cavendish St. Cavend'sn Sq. W

Excellence d'avoir la

J'écrivis la lettre ci-dessus et la donnai à mettre à la poste avant .que la réponse qui suit, du Consul Britannique, ne me fût délivrée, la lettre ayant eu à être traduite et visée avant de m'être remise. comme c’est l'usage pour les lettres adressées aux prisonniers.

î. Consulat Général Britannique, Paris 7, rue d'Aguesseau, % février 1907 “Dr P, Z. Hébert, Versailles “Monsieur, fers | “Conformément à votre demande, dans votre lettre du ernier, Se “reçue aujourd'hui, vous envoie ci-inelus Le nom et ladre d'une Le Le été de ‘solicitors" anglais, à Paris, à savoir: Messrs, Sewell & Maux LE “ham, 94, rue du Faubourg St-Honore Mais ee que je crois qu'il vous in se “faut, c'est un avocat fi ais, parlant l'anglais, qui s'intoresserait À SI “votre cause et plaiderait en votre faveur À la Cour, Dans ce eas, vous Réciie “pourriez communiquer avec Me Allain, 109 Boulevard Haussmann, Paris,

ACTA “qui parle l'anglais couramment et a une superbe clientèle s fi

“Votre dévoné,

Coll ge “(Signé) A P, INGLIS

fonda-

rateurs “Consul Général.”

Je suis

l'Union aussi écrit à M. Hector Fabre. 10 rue de Rome, Paris,

anterie Commissaire Général pour le Canada en France, qui vint me voir le

ées, et 5 février, J'eus une longue conversation avec lui, pendant laquelle

Hate il me dit qu’il était en communication avec l'Ambassadeur et le Con-

proche sul Britanniques à mon sujet. 11 connaissait très bien ma famille au

NUeuTÉ Canada, et avait visité bier, des fois le village où je suis né. Nous y

ment, avions plusieurs connaissances et amis communs.

con- Je reçus alors, la lettre suivante de l'Ambassade d'Angleterre.

ois-1e- “Ambassade Britannique.

able de Paris, le 6 février 1907

Soins; “Monsieur,

ns eue

s étant “Sous la direction de l'Ambassadeur de Sa Majesté, je vons accuse “réception de votre lettre du 4 courant,

woir la “Le consul ral de Sa Majesté à Paris à informé Sir Francis Bertie

our me “d'une demande à lui faite récemment par vous, et du texte de sa réponse,

re pour el Son Excellence désire que je vous dise qu'il approuve le conseil à vous

al sujet “donné par M, Inglis au sujet de l'emploi d'un avoeat

ressant “Je suis, Monsieur, votre obéissant serviteur,

je j'im- “‘(Signé) GEORGE GRAHAM,

É Secrétaire

re très “Dr P. Z. Héber’ “Prison de Versailles

pe “Versailles.

Fais : si é .

Sa. W Le juge d'instruction, M. Mangin Bocquet, reçut aussi la lettre suivante de M. Hector Fabre, commissaire-général du Canada en Fran

> avant PRES:

élivrée,

remise,

10, rue de Rome, Paris, 8e—. Adresse télégraphique :

“Stradacona Paris”, Téléphone 218-03.

Paris, le 6 février 1907.

“Monsieur le juge,

“Au cours du long entretien que j'ai cu, hier, dans votre cabinet, “avec le docteur Hébert, je me : is convaincu pleinement de la sin- “cérité de ses déclarations, en ce qui roncerne sa naissance à St- “Constant, près Montréal, (Canada), ses études à l'Université MeGill, “lexercice de sa profession de médecine à Whitehall, N.Y., à San “Francisco, et depuis 28 ans à Londres.

“La plupart des membres de sa famille, habitant Montréal, me “sont connus comme des gens parfaitement honorables, Ils m’ont “télégraphié à deux rer ‘ises pour s'informer très affectueusement “de la santé de leur parent, lorsqu'il était à lhôpital de Lariboisière.

“L'état d'esprit et la valeur morale du docteur Hébert, ou re “la caution en argent qu’il peut offrir, me paraissent donner une “entière certitude de l'exécution de l'engagement qu’il prendrait de “se présenter fidèlement à toute réquisition de vous. J'en suis si “assuré moi-même, que je n’hésite pas À m'en porter garant, en vous “priant de vouloir bien lui accorder la faveur d’une mise en liberté “provisoire.

“Veuillez agréer, Monsievr, le juge, l’assurance de ma considé- “ration la plus distinguée.”

Le commissaire général du Canada en France, (Signé, HECTOR FABRE, Monsieur Mangin Bocquet, Juge d’Instruction, Versailles, S. & O.

Bien que toutes sortes de mensonges alléchants, tels que les inventions de la femme Pesne!, les conjectures sagaces du juge d’instruetion, si clairvoyant, les soupçons pénétrants que son esprit exercé lui suggéra, soient communiqués à la presse par le juge d’instruction, ce qui pourrait être favorable à un inculpé est soigneusement caché au public, si ça ne lui convient pas d’en faire mention, et la lettre cidessus, comme bien d’autres choses importantes, ne fut, naturellement, jamais publiée,

J’écrivis alors la lettre suviante à l'avocat qui m'avait été recommandé par le Consul et l'Ambassadeur Britanniques.

8e— 5 Place des Tribunaux, Versailles, le 10 février 1907 A Me Akain, 101, Boulevard Haussmann, Paris.

“Cher Maitre, “J'ai écrit au Consul e* à l'Ambassadeur Britanniques qui, probable- ‘ment, vous ont communique le contenu de mes lettres, et ils m'ont con- 207. | ‘“seillé de m'adresser à vous pour vous consulter au sujet “# ma déten- “tion à la prison de Versailles, et de ma défen e, ‘Je vous serais bien obligé alors, si vous vouliez passer me voir 1u881-

cabinet, ‘tôt que cela vous sera possible, Mardi prochain, je serai complète.nent s la sin. “libre. Mais, mercredi et jeudi, il me faudra assister à un interrogatoire,

“à partir de deux heures de l'après-midi, jusque vers cinq et six heures, e à St- ‘‘Agréez, cher Maitre, l'assurance de ma haute considération. McGill,

“(Signé) P, Z. HEBERT.

à San .

à Je reçus le télégramme suivant en réponse : réal, me “12/2/07: Disposé accepter votre défense, mais étiquette profess m'ont “’sionnelle m'oblige consulter d'abord Salmon. Lettre re = usement 'ALLAIN, avocat.

boisière. L’aceusation contre moi d’avoir tenté d'assassiner la femme y ou re Pesnel, quand elle-même avait comploté mon assassinat, ayant été ner une examinée, fut abandonnée. Or, Me Salmon prépara de nouvelles conlrait de clusions, et formu.a une nouvelle demande pour ma mise en liberté. suis si Je donne ici, une copie de ces conclusions, que je reçus de Me en vous Salmon.

liberté “Pour le Docteur HEBEK ALBERT SALMON ‘Contre JUSTINE PESNEL et autres A'BERT CREMIEUX considé- ’omme suite aux conclusions précédemment p:ises:

“ATTENDU d'autre part que le docteur Hébert a déposé au Parquet

‘‘de Fontainebleau, le 20 nove mbre 1906, contre les mêmes incuipés, une “plainte pour tentative d'assassinat sur sa personne.

ance, “Qu'un juge d'instruction est saisi;

E % *‘Qu'aux termes de l'art, 227 du Code d'instruction Criminelle, les

E, “délits sont connexes, soit lorsqu'ils ont été commis en même temps, par ‘plusieurs personnes réunies, soit lorsqu'ils ont été commis par diffé- ‘rentes personnes, même en différents temps e! en différents lieux, mais ‘rar suite d'un concert formé à l'avance entre elles, soit lorsque les cou- ‘’pables ont commis les uns Pour se procurer les moyens de «ommettre “les autres, pour en faciliter, pour en consommer l'exécutica, ou pour

inven- “+1 assurer l'impunité,

“ATTENDU que les faits qui font l'objet de la prévention actuelie et nstrus- “ceux qui font l'objet de l'information de Fontainebleau sont étroitement rcé lui Î ‘connexes,

ë : “Que les deux affaires présentent tous :4 liens de connexité prévus

10n, ce ! “par ledit art. 227, alors qu'un seul des Cas mentionnés suffirait pour

ché au “faire déclarer la connexité,

t se “Que les faits dont se pia.gnent Lalère et Sudre se sont déroulés re C ‘dans le même temps que ceux dont se plairt Hébert (été et automne ement, ? 1906) et qu'ils sont imputables aux mêmes personnes réunies (Justine

“Pesnel, Cesbron, Mary Smith, Miss Northeliff) : “Qu'il y a eu un concert formé entre tous les inculpés er vu. d'arii- id recom- “ver à un but principal qui était l'assassiriat du docteur Hébe*, doit on 4 “voulait appréhender la fortune, — et que les délits commis at préjudice

“des sieurs Lalère et Sudre par les inculpés ne sont que des faits p'épa- Sratoires pour arriver & Paussassinat qu'il existe ainsi entre es Puits un indiscutable et étroite con- “‘nexité

“Que, dans ces conditions, le T ribunal doit se déclarer mecompeétent “ut subsidiairement surseoir à statuer jusqu'a da clôture de infor ation ouverte à Fontainebleau contre Justine Pesnel, Cesbron et autres :

J'écrivis encore au juge d'instruction, l'informant que j'avais blesse, le jour précédent, et le priant de

eu une autre attaque de m'accorder ma mise en liberté provisoire,

J'ai en ma possession, une copie exacte de cette lettre, ainst qu de plusieurs autres que j'ai omises, ufin d'éviter la prolixité mais je peux les produire en temps voulu.

On peut cependant trouver tous les originaux de ces lettres dans le dossier de l'instruction de Versailles,

J'avais reçu une lettre de Me Salmon, en date du ? iévrier, m'informant qu'il était au lit avec une bronchite, et je ne reçus rien de lui jusqu'au 12, lorsqu'il prépara et présenta cette nouvelle demande pour ma mise en liberté.

La question de Me Allain fut encore discutée, J'insistais à le voir, et lui dis que je continuerais ma correspondance avec lui, car je désirais qu'ils agissent tous deux de concert, au mieux de mes inté-

rêts, pour conduire ma défense,

La proposition ne plaisait pas du tout à Me Salmon: mais il s'en retourna chez lui avee mes instructions de se mettre en rapport avee Me Allain, et. le 16 février, il m'écrivit ce qui suit

“Rue Théodule ibot, 1e, Paris, 16/2/07 “Monsieur Hébert,

“Je recois à l'instant un avis de M, le Juge d'instruction, m'infor- “*mant qu'il a rendu la date d'hier, une ordonnance par laquelle il de “ela arseoir à statuer sur nos lusions jusqu'à mardi, 19 courant instruction sera, sans doute rminée çe jour

“Votre dévoué, Signé) ALBERT SALMON."

Je reçus aussi la note suivante, datée du 17

“Monsieur Hébert,

“Je vous verrai mardi vers une heure “ALBERT SALMON."

Amené devant le Procureur de la République.

Le 19, Me Salmon arriva, comme il l'avait promis, enthousiasmé

de l'espérance d'obtenir ma liberté, enthousiasme qu’il me fit aisément partager.

, puépaté con-

mpétent Matin j'avais iant de

nsi qu lité

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iévrier.

eus rien deman-

ais à le lui, car

es inté-

mais il rapport

m'infor- Le il dé courant

NE

ousiasmé aisément

I me représenta que, si, à ce moment, ma Lherte m'était accore

dée, je saurais que Me Allain, qu'il regardait conne un rhal, n'aue rait rien eu à faire pour l'obtenir, mais que luianeme en mériterait

toute la gloire, ce que je voulus bien reconnaitre

Je fus alors conduit de Pilate à Her je veux dire de Liane

gin Bocquet au Procureur de |

a République Hr'annonga av conseil, Me Salmon, n'avait rien fait qui comptät pour ta mise en liberté. Les lettres que j'avais écrites à l'Ambassadeur et au Consul Bi

valent eu aucun effet,

une grave solennité, que personne autre que mon

iques n'a-

Ia ne s'étaient pas métie donné la peine, dit-

si j'étais mis en luerte

de s'informer de moi, er, serait dû entièrement aux efforts de mon con parut s'énorgueillir beaucoup de se voir pi dlestal,

Je ne répondais pas,

aujourd'hui, cu Me Salmon, qu

sur un aussi haut piés

—Comprenez-vous # me demanda le Procureur ?

Je fis un signe de tête affirmatif, et répondis oui,

Après un rapide coup d'oeil sur leurs phvsionomies respectives, pour voir, je suppose, s'il en pouvait ravonner encore de 1 sagesse, ils me permirent de retourner à mon cachot.

Tout ela n'était. de la part du Procureur, qu'une pour me déconcerter,

montade FH savait bien que Mr. Fabre, le commissaire Général du Canada, qui était en communication à mon sujet avec l'Ambassadeur et le Consul Ecitanniques, s'était informé de moi, avait prié le juge d'instruction de lui permettre de venir me voir, qu'il était venu me rendre visite, qu'il avait écrit au juge d'instruction et s'était porté luismême garant pour moi, et qu'il agissait de concert avee l'Ambassadeur et le Consul Britanniques,

Accusation d'espionnage,

Néanmoins, ces hommes éclairés avaient compté sans la femme Pesnel, qui était la force motrice et l’inspiratrice de leur enquête. En effet, elle était, au Ministère de la Justice. l'âme, l'astre central sous la direction duquel les divers satellites de l'Administration décrivaient leurs orbites respectives, Elle avait un autre trait dans son carquois, un trait foudroyant.

Elle le lança sous la forme d’une confession, truc qui manque rarement son effet sur un juge d'instruction, comme si c'était un vêtement de la vérité. Elle ailait tout avouer. Elle voulait se décharger le coeur. Elle déclara solennellement, et jura sur la tête de ses

enfants, que j'étais un espion au service de l’Allemagne, contre la France.

L’Espionnage, la bête noire de bien des fonctionnaires français, car ils s’y adonnent eux-mêmes, ne pouvait pas être passé sous silence, puisque c’est leur occupation favorite, et qu'ils craignent toujours de voir un étranger la leur usurper. Ii fallait faire une enquête, et donner à l'oracle Pesnel le temps nécessaire pour produire les documents qu'elle promettait, bien que je protestasse avec énergie contre son accusation, et qu’elle fût incapable d’en produire la moindre preuve.

Par conséquent, on refusa encore ma mise en liberté, et M. Mangin Bocquet prétendit être très fâché contre elle, et en dire uu mal. 11 gesticula, déclara solennellement que, si elle ne produisait pas les documents promis dans un laps de trois jours, il me libérerait immédiatement, sans faute, et je fus renvoyé à ma cellule, fortement dégappointé.

Me Salmon sembla désolé; il voulait voir quel cours suivrait cette nouvelle accusation, avant de faire d’autres démarches ou d’accepter d'autres instructions. Me Allain me demanda de lui dire franchement s’il y avait quelque bien-fondé dans cette accusation. Aucun, lui répondis-je; pas le moindre.

J'entreprendrais volontiers votre défense, même s’il ÿ avait bienfondé, ajouta-t-il comme pour m’encourager à lui divulguer quelque secret que je pourrais avoir.

C’est une pure invention de la femme Pesnel, lui dis-je, comme le reste des accusations qu’elle a portées contre moi. Il n’y a pas la moindre raison de la croire.

Au sujet du refus de mon chèque de 8,000 frs par le Crédit Lyonnais.

Voyant que les 6,490 francs collectés du Crédit Lyonnais ne suffisaient pas pour obtenir ma mise en liberté et que je n'avais aucun autre usage pour cet argent à ce moment, je renvoyai à Londres, le 2 février suivant, directement à la “Union of London and Smith’s Bank Ltd,” par l'entremise du Comptoir National d’Escompte de Versailles, la somme de 4,200 francs, qui me restait, après avoir payé quelques petites notes, telles que mon alimentation à la prison; une petite balance qui était restée due à l'Hôpital Lariboisière; une petite somme à mon avocat, et je gardai dans les mains de mon mandataire plusieurs centaines de francs pour mon usage futur.

Je n’ai aucun doute que, si le Crédit Lyonnais avait fait honneur à mon chèque le 18 janvier, lorsqu'il fut présenté pour la pre-

tre la

nçais, ilence, irs de onner ments e son reuve.

Man- 1 mal.

as les immé= nt dé-

ivrait | d’aci dire sation.

: bienuelque

omme pas la

nnais.

1e sufaucun res, le mith’s pte de

avoir risOn ; e; une | MmANn-

t honla pre-

mière fois par M. L. Mouthiers, j'aurais à ce moment obtenu ma liberté. Le retard produit par ce mécompte; le discrédit jeté sur moi par les contradictions du Crédit Lyonnais; les soupçons éveillés dans l'esprit des autorités judiciaires sur la perte de ma mémoire ou sur mon aliénation mentale; les démarches qu’elles avaient faites pour me faire examiner par un aliéniste, mirent juges et officiers dans une position telle, qu’ils ne pouvaient plus reculer facilement, ni reconnaître leur erreur, même lorsqu'ils apprirent que l'argent avait été retrouvé; d’ailleurs, Mangin Bocquet n’était que trop content de trouver quelque nouvelle excuse pour continuer son enquête. Tout cela avait déjà donné à la femme Pesnel une nouvelle occasion de faire usage de son imagination inventive pour bourrer Mangin Bocquet, toujours dispos à s’en laisser imposer par elle, de nouvelles accusations contre moi.

Je le compris fort bien. Il me vint alors à l’idée de demander à M. L. Mouthiers de me donner par écrit un compte-rendu de son entrevue avec l’employé du Crédit Lyonnais, au moment où il présenta mon chèque de 8,000 frs, que cet établissement refusa de payer, et il m’écrivit la lettre suivante :

“Versailles, le 13 février 1907.

“Monsieur le docteur Hébert,

“Prison de Versailles.

“J'ai l'honneur de porter à votre connaissance qu'il est parfaitement ‘exact que, m'étant présenté les 18 et 19 janvier dernier au Crédit Lyon- “‘nais, à Paris, pour toucher le chèque de 8,000 frs que vous m'aviez ‘‘donné sur cet établissement, on m'a refusé le paiement dudit en me dé- “clarant que votre compte espèces ne comportait qu'un solde disponible ‘“‘de 6,498 francs 40 centimes en espèces.

“Malgré mon insistance, j'ai dû revenir sans avoir touché ce chèque ‘que je vous ai remis par la suite,

“Veuillez recevoir mes sincères salutations,

“MOUTHIERS LEOPOLD."

J'avais aussi parlé à Me Salmon dans le même but, mais il esquiva la question, et ne me donna pas de réponse.

Je lui écrivis alors pour lui demander de me donner une note, décrivant son entrevue avec l'employé du Crédit Lyonnais au moment de leur refus de payer mon chèque de 8,000 francs.

Voici sa réponse :

Rue Théodule Ribot, 17e, Paris, 22/2/07.

#“Monsieur Hébert,

“Me Mouthiers, huissier, votre mandataire, vous renseignera sur cet ‘incident mieux que je ne pourrais le faire. A ma prochaine visite, je "vous en parlerai, et nous verrons ce qu'il y a à faire.

“Votre dévoué, “ALBERT SALMON, “Avocat à la Cour."

Il vint me voir et me dit qu'il ne lui était pas permis de donner la moindre information obtenue dans l'exercice de sa profession.

Je soutins qu'on ne pouvait pas l'empêcher d'écrire à un client eur un sujet de ia plus grande importance pour lui, et qu'on ne pouvait pas empêcher le client de faire usage de cette information; et

nous nous quittâmes, Maitre Allain.

Pendant les dix ou douze derniers jours, j'avais été en correspondance avec Me Allain, dans le but d'en venir à un arrangement avec Jui, pour qu'il entreprit d'agir en harmonie avec Me Salmon, au mieux de mes intérêts, pour ma défense. Il était venu à Versailles me voir et res rendus et reproduits dans le

se mettre au courant des témoignä dossier; mais nous n'étions arrivés à aucun arrangement définitif, ma règles et les coutu-

proposition, disait-il, ne s'accordant pas avec mes de sa profession.

IL m'écrivit le 24 février, pour me dire qu'il viendrait me voir le jour suivant, pour finir d'examiner le dossier, et me demanderait si, définitivement, je désirais retenir Me Salmon ou non; mai il ne vint pas, et je lui éerivis dans la soirée pour lui dire que j'irais le voir aussitôt ma mise en liberté.

Les prétendues preures de mon espionage.

Après quatre jours d'attente, Me Salmon communiqua avec Me Crémieux, le conseil de la femme Pesnel, qui lui répondit qu'il n’avait pas de documents à produire; et il ne pensait pas qu’il y en eût. autant qu'il pouvait le savoir, vu qu'on ne faisait aucun effort pour en produire.

Sa cliente, Pesnel, dit-il, avait fait cela simplement pour me valoir trois ou quatre jours de prison de plus, mais il n’en était rien.

Me Salmon produisit ce témoignage de Me Crémieux au juge d'instruction, qui ne voulut pas admettre que le conseil de Pesnel eût le moindre droit de répondre à ce sujet à sa place, et il lui accorda encore quinze jours pour produire les prétendus documents d’incri-

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CHAPIRTE VIII.

Les derniers moments de ma détention.

Le jour suivant, j'écrivis à M. Clémenceau, comme suit :

Prison de Versailles, le 26 février 1907 “A l'Honorable M, Clémenceau, Ministre de France “Monsieur le Ministre,

est avec beaucoup d'hésitation que je me décide à vous écrire au sujet de ma détention dans celle prison; mais, encouragé par Vos prin- “eipes libéraux et votre sollicitude en faveur de Ja libert individuelle, que “jé connais par la lecture des journaux, je viens vous présenter, en aussi “peu de mots que possible, et que ma connaissance imparfaile de Ja langue “française puisse me le permettre, l'histoire mélaine lique de mon inear- “eération ici.

‘Je suis docteur en médeeine, exerçant honorablement depuis 2x “ans à Londres, Ma vie s'est déroulée jusqi'iei sans ombre, et je n'ai “aucune culpabilité dans cette affaire. J'appartiens à plusieurs sociétés ‘médicales et savantes, ete, ele. J'ai été victime à Bois-je-Roi, le 20 “novembre dernier, d'une tentative de meurtre, dont les conséquences “m'ont retenu à l'hôpital Lariboisière jusqu'au 28 décembre, époque où “j'en sortis, à peine rétabli, pour être arrêté par la police de Versailles, et ‘mis en prison, sur une aceusalion de complicté dans une affaire d'es- 5 et orga- “nisé l'attentat sur moi à Bois-le-Roi, J'ai, cependant été exonéré de cette “aceusation par les témoignages rendus aux divers interrogatoires tepns “au Parquet de Versailles à ce sujet.

“Mon conseil, Me Salmon, à fait plusieurs demandes pour ma mise “en liberté provisoire. La première fut faite en janvier dernier: lorsque,

core déprimé et épuisé par la perte immense de sang que j'avais prouvée par suite des blessures que j'ai reçues au moment de l'atten- “at, et dont j'étais encore à peine rétabli, j'avais consenti à payer le “dommage fait ou le préjudice causé par l'escroquerie de la femme Pesnel, “bien que tout à fait innocent, pour pouvoir retourner chez moi et rece- “voir les soins dont j'avais tant besoin, et qu'il m'était impossible de re- “cevoir en prison.

‘Cependant, certaines erreurs de compte du Crédit Lyonnais m'ont “empêché de mener cette transaction à bonne fin.

“Le 24 janvier, le Crédit Lyonnais ayant découvert son erreur, mon “avocat présenta une nouvelle demande pour ma mise en liberté; mais, “cette fois, proposant de verser la somme demandée par le juge comme “caution, jusqu'au moment de l'audience.

La femme Pesnel, voyant que cette proposition ne lui donnait au- “cune chance d'être libérée comme elle le pensait, vu que cela ne désin-

“‘croquerie de là femme Pesnel, qui avait, elle-même, complot

DE es ER TS

“téressait pas les plaignants dans son affaire d'escroquerie, déposa contre “moi, le jour suivant, une plainte en attentat sur sa personne, plus de “deux mois après le prétendu incident, tandis que c'était elle qui, avec “son pseudo-mari, avait tenté de m'assassiner.

“Au moment de statuer, le Parquet de Versailles décida que ma de- ‘“’mande de liberté provisoire ne pouvait pas m'être accordée, vu la gra- “yité de l'accusation portée ontre moi, qu'il fallait examiner.

“On examina avec beaucoup de soin les circonstances environnant “l'affaire de Bois-le-Roi, et on en vint à conclure que les lettres qui avaient “été échangées entre nous, et d'autres supposées avoir été écrites par “Mary Smith, mais démontrées avoir été écrites frauduleusement par la “femme Pesnel dans cette affaire, et que son accusation contre moi, était ‘aussi vaine que mensongère.

“Une nouvelle demande fut donc préparée, et présentée le 19 février, “quand ure nouvelle accusation fut inventée contre moi; à savoir, celle “d'avoir agi comme espion contre la France au service de l'Allemagne.

“Cette accusation, aussi fausse que les précédentes, me fut commu- “niquée, et on me répéta que, vu là gravité de l'accusation, il fallait don- “ner un délai à la femme Pesnel pour produire les documents qu'elle #disait avoir; mais on m'assura que, si dans trois ou quatre jours, elle “n'avait pas produit de documents, on me mettrait aussitôt en liberté.

“Hier, le 25 février, six jours après avoir accordé le délai, pas de t‘documents, pas de preuves, mais le Parquet crut devoir accorder un “autre délai n’excédant pas 15 jours 111

“]1 est bien évident que la femme Pesnel, — d'::c0ord avec les faux “témoignages qu'elle a rendus dans les divers interrogatoires, et qu'on a “demontrés, par ses propres lettres et par les démentis des autres témoins, “n'être qu'un tissu de mensonges, —emploie ces manoeuvres mensongères “pour me forcer à composition en désintéressant les plaignants dans son “affaire d'escroquerie, ce qui, croit-elle, lui donnerait l'avantage d'être “mise en liberté, aussi bien que moi; mais elle n'a pu produire ni docu- “ment, ni preuve d'aucune sorte, et ne peut en produire, pour la simple “raison qu'il n'en existe pas.

“Pour ces raisons, je me décourage d'attendre, et je viens vous prier “de vouloir bien prendre connaissance de ma cause et de faire pour moi “ce que la justice et vos sentiments de liberté individuelle peuvent vous “inspirer.

“Agréez, Monsieur le Ministre, l'assurance de mon plus profond ‘“‘respect.

“(Signé) P. Z. HEBERT.

Cette lettre dans laquelle j'avais pris soin de ne pas mentionner le nom de Mangin Bocquet, et qu’il était obligé d’expédier sans la décacheter ni la lire, sembla le troubler beaucoup.

11 me fit venir à son cabinet et me dit : “Vous avez écrit à M. Clémenceau, n’est-ce pas ?

—Oui, lui répondis-je.

—Lui avez-vous parlé de moi dans votre lettre

—Non, je ne l’ai pas fait.

—Vous auriez dû le faire, ajouta-t-il, et lui dire que je suis bien disposé en votre faveur, et que je fais tout ce que je peux pour vous sortir de cette impasse. À votre place, j’écrirais à plusieurs ministres. Je vais vous donner les noms de plusieurs d’entre eux.”

il me dit, comme cherchant dans sa mémoire : “Le ministre de

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la guerre..... +? Oh ! non, dit-il, se reprenant, le ministre de la Justice, le ministre des Affaires Etrangères... Il ne pouvait pas penser à d’autres ministres, pour le moment, et il me donna les noms suivants : M. Guyot-Dessaigne, garde des Sceaux, Ministre de la Justice; M. Pichon, Ministre des Affaires Etrangères”, avec recommandation pressante de leur “écrire et de mentionner son nom, et de leur dire qu'il faisait tous ses efforts dans mon intérêt.

Je pris les noms et m’en retournai, le remerciant de se donner tant de peine pour moi, et lui dis que je leur écrirais.

Le nom du Ministre de la Guerre n’avait pas été une heureuse inspiratioz. pour lui, car le Général Picquart, qui était l’un des partisans proéminents de Dreyfus et un instrument important de sa libération, n’était pas en harmonie avec les principes d’un Mangin Bocquet, et il abandonna ce nom. Mais qu'est-ce que le Ministre des Affaires Etrangères aurait eu à faire avee ma cause ? Rien du tout.

La seule raison qu'il avait, était de se servir de moi comme d’un instrument pour attirer l'attention de ces ministres sur lui et leur faire voir son habileté à jouer ses ruses et son adresse à inspirer de la confiance À sa victime naïve, et, de cette menière, préparer le terrain pour l’avancement qu’il avait en vue.

Cela servirait aussi, à son point de vue, à indiquer que j'écrivais sans discrétion à tout le monde, pour les importuner incessamment avec mes misères, ce qui fournirait encore des symptômes diagnostiques de folie, particulièrement de cette forme de folie, découverte par des experts français, et attribuée sans distinction par certains fonctionnaires d’administration, aux prisonniers et à d’autres qui, n'appréciant pas leur privilège de logement gratis, et leur régime d’attentions spéciales, écrivent à un grand nombre de personnes, pour exposer leurs griefs, et ont la témérité de trouver à redire à leur traitement. Ils les appellent

Les “Persecutés”

C'est-à-dire des gens qui ont la manie de croire qu’on les persécute, tandis qu’ils devraient être contents et reonnaissants lorsque quelque grande autorité, saine d'esprit, fait tous + - efforts dans leur intérêt, et ils devraient en informer tous les grands ministres de l'Etat, au lieu de les ennuyer de leurs propres misères; car leur premier devoir est d’être reconnaissants. Les officiers de PAdministration appellent souvent cette maladie “La douce manie des Persécutés.””

La première question que Mangin Bocquet me posa, la première

fois qu’il me revit, fut: “Avez-vous écrit aux ministres que je vous ai indiqués ?

— Pas encore, lui répondis-je, j'attends d'abord la réponse de M. Clémenceau pour juger de l'effet de cette première lettre, mais je i. Je ne savais pas

ferai mention de votre nom quand je leur écri que je pouvais faire usage de votre nom, lorsque j'ai écrit à M. Clél'aurais probablement fait.

menceau, autrement, Je

Je n'éprouvais pas de reconnaissance particulière envers lui, mais je croyais qu'il était plus sage de le lui laisser croire, car je pensais que c'était plus dans mon intérêt que de l'accuser de Véception, et je désirais particulièrement éviter de lui donner le moindre prétexte pour qu'il pût, comme moyen de m'imposer silence, m'envoyer dans une maison d’aliénés, afin de ne pas lui laisser le champ libre de dire, lui et la femme Pesnel, tout ce qu'ils voudraient, sans être contredits.

Un autre incident qui, pour quelques-uns d'entre eux était une preuve évidente de folie, c'était le calme imperturbable que je déployai sous les coups de révolver de Cesbron. Les journaux euxavoir reçu le premier coup de réancer sur lui, vers la porte qu’il me

mêmes ne pouvaient croire qu’apr volver dans la villa, j'aie pu mé barrait avec son révolver encore fumant à la main, et qu'il se soit

sauvé,

Je ne savais pas que j'avais rien fait de si extraordinaire. Je le fis dans le but de saisir Cesbron avant qu'il eût le temps de me tirer une autre balle, comme j'essaierais d'écarter une poutre, que je me verrais tomber sur la tête, pour sauver ma vie. Il me semble que c'était plutôt la peur d’être tué qui me le fit faire qu'aucune bravoure particulière, Ceci était pour eux une chose incroyable, car, même leur braves des braves, le Maréchal Ney, qui s'illustra à Waterloo, déclara que ses jambes tremblaient sous lui pendant des heures, avant qu'il pût se calmer et recouvrer son sang-froid pour la bataille, et, pour eux, l’homme dont es jambes ne trembleraient pas dans de telles circonstances, ne pourrait pas être bravre, mais seulement insensé. Pour eux, l’homme normal. est celui qui, dans ces occasions, perd la tête,

Cette inclination, de la part des officiers d'administration, à trouver de la folie chez presque tous ceux qui les entourent, excepté eux-mêmes, m'impressionna beaucoup.

Prenons le cas d’un homme innocent, détenu indéfiniment en prison, assiégé de tous côtés par des rusés, dezuis les témoins jusqu'au juge d'instruction, accusé, traduit en justice, pour des crimes imaginaires qu’il sait n’avoir jamais commis, par des hommes ignorants des circonstances et des faits, qui le considèrent d’avance comme . oupable, parce qu'un individu quelconque, fût-ce le coupable lui-même l'en a accusé; qui le salissent et le vilipendent sans raison, et préten-

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dent, dans leur égarement, avec toute la satisfaction personnelle possible, pouvoir, au moyen de certains augures où de cert tirées au cordeau, deviner qu'il est coupable, cette situation affreuse, il est beaucou qu'il puisse être un objet de per

aines règles Pour un homme dans p plus logique de soupçonner sécution, que, pour les juges, de croire que cet in: 1lpé doive les regarder comme des sauveurs infaillible

s et comme des gens autoris

s à lui infliger toutes les épreuves, ct tous les châtiments qu'ils puissent imaginer Il me parut alors que la folie pourrait bien s être du côté des dieux eux-mêmes, sans qu Ainsi, poussé par l'esprit de recherche, J'appliquai mon attention à l'examen du sujet, et je découvris aussi parmi eux une maladie assez commune, que je propose de nommer

e trouver quelquefois le soupçonnassent,

La manie des Persécuteurs, ou bien, pour former un contraste plus approprié. La manie brutale des Persécuteurs.

Cette maladie est caractérisée par plusieurs illusions, Le malade est convaineu que les principes habituels de logique et d'humanit: ne lui sont pas applicables comme aux mortels ordinaires. Il se forge graduellement la conviction que les prisonniers qu’il examine doivent supporter sans se plaindre toutes les indignités et tortures qu'il peut leur infliger; qu’ils doivent lui être très reconnaissants de ne pas leur en infliger davantage: qu'ils doivent croire que tout ce qu’il fait pour eux est pour leur bien, et même que c’est leur intérêt d'être emprisonnés. Il a la manie de condamner, et regarde ses prisonniers comme des tremplins utiles pour arriver à le notoriété. Il croit que ceux-ci devraient être flattés de servir à une fin si noble,

’ar conséquent, il considère comme tont-à-fait nature de les persécuter de toutes les façons, de les vilipender, de les abaisser aux Yeux du publie par tous les moyens en son pouvoir, allant même jusqu’à inventer contre eux des mensonges, qu’il espère que le publie acceptera comme des oracle

l'et juste

Îl est persuadé qu'il est le modèle de toute raison et quand il

Se trouve embrouillé en face de quelque question compliquée, il se “ent irrésistiblement porté à faire examiner l'état mental de ses inculpés par un aliéniste,

Plus il pout amasser de soupçons contre un inculpé, plus il se considère comme sagace.

Cependant, j'en suis venu à la conclusion que l’homme vraiment sagace est celui qui ne devine qu’une chose et devine la vraie. Je suis d'avis que Josh Billings dit vrai quand il déclare que : “It iz better not to no so mutch than to no so menny things that a’in’t 60,” ce qui, traduit en idiome français, veut dire: “C’est mieux de ne pas tant savoir, que de savoir tant de choses qui ne sont pas vraies.” Je suis aussi d'avis que de tels hommes ne devraient pas être choisis

pour juger les autres.

A la suite de ma lettre du 26, Me Salmoa m’adressa de nouvelles

conclusions dont voici la copie :

A M. le Juge d'instruction, Palais de Justice. Versailles, le 1er mars 1907.

“Le docteur Hébert a l'honneur de vous exposer:

“Qu'il résulte de l'instruction ouverte contre Justine Pesne! et con- «'‘sorts que celle-ci n'a pas hésité pour lui extorquer tout ou partie de sa “fortune, à faire usage de lettres qu'elle lui adressait, qui étaient signées “Mary Smith" et qu'elle savait pertinemment n'être pas de cette derni’re “ainsi que cela a été établi.

“Qu'à l'aide de ces manoeuvres elle a extorqué au docteur Hébert “différents objets mobiliers et s'est fait remettre certa’aes sommes d'ar- “gent.

“Que ces faits constituent, non pas le dé d'escroquerie, mais le ‘‘crime de faux et usage.

“Et attendu qu'à l'aide de ces mêmes manoeuvres, elle a, de com- “plicité avec l'inculpé Cesbron, actuellement en fuite, attiré le concluant “dans un guet-apens où elle a tenté de l'assassiner pour s'emparer d'une “somme d'argent qu'il avait déposé au Crédit Lyonnais, par les artifices ‘“’susvisés, établis par l'instruction.

“Que ces faits constituent le crime d'assassinat et qu'ils sont intime- “ment liés aux faits qui constituent, à la charge de Justine Pesnel, le fcrime de, faux et usage.

“Attendu que les faits relevés contre Justine Pesnel, sur la plainte “du sieur Sudre, sont intimement liés à ceux dénoncés par le requérant “contre celle-ci (intervention de la prétendue Mary Smith dans les deux “extorsions de fonds).

“Attendu en outre que les faits relevés contre Justine Pesnel sur la “plainte Lalère sont intimement liés à ceux dénoncés par Sudre (même “procédé, interventin involontaire du dceteur Hébert).

“Attendu que tous ces faits, crimes ou délits se tiennent entre eux “et qu'il est impossible de les connaître séparément.

“Que, de plus, le requérant, que Justine Pesnel a fait intervenir à “son insu dans les escroqueries dont se plaignent Lalère et Sudre, a le “plus grand intérêt — pour établir sa bonne foi — à ce que l'information “sur ces plaintes soit poursuivie dans le plus court délai et par le juge qui ‘a instruit les susdites escroqueries.

“Pour ces motifs, dire et ordonner qu'une information en faux et ‘usage se poursuivra contre Justine Pesnel à raison des faits dénoncés par ‘le requérant.

“Qu'à cette information sera jointe, comme intimement liée à elle, “celle ouverte par le Parquet de Fontainbleau pour tentative d'assassinat.

“Que les faits d'escroquerie relevés à la charge de Justine Pesnel “seront déclarés connexes À ceux susvisés qualifiés crimes,

“Et ce sera justice.

“Vu, lu et approuvé,

(Signé) P.Z. HEBERT."

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