LA VERITE CONC
RNANT L'AFFAIRE HEBERT 111
“Etait-ce le Ministre des Affaires Etrangè sident ?
M. Mangin Bocquet, dit-elle,
», demanda le Pré.
savait où se trouvaient les documents, et lui avait promis sa liberté pour son bon service à l'Etat, Elle ajouta qu’elle s'était procuré ces documents, à mon insu. de mon coffre-fort. Ils prouvaient, assurait-elle, que j'étais un espion, Ma maison était organisée pour des assemblées secrètes, pour ourdir des complots et des intrigues de tout genre. On Y trouvait des choses mystérieuses cachées dans tous les coins des chambres, [1 y avait plusieurs coffres-forts remplis de documents précieux, Elle en avait extrait ceux qu'elle avait en sa Possession; mais elle n'avait pas la permission de parler, car j'étais un homme influent, et il Y avait 300, 000 fusils entre moi et l'Etat. On lui avait dit que cela valait mieux de me laisser aller pour éviter des complications. Quant à elle, on lui ferait tout ce qu'il faudrait, elle n'avait pas besoin de s'inquicter, Elle ne désirait évidemment plus me retenir,
Voyant que je ne faisais pas attention à sa rodomontade ridicule, qui n'était inventée que Pour m'attirer dans une discussion futile et pour m'intimider, elle gesticula, fit tournoyer s frappa la barre devant elle et c ia à tue-tôte qu’elle ne s'occupait pas de mes diables de documents, mais que c'était aux preuves d'espionnaze qu'elle attachait une grande importance,
Je ne répondis pas un seul mot e m'occuper de tout ce qu'elle disait, et ment comme une bulle d'air qui éclate,
On me demauda ensuite de procéder à ma déposition, qui dura leux ou trois heures, M. Lalère fut alors appelé, et le résultat du procès fut que la femme Pesnel fut condamnée à trois ar: d'emprisonnement, et à la rélégation. Elle en appela aussi de cotte sentence.
Cesbron fut condamné à deux ans de prison par contumace,
À cette audience, M. Lalère contredit plusieurs affirmations qu'il avait faites, lors de l'instruction, dans son témoignage, ce qui amena M. Dayras à lui demander la question suivante.
“Par quel procédé mental avez-vous pu arriver que, dans votre interrogatoire, vous rs Pportez comme un fait certain, puisse être changé aujourd’hui en une contradiction certaine ? Le fait restera toujours que vous vous êtes contredit et qu’on ne peut pas plus croire l’une que l’autre de vos affirmations.” En effet, à l’audience, M. Lalère à dit que Miss Northcliff n'avait pas de chapeau sur Ja tête, quand il l’a vue chez moi, et qu’elle s'était absentée de la ch robe pour sortir avec lui; tandis que,
s bras autour d'elle,
t ne fis même pas semblant de sa diatribe se termina subite-
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ambre et avait changé de dans son interrogatoire, il avait dit qu’elle était coiffée quand il l'a
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si
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vue, et qu’elle portait la même toilette claire, avec petits pois bleus et blancs, qu’elle avait portée le jour de leur entrevue au “Critérion”. De plus, il dit dans sa déposition du 24 janvier, en réponse à l4 question : avait-elle changé de robe chez moi : “Ce que je puis dire, c'est “que je suis certain qu'étant donné le temps que nous avons passé “ensemble, elle n’a pas eu le temps moral de se déshabiller.”
Maintenant, comment concilier cette certitude avec la pareille certitude dans son affirmation du contraire, qu’il a exprimée à l’audience ? De plus, M. Lalère, au moment de l’audience, a affirmé que je n’avais pas protesté contre l'appellation de tuteur qu’on me donnait : moi, j'ai affirmé que j'avais protesté.
Comment voir jour à travers une contradiction si formelle ? Je rappelle à M. le Président que M. Lalère, dans son interrogatoire, avoue que je n’ai jamais dit que j'étais le tuteur devant lui, mais qu’il ne se rappelle pas que j'aie jamais protesté contre cette appellation.
11 admet aussi, cependant, que je lui ai dit, à plusieurs reprises même, que je donnerais bien des conseils à Miss Northeliff si elle me le demandait. Alors, pour faire voir l’inconséquence de sa position, je fis remarquer à M. le Président que si j'avais été le tuteur de Mise Northeliff ou si javais donné à entendre que je l’étais, il aurait été tout-à-fait futile de dire que je lui donnerais bien des conseils, et surtout de le dire à plusieurs reprises, comme l’affirme bien M. Lalère ; puisque le fait de donner des conseils forme une partie des devoirs d’un tuteur. La logique demande donc qu’il y ait une contrepartie à cette offre de conseils, et rien autre chose qu’une protestation à l'appellation de tuteur ne peut représenter cette contre-partie, sans laquelle cette répétition d’offre de conseils devient absurde.
11 en résulte que, lorsqu’à l’audience, M. Lalère affirme que je m'étais dit être le tuteur, ce qu’il avait nié dans son interrogatoire, il s’est encore une fois contredit lui-même, et M. le Président avait remarqué ce passage dns l’interrogatoire. M. le Procureur de la République, qui était présent à l’audience à ce moment, et M. Dayraë firent aussi des sigres d’assentiment, et des mouvements de tête approbatifs, à l’exactitude de mes remarques.
Lalère avait été complètement hypnotisé par Pesnel et il la croyait implicitement. 11 n’était dore pas en état ’esprit d’accepter que l’on contredise son idée préconçue et chérie que ses rêves étaient enfin réalisée. Il ne vit aucune nécessité de me demander aucune question pour vérifier ce que Pesnel lui avait dit de moi.
Mais ce qui démontre encore davantage que son esprit était enclin à regarder la femme Pesnel, même à ce moment, comme un orscle, c’est qu’au moment de l’audience, il affirma, ce qu’il n’avait ja
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LA OVERITE CONCERNANT L IFFAMIRE HEBERT 15
mais fait auparavant, que Miss Northeliff demeurait chez mo, que je la connaissais depuis longtemps, que j'étais réellement son tuteur, cet avec une assurance qui aurait fair penser qu'il avait des preuves irréfragables à produire pour soutenir son affirmation; et quand je lui demandai comment il avait pu savoir eclas il répondit, ave un air triomphant, que c'était Mme Guérin qui le lui avait dit, commu Sileût été impossible de révoquer en doute la véracité de IueUX personnage,
Me Crémieux, conseil pour la défense, à déploré vivement i'abe sence inévitable de son cher ami M. Brunet, qui aurait confirmé le témoignage de M, Lalère; mais M, Brunet, qui avait trouve le temvs de venir
ce majes
Londres, ÿ passer plusieurs jours avec son « lient, M, à la recheishe de couvents, d'adresa
ete, et d'aller à Versailles plu sieurs fois pour rendre un témoignage dans cette uffaire, qui tenait, plus d'une plaidoirie que d'une déclaration de faits. et dans laquelle il se mettait tellement en eause que c'en était à faire croire qu'il y avait plus d'intérêt que son client, se montrant plus royaliste que le Roi; lui, dis-je, qui avait tant fait dans cette affaire, ne put pas trouver, au dernier moment, le court espace de temps nécessaire pour finir sa mission.
Mais, sans entrer, pour le présent, dans les détails du témoignage de M. Brunet, à l'instruction, je répondrai que son cher ami, M.
Brunet, ne se présenta pas à l'audience, parce qu'il n'espérait plus obtenir de dommages de moi, ct parce qu'il avait reconnu l'impossibi-
lité de concilier son témoignage, tel qu'il est reproduit dans le dossier, avec celui de son client M, Lalère, qui se contredisent l'an l'autr
M. Sudre, non plus, ne s'est pas présenté à l'audience, Quelqu'un le présent a chuchotté qu'il était absent de Pari et, tout de suite, dans l'audience, quelqu'un d'autre (Me Crémieux, je crois) a répondu qu'on l'avait vu le matin même, ou la veille: mais la vraie eause de son absence est qu ‘ ne pouvait pas concilier les contradictions de son témoignage avec ses lettres, produites à l'instruction, ni expliquer ls déclarations contradictoires qu'il avait faites, dont il fut obligé de reconnaître et de rétracter quelques-unes, et parce qu'il ne pouvait plus formuler de réclamations acceptables sur les faits qui avaient transpiré depuis le commencement de l'instruction.
Après cette audience, M. Dayras ne crut plus aussi fermement au témoignage de Lalère: mais il ne pouvait pas, cependant, revenir Sur son réquisitoire,
On verra que, bien qu'on fit le procès de la femme Pesnel et que j'eusse bénéficié d’un non-lieu au sujet des accusations portées contre moi, Lalère profita encore de cette occasion pour renouveler ses aceusations contre moi,
Il avait, sans doute, appris de Brunet, qui avait accès au dossier, qu’ils s'étaient contredits dans les témoignages qu'ils avaient rendus à l'instruction, et Lalère, s'était efforcé à l'audience de réconcilier son témoignage avec celui de Brunet; tandis que, d'autre part, il fit usage des déclarations de Pesnel pour donner du poids à sa nouvelle version; mais, comme on peut le voir, le résultat de ses efforts a été désastreux pour sa crédibilité comme témoin. D'ailleurs, il ne pouvait y avoir d'autre raison, à sa manière d'agir, que de la rancune, car l'affaire, pour ce qui me concernait, était déjà une “chose jugée.”
Mais le cas était différent pour moi vis-à-vis de la femme Pesnel. Je sortais aussi continuellement de la question d’escroquerie, pour parler de celle de la tentative de meurtre sur moi, bien que M. le Président me rappelât souvent au sujet qui occupait l'attention du Tribunal; mais comme on refusait de m’admettre comme partie civile, et que je n'étais qu’un simple témoin, à mes propres frais de voyage, etc., je ne perdis aucune occasion pour appuyer sur les différents projets formés pour m’assassiner, en guise de préparatinn pour le futur procès de Pesnel aux assises, et c’est probablement eu qu’elle prévoyait quand elle conseilla au Tribunal, au commencement de mon témoignage, de me laisser aller, disant qu’il valait mieux éviter toute complication.
Cependant, toutes les fois que je mentionnai quelque occusion où le couple avait fait quelques préparatifs pour m’assassiner, elle m’interrompait, m’appelait menteur, frappant la barre devant elle et son conseil la suivait de près en me posant des questions contradictoires, et en tournant en ridicule les tombes innombrables que j'avais évitées.
Je racontais, par exemple, un de leurs projets, à Alençon, qui consista à louer un cheval et une voiture, sous le prétexte qu’elle voulait prendre le chemin de fer pour Paris, à quelques kilomètres d’Alençon, quand le même train passait à Alençon même.
Je les accompagnai, et ils passèrent à travers un bois, pour se rendre à une gare appelée Vingt Hanaps, où, bien qu’en temps pour le train de Paris, elle se décida de n’y pas aller et de revenir avec nous.
Comme ils prétendaient que le cheval était fatigué, et qu’il serait nécessaire d'attendre une heure ou deux avant de revenir, pour le laisser reposer, de sorte que nous ne pourrions pas revenir avant la nuit, je résolue de revenir par le chemin de fer, afin d’alléger la char-
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au dossier, at rendus à ncilier son il fit usaa nouvelle (forts a été ne pouvait ncune, car jugée.” me Pesnel.
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> “Mon cher Docteur,
ge du cheval; mais elle fut furieuse que je ne retournasse pas avec eux.
Je déclarai au Tribunal que je ne pouvais voir d'autre but à ce Yoyage que de créer une occasion Pour m'assassiner en revenant par le bois.
Me Crémieux, déjà exaspéré par d'autres affirmations semblables de moi, se dressa vivement et, d'un ton de triomphe me demanda : “Si votre conjecture était exacte, et s'ils voulaient vous assassiner, pourquoi ne l'ont-ils pas fait en allant, puisque vous dites qu'ils ont passé par le bois ?
— Parce que, lui dis-je, il faisait grand jour, et ils avaient peur d'être vus.”
À la Cour d'Appel de Paris
En temps opportun, on m’informa que le double appel, contre les jugements rendus à Versailles les 11 et 13 juillet, viendrait en audienc à Paris, le 2 décembre 1907, et on me pria de me faire représenter par un “avoué”, ou d'y assister, Je choisis de me faire représenter.
Je reçus ensuite le télégramme suivant :
“Procès gagné, lettre suit: ALBERT SALMON."
AFFAIRE HEBERT CONTRE JUSTINE PESNEL ET CES3RON ‘Paris, 2/12/07.
“La Cour de Paris a infirmé aujourd'hui le jugement du tribunal cor- “rectionnel de Versailles qui avait rejeté votre demande d'intervention ‘‘comme “partie civile." *
“En conséquence, vous êtes admis à vous porter “partie civile" dans “la poursuite d'escroquerie intentée contre Justine Pesnel par le Parquet “de Versailles.
“Un autre arrêt de la Cour ordonne que vous déposiez au greffe une “caution ‘“judicatum solvi de deux mille francs comme garantie des con- “séquences possibles de votre intervention.
“4e L'eraire a été remise à huitaine Pour vous permettre d' *dépat.
“Je crois qu'il serait utile que vous veniez à Paris, ‘J'attends de vos “nouvelles par retour du courrier."
“Votre dévoué,
effectuer ce
“ALBERT SALMON, “Avocat à la Cour."
Ma réponse :
“ Londres, 3/12/07.
‘A Me Salmon, avocat.
“Mon cher Maitre,
«Je suis en Possession de votre lettre datée d'hier ct je vois que j'ai «288 à déposer 2,000 francs. Je désirerais bien savoir quel avantage je Pourrais bien retirer de cette affaire, et je vous serais très obligé de me
“expliquer et de me dire quelle relation a cette nouvelle phase ave affaire de ainebleau, Joue semblé que j'en suis à recommencer “payer les mens cipenses que j'ai eu à payer jusqu'ici, landis qua F “tainebleau, on aurait au moins payé mes dépenses, Et que puis-je espérer “tirer de la Pesnel,
“Voulez-vous bien me dire ee que, dans mon intérêt, il se
nier
“de faire “Agréez, mon cher Miuire, Fassuranee
de ma plus haute conside “LSigne P, Z. HEBERT."
Il m'écrivit alors comme suit ‘Paris, 5/12/07.
“Mon cher Docteur,
“Vous avez mal saisi le sens de ma Jetire, où je me suis mal exprim
“I s'axit de l'instance de Versailles, Le jugement du 11/53/07, rend “par le Tribunal, vient d'être “intirmeé," c'est-à-dire “eassé," par un arr “de La Cour d'Anpel en date du 2 décembre,
“Vous êtes done admis comme partie civile pour l'affaire relepue p “Le Parquet de Versailles à la charge de Justine Pesnel,
“La Cour voit en vous une vieline de sissements de cette dernièr: “qui vous à donné, en commettant des escroqueries, une apparence de “‘complicné.
“j'estime que cet “pouvez, maintenant, “pour la préjudice qui vous à Seite” dont vous vous plaigne ‘blessures que VOUS avez recnes,
“En ce qui concerne les deux mille francs, vous m'avez aussi mal con “pris. I s'agit d'une “caution judicatum solvi que vous devez verser “avant de formuler votre demande de dommages et intérêts, Cette caution ‘est versée par vous au gre uù dans quelque autre caisse publique, # “il vous en est délivré un reçu. C'est une garantie que la loi exige d' “l'étranger qui plaide en France contre un Français, Je vous répète que vous avez un gros intérêt à venir à Paris po ‘“‘diseuter eetle affaire de vive voix, et pour être présent à l'audience de rdi prochain,
“Fattends votre arrivée à Paris et je vous prie instamment de vous “munir de la eaution ordonnée par la Cour.
“Votre dévoué, “ALBERT SALMON, avocat.”
a pour vous une importance capitale. Vous rmuler votre demande de dommages et int eausé par éelle “apparence de compl ffaire de Fontainebleau n'a trait qu'au
Je me rendis done à Paris, et déposai les 2,000 frs demandés l'affaire vint en audience le 9 décembre,
Me Crémieux s’aperçut qu'il se trouvait en présence d’un redoitable adversaire dans la personne de l'avocat général M. Siben.
I pria le Tribunal et l'avocat général de lui poser toute questio! qu'ils désireraient lui poser, ou de lui faire remarquer tou'e omissio! ou erreur qu'il aurait pu faire dans le cours de sa défense.
Il aurait pu employer un langage précipité. ou même s'emporter, ce qui serait pardonnable chez un homme comme lui. né dans les fenx du midi, mais non pas chez un homme comme le docteur Hébert, par
LA
phase ave “xemuple, qui venait du pôle nord al, et pos OI ENCEr à
is ua Fon. 2S uént calme, mème sous les coups de : vol er, froid dris ses réponses, is-je espérer MÙ zelé de nature, En effet, il était ce Me Crémieux sembla avoir été
un témpéra-
Re ce crescendo d'épithètes, par son insuccès dans sa tentative de me déconcerter à Versalles pendant l'audience de l'affaire d'escroquerie à la charge de Pesnel, par sa remarque, qui lui mérita la réprimande du Président du Tribunal, St par la menace de sa cliente d'accusation d'espionnage, dans le but de r'empêcher de faire mention de sa complicité dans attentat sur Là personne, et cette
Serail nneux
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