CHAPITRE XI
Pesnel aux Assises pour tentative de meurtre sur ma personne.
Le 27 mai 1908, deux jours après avoir expédié ma lettre à M. le Président Fallières, je reçus une lettre datée du 26, me priant de me présenter au Consulat de France à Londres.
Je my rendis, et l’on me remit un mandat me citant ou m’invitant à me présenter, comme témoin, à l'audience de l’accusation de complicité dans l'attentat sur ma personne, à la charge de la femme Posnel, aux assises de Melun, le 29 courant.
L'affaire avait traîné en longueur, depuis le moment du crime, 20 novembre 1906, lorsque je fis une déposition devant le commandant de gendarmerie de Fontainebleau, à 7 ou 8 kilomètres de Boisle-Roi, moins de deux heures après l'attentat.
Je renouvelai ma plainte le 5 juin 1907, immédiatement après mon ordonnance de non-lieu, rendue à Versailles le ler juin; mais, le 23 septembre 1907, ce qu’on appelle ia reconstitution du crime eut lieu à la villa où la tentative avait été commise.
Après avoir assisté à cette forme de procédure, je fus appelé à Fontainebleau, où je fus encore confronté avec la femme Pesnel devant le juge d'instruction, M. Dupuis.
Elle s’aperçut bientôt que celui-ci était fait d’un autre bois que Mangin Bocquet. 11 la suivit dans toutes ses ruses, la chevilla à toutes ses contradictions, et la confondit par le plus habile interrogatoire. 11 ne trouva pas nécessaire de lui dire des mensonges pour la prendre au piège. Il lui présenta une copie de l’une de ses lettres, qui prouvait. (contrairement à une déclaration qu’elle venait de faire,) que je ne connaissais pas Miss Northcliff, avant unique visite qu’elle me fit chez moi en compagnie de l’accusée, et lui demanda si elle avait écrit une semblable lettre.
Elle répondit qu’elle ne l'avait jamais écrite, que la copie qu'on lui présentait était une imposture.
I1 pria son greïfier de prendre note de sa réponse.
Elle demanda à voir l'original, et il le lui remit.
Après lavoir lu, elle affirma que cette lettre avait été rite longtemps avant la date de sa visite chez moi.
Cette réponse fut aussi notée dans les minutes,
L’enveloppe lui fut alors présentée, la marque de poste étant Fe datée peu de jours avant le moment de 8a visite. ù Elle affirma que cette enveloppe avait été substituée à la vraie enveloppe de la lettre, qui avait été écrite il y avait plusieurs années,
On examina alors la lettre elle-même, qui portait la même date s que l'enveloppe, et était écrite de la même main que le corps de la pnne. fl lettre.
Elle lui demanda alors de ne pas tenir compte de ses dénégations
re à M. dans les minutes de son témoignage.
riant de À Il refusa de le faire. 11 prit note de tout ce qu'elle dit, de toute
W correction qu’elle fit, de toute dénégation et réadmission qu’elle pro- | m'invi- k nonça, et même de 8a demande que ses dénégations fussent omises É ation de # dans les minutes; mais il ne voulut rien omettre. | à femme 11 la confondit de la même manière av sujet de Mary Smith,
au moyen de ses propres lettres, qui prouvaient qu'elle l'avait connue u crime, avant moi.
comman- |S Sa méthode était bien différente de la méthode sans système, sans
de Bois- [JF contenance, sans énergie de Mangin Bocquet, qui obtenait d'elle une
* demi-douzaine de réponses, et faisait entrer dans les minutes celle
nt après 4 qui, après réflexion faite, convenait le mieux à Pesnel, et lui paraissait n; mais, JR avoir le plus d'influence sur la crédulité de Mangin Bocquet.
rime eut ñ Elle reprocha alors à M. Dupuis de ne pas lui montrer de bonté.
F Je dois vous dire, lui répondit-il, que vous n'êtes pas ici pour
appel à À réclamer la bonté de qui que ce soit. Vous n'avez pas de bonté pour
esnel de- Æ@ nous. Il ne nous est pas permis de faire preuve de bonté particulière
pour personne, Nous avons un devoir à remplir indépendemment
bois que DR de tout sentiment. Vous êtes ici accusée de complicité dans une
la àtou- KR tentative d’assassinat, et vous avez à vous défendre légalement par
rogatoire. Dé des preuves et arguments logiques, et non pas en mettant votre espoir
tres, qui À Elle proposa, ensuite, une ligne d'instruction à suivre, à laquelle le faire,) DM il s’opposa, en lui disant que ce n'était pas elle qui dirigerait l’instructe qu’elle M tion. Il était là, lui, pour indiquer quelle était la méthode à suivre la si elle N dans cette affaire, et quels étaient les points à éclaircir. On ne lui B permettrait pas de faire perdre le temps du Parquet à discuter des pie qu'on X questions qui n'avaient aucun trait à l’accusation à ça charge. | Elle poussa l’impudence jusqu’à le menacer de porter plainte E contre lui, et il lui présenta un livre contenant les directions à suivre aux instructions, qu’elle pourrait lire à loisir, et il la renvoya à en
1 prendre Ë dans la bonté que vous pourriez mériter ou non. Es
cellule, en la prévenant que, lorsqu'elle reparaîtrait devant lui, elle aurait à suivre les règkes indiquées dans ce livre au lieu de s'évertuer à introduire un système d'instruction nouveau et de se figurer qu'elle dirigeait l'enquête elle-même,
Cette confrontation ne dura que quelques jours.
Le 29 mai 1908, conformément à la citation que j'avais reçue, j me présentai à la Cour d'assises à Melun,
J'arrivai avant le commencement de l'audience, et le secrétaire de Me Crémieux, conseil de la femme Pesnel, vint à moi, sans doute envoyé par Me Crémieux, pour me dire qu'il avait préparé, sous la direction de son maître, une avalanche de questions à me poser, au moins quarante.
Cette information fut accompagnée d'un mouvement de tête qui voulait dire, je suppose, que c'étaient des questions très embarrassantes; mais je ne pus pus comprendre pourquoi il n'avait pas achevé la demi-centaine, pendant qu'il y était, Cette manoeuvre de la part de Me Crémieux me parut tout-à-fait puérile.
J'avais aussi quelques traits dans mon carquois. La femme Pesnel m'avait écrit plusieurs fois de la prison. Plusieurs de ses lettres.
comme je pouvais Le voir, n'avaient pas été visées, et, par conséquent, avaient été expédiées à l'insu du juge d'instruction et du gardien chef. Dans ces lettres, elle se figurait me donner des conseils, comme, par exemple, me dire de ne pas déposer les deux mille franes demandé par la cour d'appel pour garantir les frais qui pourraient être udj contre moi à l'appel, et elle m'assura que, de toute facon, je n'en re-
verrais pas un centime. Son conseil est peut-être une des raisons pour lesquelles je les ai déposés.
Dans une seconde lettre, elle me dit que Ja raison pour laquelle elle m'avait demandé de faire un chèque de 25 francs sur le Crédit Lyonnais, chèque qu'elle désirait, je crois, pour avoir un modèle à imiter pour confectionner des chèques en faux, était que Me Crémieux lui avait suggéré de le faire, comme un moyen de s'assurer si les agents de la Sûreté s'efforçaient de la retrouver par l'entremidn Crédit Lyonnais,
Dans une troisième lettre, elle me dit que la marraine de Mary Smith demeurait à quelques pas de la résidence de Me Crémieux, qu'un important ctablissement de Paris connaissait très bien Mar: Smith et donnerait des références sur elle, que Me Crémieux savait tout cela et connvissait Mary Smith personnellement, et qu'elle
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