CHAPITRE XIII
Remarques sur l'administration de la justice en France.
La plupart de nous ont été élevés dans la croyance que rous vivons dans un âge de civilisation qui assure la justice à tout membre de la Société, et protège le citoyen qui obéit aux lois contre les empiètements de ceux qui ne connaissent pas de loi; mais, quelquefois, nous trouvons que certains incidents de notre vie démentent cette notion complaisante et nous éveillent rudement de la fausseté de cette idée.
Ceux qui connaissent l’histoire de France savent que, dans ce pays, beaucoup de personnes ont été jugées et condamnées, et ont grandement souffert du jugement d'hommes qui, eux-mêmes, eussent mérité amplement les peines qu’il. infligeaient à leurs innocentes, mais infortunées victimes.
N'est-ce pas le grand et immortel français Victor Hugo qui, décrivant les procédés de la justice, fréquents en France à une certaine époque, disait, dans un livre populaire — “Les Misérables” peutêtre, — que, lorsqu'on éprouvait des difficultés à trouver des coupables, les autorités avaient recours, sans remords, à l’arrestation des victimes, et les mettaient en accusation.
En effet, plusieurs administrateurs de la justice, en France, semblent penser que, s’ils peuvent seulement déterrer quelque criminel, ils se considèrent comme parfaitement justifiés de sacrifier un certain nombre d’innocents, ayant en vue, même à défaut de cela, qu’il vaut mieux condamner un bouc émissaire innocent que de laisser un crime impuni.
La principale raison en est que certaines autorités judiciaires se prévalent du sentiment publie qu’elles exploitent en leur faveur, au moyen de faux rapports à la presse contre un accusé, qu’elles trouvent à leur avantage de condamner, coupable ou non. On a aussi recours à un procédé semblable, quand on trouve nécessaire d’acquitter quelqu’un de quelque crime,
Lorsqu'on tenta récemment d’assassiner le Major Dreyfus, à
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l’occasion du transfer des restes de Zola au Panthéon, au mois de juin 1908, l’agresseur fut acquitté, parce que l'Administration se sentit impuissante à lutter contre le préjugé publie.
Avec un publie impulsif, la première impression est toujours la
plus persistante, malgré les preuves absolues du contraire, En Angleter
Ce n’est pas du tout une question de mis des Juifs — et ils sont nombreux ses rivaux, sont contre lui par principe intelligents et à vues larges, qui sont capables d'écarter le voile du sentiment et de la passion qui uveugle, jour peser les faits dans la balance de la raison, qui peuvent le regarder comme innocent. Les
autres sont pour ou contre lui, selon que cela convient à leur tempérament.
Mais la cause de ces convictions en fausses impressions produites dans l'esprit du public par la publication. sans réserve, dans la presse, de conjectures, soupçons, accusations malveillantes, etc., comme s'ils étaient des faits abaolus. Cependant, le publie, qui paie pour ses nouvelles, a au moins le droit à s’att-ndre à
ce que ces rapports soient dignes de confiance sans avoir à les vérifier.
fait ou de raison. Les enne- —— ses ennemis personnels, et + Ce sont seulement les gens
est pour beaucoup dans les
11 n’y a que quelques années encore, que des étrangers, visitant Paris, disparaissaient quelquefois du nomb Où amis, qui n’entendaient plus parler d'e même plusieurs semaines après, lorsqu'ils retourna amis, en disant qu’on les avait arrêtés À tort, e chés de communiquer en aucune manière avec leurs amis.
re de leurs compagnons ux que plusieurs jours et ient trouver leurs t qu'on les avait empê-
Un de leurs grands avocats a dit, en parlant de la justice fran- Gaise, que, s’il était jamais accusé d’avoir volé les Tours de Notre- Dame, son premier soin serait de quitter le pays aussi vite que possible,
Plusieurs des fonctionnaires à avec laquelle une ner, accusait sa vi de l’assassiner elle,
140 UN SUANDALE FRANÇAIS
“Eh bien ! Monsieur, si un homme était accusé d’avoir volé la Tour Eiffel, nous serions obligés de l'arrêter, de le mettre en prison, ct de prendre le temps nécessaire pour aller voir si la Tour Eiffel est encore à sa place” Je trouvai que c'était une peinture très exucte de l'administration de la justice en France; mais je songeai au grand nombre de chercheurs de Tours Eiffel que j'aurais rencontrés, à l'endroit où Mangin Bocquet s’évertuait à m'envoyer. lorsqu'il pria un aliéniste de venir m’examiner.
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Etre honnête, c'est provoquer tous es fripons contre toi.