TENNYSON
La France est à court d'hommes compétents. Les ministères sont encombrés d'hommes incapables de remplir les emplois qu'ils occupent. Le favoritisme rampe dans la lutte acharnée pour obtenir des postes élevés, et les promotions ne se font pas selon la compé-
tence des aspirants.
Les hommes compétents et honnêtes de l'Administration sont en trop petit nombre, trop en minorité pour s'opposer aux abus, et ils sont obligés de faire des concessions de toutes sortes au plus grand nombre des incompétents et des malhonnêtes. Plus d’un, : a 18 l’Administration, a fait l'expérience d'être traduit devant les . >unaux. La femme Pesnel elle-même a été dans le service d’espioru-ge, et en a appelé à la clémence du Tribunal, en considération es services qu’elle avait rendus à VEtat dans le passé.
S'il était nécessaire d'obtenir l'opinion de la plus haute et la plus cor pétente autorité en France sur le sujet, écoutez M. Barthou, Ministre de la justice, dans un discours addressé à la Chambre des Députés, le 14 mars 1910, au sujet des liquidations des biens des institutions religieuses par Duez et autres. “Le Journal du 15 rapporte ce qui suit :
“M, Bart s1.—Devant de telles constatations je me demande “ai véritablement il n’y a pas quelque chose de gangréné dans notre “organisation judiciaire. (vifs applaudissements sur un très grand “nombre de bancs.)
“M. Labori.—Enfin !
M. Barthou—....et sil n’est pas nécessaire, indispensable, ur- “gent d’y porter le fer rouge énergiquement. ({nterruptions à droite. Sapplaudissements à gauche).
«M, Labori.— Pourquoi a-t-il fallu que Duez ait volé 10 millions
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“pour qu’on s’en aperçût? Les ministres ont une lourde responsais- “lité dans cette affaire.”
Ce n’est pas tous les jours que les fonctionnaires de l'Etat ont la chance de mettre la main sur des sommes semblables, bien que plusieurs d’entre eux en soient à la recherche; mais les détournements de montants plus modestes sont assez souvent mis au jour pour doi ner une idée de ce qui se passe continuellement. Le Daily Chronicle du 30 d’août 1910, rapporte le cas suivant :
Enormes Fraudes de Douane.
Des fonctionnaires malhonnêtes volent 5,000,000 de francs à la ville de Paris.
Une série de fraudes qui coutèrent 5,000,000 de francs à la ville de Paris vient d’être mise au jour.
Ces fraudes ont été commises relativement à la collection des droits d'octroi. On rapporte que douze emplovés sont compromis dans l'affaire et quatre d’entre eux ont été destitués de leur emploi
en attendant le procès.
A l'instruction au sujet de trois des accusés, aujourd’hui, ils avouèrent leur culpabilité en admettant qu’ils avaient accepté des présents depuis des années.
Le même journal du 26 Novembre 1910 rapporte ce qui suit :
Huit ans de prison pour un magistrat.
Paris, Vendredi.
“(De notre correspondant). Paris, dimanche soir.
Un magistrat du département de la Yonne a été condamné à huit ans de prison à Auxerre pour avoir volé des obligations de valeur pendant qu’il faisait des recherches dans une maison, dans le cours de ses fonctions d’administration.
Naturellement, certains juges peuvent être très sévères envers quelques uns de leurs collègues qui pèchent contre le onzième commandement; “Tu ne seras pas découvert dans tes méfaits.”
Le peuple Français, cependant, est la même nation enthousiaste, généreuse et brave qu’il était il y a cent ans. Il a le même idéal esthétique qu’il avait alors; mais ses guides ne se portent pas à la hauteur
ir UN SCANDALE FRANÇAIS
de son expectative. 11 possède un grand nombre de Duez, de Rochette, de Humbert, d’Esterhazy, de Mungin Bocquet ; mais il n’a pes de Napoléon pour le rallier sous un même étendard, Bazaine lui a fait défaut complètement et le plus proche idéal où il a atteint depuis a été un Boulanger. Il n’a pas de génie comme Victor Hugo pour le guider dans ses réformes, pas de Mirabeau pour entraîner les multitudes, pas même un Rouget de l'Isle. Pre+ue tous les fonctionnaires sont pour eux-mêmes à la recherche de positions à exploiter pour leur profit.
Compo viser üve: L: méthode anglaise.
Beaucoup de Françsis eux-mèues sont au courant de la singulière façon d’administrer la justice en France, comme on peut le voir par la citation suivante, que je prends dans le Petit Journal.
Te Petit Journal, mardi, 4 septembre 1907. “Deux manières de traiter les criminels. A la Française— A l’Anglaise.
Ce qui distingue en notre temps la justice française, c’est sa dureté pour le prévenu et son indulgence pour le condamné.
Tant qu'il n’est pas certain qu’un homme a commis le délit ou le crime dont il est accusé, il ne peut compter sur aucun ménagement. On le fait “cuisiner” contrairement à la loi par les agents de police; on fait sur sa personne, sur sa vie privée, des révélations diffamatoires et souvent calomnieuses; quand l’homme, ainsi préalablement flétri arrive devant ses juges, jurés ou magistrats de carrière, on commence par donner lecture de son casier judiciaire s’ilena un, de manière à le rendre aussi peu intéressant que possible, afin d’affai- Llir à l'avance ses moyens de défense, de créer contre lui un préjugé défavorable.
Dès que la condamnation est prononcée, la sévérité se change brusquement en mansuétude. Autant on montrait un visage hostile à l'homme dont la culpabilité était douteuse, autant on a d’attentions, de douceurs, d'égards pour lui quand sa culpabilité prouvée par la condamnation, est une vérité légale. Commutations, remises de peine, envoi en liberté provisoire se succèdent.
Quand on tient certaines gens, on devrait être trop heureux de les garder. Pourtant, on les relâche. Voulez-vous des exemples * 113 sont innombrables. En voici seulement deux, pris dans les faits divers d’hier.