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Pierre Le Gall, le muet sinistre, qui a participé à l’assassinat de la pauvre vieille blanchisseuse de Versailles, possède à son casier judiciaire vingt-cinq condamnations. En 1906, pour avoir voulu por-
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ter un coup de couteau à un gendarme, il avait attrapé six mois de prison et cinq ans d'interdiction de séjour. 11 fit la prison, mais l'interdiction de séjour fut effacée par la Cour d'Appel.
Si cette peine accessoire avait été maintenue, la blanchisseuse vivrait probablement encore, car Le Gall, éloigné de Versailles, qui était son champ ordinaire d'opérations, n'aurait pas pu y assassiner. C’est ailleurs, pensez-vous, là où il aurait fixé sa résidence, qu’il serait devenu meurtrier. Pas sûr, car sur un terrain nouveau pour lui, il aurait été moins à l’ais, et en tout cas, ailleurs qu’à Versailles, il n'aurait pas rencontré Hardy, l'instigateur du crime, celui qui révéla à ses deux complices l'existence de la blanchissense et leur donna l'idée de s'emparer du magot de cette femme économe.
L'indulgence dont bénéficia Le Gall, vingt-quatre fois récidiviste, est donc une des causes œrtaines, quoique lointaine, du crime de Versailles.
Tout aussi riche en enseignements sur l'utilité, sur les dangers d'être bon envers certains malfaiteurs, est le cas du souteneur Hulier. Pris en flagrant délit de vagabondage spécial, il est reconnu comme un ancien condamné à mort d’un conseil de guerre. Sa condamnation aurait été commuée en vingt ans de travaux forcés.
Si on l’avait gardé jusqu’à la fin de sa peine, c’est seulement en 1916 qu’il aurait ‘été rendu à la circulation. Mais six ans s'étaient À peine écoulés qu’on avait voulu lui permettre, selon la formule niaise des humanitaires, “de se relever par le travail, de se construire un foyer, de goûter les joies pures de la famille.”
Hulier avait rempli à sa façon ce beau programme. Il s'était fait souteneur; c'est sur les boulevards extérieurs qu'il était venu faire bouillir sa marmite.
La clémence judicieusement employée en sa faveur avait simplement lâché 14 ans trop tôt, dans les faubourgs de Paris, un drôle malfaisant et répugnant qui aurait pu continuer d'occuper avec tant de distinction sa place au bagne.
Mais il faut être bon, n'est-ce pas ? Ce n’est pas pour rien que nous avons remplacé nos ‘:ieilles idées sur le crime et le châtiment, par une philosophie généreusement humanitaire. Cette philosophie n'admet pas la répression. Elle remplace la sévérité d'autrefois par des prêches de morale. Prêcher la morale à des assassins, à des souteneurs, et compter qu’ils s’amenderont ?! Oh ! la bonne bête de société que nous sommes devenus !
Les Anglais, chez qui tout n’est pas enviable certes, ont su, heureusement pour eux, se préserver des niaiseries philosophiques qui en France énervent la justice.
Leur pratique judiciaire est le contraire de la nôtre,
Ils traitent véritablement l'accusé comme s’il était innocent. Ils le respectent. Leurs magistrats ne cherchent pas à le démoraliser, ni à le déconsidérer avant l’audience de jugement. Le président, préalablement à tout interrogatoire, avertit l’inculpé que son intérêt est peut-être de ne rien dire, car tout ce qu’il dirait pourrait être retourné contre lui,
On ne communique aux jurés, ni casier judiciaire, ni notes de police. Ce n’est pas un homme qu’on demande de juger, c’est sur VPacte que cet homme est accusé d’avoir commis qu’ils ont seulement à se prononcer.
Dans le procès déjà ancien d’Oscar Wilde, l’avocat de l’accusation voulait lire une page d’un livre de Wilde, où les faits dont cet homme avait à répondre étaient décrits avec complaisance,
“Arrêtez-vous, dit le Président, vous devez prouver que l’accusé a fait telles choses dans des conditions déterminées; vous n’avez pas le droit de chercher à influencer le jury en faisant connaître les sentiments antérieurement exprimés par l’accusé dans des oeuvres de fiction littéraire. ”
Une autre fois, un médecin était placé sous le coup d’une accusation d’avortement. Le jury le déclara coupable. Alors le Président de dire, avant de prononcer la sentence : “Il y a un fait que je devais laisser ignorer au jury, afin de ne pas diminuer sa liberté d'esprit, c’est que pour ur crime pareil à celui qui vous a amené ici aujourd’hui, vous avez déjà subi une condamnation; vous êtes donc un récidiviste indigne d’indulgence. C’est pourquoi je vais vous appliquer le maximum.
Quelle différence entre ces procédés et ceux des magistrats français !
A Paris, on aurait lu toutes les oeuvres d’Oscar Wilde à l’audience pour prouver qu’il était capable de commettre l'acte à lui reproché; et le médecin avorteur se serait entendu dire au commencement de l’audience : “C’est la seconde fois que vous comparaissez devant la justice pour le même crime.” Les jurés auraient été immédiatement impressionnés par cette divulgation; d’où un préjudice porté à Faccusé.
Les Anglais, qui apportent tant de scrupules dans leurs procédures criminelles, sont &’une rigueur presque impitoyable pour le condamné., La prison n’est pas un lieu de repos. On y travaille; on y souffre même. Oscar Wilde, déjà nommé, racontait que, pendant sa détention, lui et ses co-détenus actionnaient avec leurs pieds, comme
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des écureuils, une roue gigantesque dans l’intérieur de laquelle ils étaient enfermés plusieurs heures par jour.
C’est une des formes du “hard lahour”, un exercice qui ne donne pas l’envie de retourner en prison. Presque jamais, dans cette Angleterre qui ne se paie pas de sentimentalité, le condamné n’est gracié. Une fois pris, le malfaiteur n’est plus rendu à l’air libre qu’après le paiement intégral de sa &ette.
Cette sévérité fait la sécurité de la société anglaise,
Dans les villes les plus grandes, dans celles où sont entassés les pires éléments de criminalité, on ne connaît pas les bandits professionnels qui infestent les rues de Paris. Londres a des assassins, des voleurs, des sadiques sanguinaires comme Jack l’Eventreur, des cambrioleurs, des pick-pockets, des faussaires, Londres n’a pas d’apaches. On n’y attaque pas les gens dans les rues.
C’est que l'Angleterre a le bonheur de n’avoir pas installé la philosophie dans son gouvernement. Elle en est restée à cette idée que j'ai presque honte d'exprimer, car elle caractérise les esprits inférieurs, que les Soleillands n£ritent d’être pendus.
En France, où nous sommes plus “avancés”, nous leur faisons 800 francs de rentes — c'est ce que coût« annuellement un forçat. Entre la manière anglaise et la manière française de traiter les malfaiteurs, choisissez.
(Signé) SAINT-SIMONIN.”
Le contraste frappant ci-dessus entre l'administration de la justice française et anglaise, écrit par un Français, n’est nullement une exagération.
La méthode française a gardé la brutalité sauvage de l'ancienne inquisition, tant soit peu modernisée. Elle consiste à malmener, à menacer et à insulter un accusé, et à employer toutes sortes de contraintes morales, conjointement à une détention prolongée pour le forcer à confesser le crime dont on l’accuse et, à cet effet on emploie toutes sortes de manoeuvres honteuses, que l’on considérerait comme des plus iniques, dans un Tribunal anglais.
Les juges d’instruction, au moins quelques-uns d’entre eux, n'ont aucun scrupule à publier les mensonges les plus odieux pour s’assurer le soutien de l'opinion publique, pour tout méfait on bévue qu’ils, pourraient commettre dans l’exercice de leur profession.
Plusieurs vont jusqu’à empoisonner l'esprit d’une femme, en inventant des histoires d’infidélité, pour l’induire à rendre témoignage contre son mari accusé. En effet, dans une Cour de justice en
146 IN SCANDALE FRANÇAIS France, vous retrouvez souvent le Gaulois barbare dans le fonctionnaire qui conduit l’enquête.
En Angleterre, l’homme de la rue même est imbu du senti. ment de l'injustice que l'on commet en flétrissant quelqu'un sans le prouver coupable, En Angleterre, lorsque vous êtes amené devant un tribunal de justice, vous avez affaire à un juge qui s'efforce de vous donner justice en cherchant la vérité par des méthodes honorables. Il n’en est pas ainsi en France, où l'on vous dresse des pièges et des embûches de toutes sortes, et où vous êtes supposé dire la vérité à ceux qui vous mentent pour extraire la vérité de vous.
Le principal but semble de vouloir jeter le désespoir dans votre esprit et de vous retirer toute espérance d’obtenir justice, l’idée étant que, dans un tel état d'esprit, vous serez plus disposé à faire une confession.
Un grand juge anglais fit récemment, sur le contraste entre la loi française et la loi anglaise, une remarque qui fut publiée dans le Sunday Times du 21 novembre 1909, comme suit :
La Loi Française et la Loi Anglaise.
Opinion de M. Justice Grantham sur une cause célèbre.
‘M. Justice Grantham fournit une explication de la “déclaration” “de l’huissier, à la Cour Criminelle Centrale, hier matin.”
‘L’huissier avait assermenté le jury et, pendant l'exécution de “ce devoir, il déclara que les prisonniers étaient maintenant de- “vant eux “pour leur délivrance.”
“Le juge, s’adressant eu jury, dit qu’il ne supposait pas qu’ils “avaient fait attention à ces mots ou saisi leur signification. Une “cause célèbre de France — il désirait ne pas mentionner les noms “— était un exemple de la jurisprudence française, sous les lois cri- “minelles françaises, dont le but semblait être de condamner les pri- “sonniers,
“Ceux-ci étaient interrogés contrairement par le juge, avec l’in- “tention, pratiquement, de les faire se condamner de leur propre “bouche. Si les jurés faisaient attention à la déclaration qui venait “d’être faite, les prisonniers ici sont devant eux “pour leur délivran- “ce.”
“C’était le principe de notre système de loi. Vous voyez qu’il est “absolument différent. J'aime ce principe, continua le juge, parce “qu’il constitue l'essence de notre loi anglaise.
“Le prisonnier n’est pas là pour être condamné par vous, mais
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“il est là pour sa délivrance par Vous, si vous voyez la possibilité de “le faire, Et voilà le principe que les juges ont en vue en mettant “ces causes en jugement, à moins que tout ne soit évident : les délivrer. “Le principe est différent, comme vous voyez.”
“Le jury remercia le juge pour son intéressante explication.”
Le lecteur peut imaginer l’armée de vains et obstinés ergoteurs qui doit résulter, dans l'administration française, d’un tel système, qui consiste à inventer des ambiguités et des équivoques pour prétendre à la culpabilité d’un accusé, de par ses propres paroles.
Traitement indulgent des criminels,
Cette partie de leur administration de la justice, qu’ils considèrent comme la. plus grande caractéristique de progrès, et que Saint Simonin appelle “philosophie”, introduite dans leur système, est le soin et la sollicitude qu’ils manifestent envers leurs criminels,
Je reproduis ici un erticle publié dans Le Journal du 22 septembre 1907.
À la Guyane, comme à la Nouvelle, l’Administration pénitentiaire berce les forçats d’une douce sollicitude. Et elle se montre Pour eux maternelle, au point de sacrifier délibérément les fonctionnaires qui n’&pprécient pas de façon suffisante la beauté du système de la régénération et du relèvement moral.
Là, encore, les forçats propriétaires coulent des jour: heureux, loin des bruits du monde et des vanités humaines. Et, quand ils daignent travailler, ils travaillent paisiblement à amasser des sous pour leurs vieux jours. A peine si, de temps à autre, on aperçoit, par- Courant les concessions, l'uniforme d’un surveillant. L’administration tient la main à ce que les bergers idylliques de cette Arcadie Jes criminels soient troublés le moins possible dans la jouissance de leurs biens légitimes, Et lorsque, par hasard, un gâte-fête sévit contre un des habitants de ce pays d’âge d’or, l’administration le rappelle aussitôt à plus d’indulgente mansuétude.
C’est ainsi que, tout récemment, elle rabroua d'importance un surveillant qui avait osé renvoyer devant la commission disciplinaire, chargée de faire respecter les règlements, un propriétaire du bagne qui, sans permission üi motif, s'était clandestinement absenté pendant trois jours de sa concession, qu’il n’a pas le droit de quitter.
Tout dernièrement encore, un surveillant infligea, pour insultes, une punition À un Arabe condamné aux travaux forcés pour assassinat — et devenu, là-bas, un notable agriculteur. Le fils du désert protesta. Et, en haut lieu, on leva la punition.
Ainsi, non-seulement le pain et le couvert sont assurés aux criminels, mais encore on s’ingénie, ausei bien à la Nouvelle qu’en Guyane, à leur faire l’existence douce et exempte de soucis. Parfois même, on les transforme en fonctionnaires.
En fonctionnaires ?... Parfaitement !... Il faut savoir obéir passivement. Or, la souplesse d'échine est surtout la caractéristique des malfaiteurs professionels, Les autres — ceux qui ont tué parce qu’il y a eu, dans leur vie, une minute rouge, — ne se plient pas aussi facilement que les chevaux de retour, qui ont passé déjà par la prison et la maison centrale, aux exigences des règlements. Et on les envoie travailler aux mines, ou on les relègue à l’Ile du Diable avec les “incorrigibles”. Pour ceux-là, le bagne est vraiment un enfer... Ce n’est que pour le malfaiteur de profession qu’il devient un paradis. L’illogisme du système de la transportation est donc doublement immoral.
Et puis, quelle singulière théorie applique l’administration! — Elle semble poser en principe que les véritables aptitudes d’un criminel sont dévoilées par la nature même de son crime. Et elle part de cette donnée pour lui confier des fonctions en rapport avec ces aptitudes.
Ainsi Manda. Il fut chef d’une bande d'apaches. Il terrorisa longtemps les quartiers de la Roquette et de Belleville, en livrant, avec ses troupes, de véritables batailles rangées à la bande rivale, commandée par Leca. Il s'agissait, on s’en souvient, de savoir à qui appartiendrait une pierreuse, surnommée Casque d'Or, qui, à l’époque où elle régnait sur ces malfaiteurs, fit couler autant d’encre que de sang.
L’administration pénitentiaire a découvert que Manda avait des aptitudes spéciales pour le commandement, et elle en a fait un porteclefs. Il exerce donc, aux îles du Salut, une autorité égale à celle d’un surveillant militaire, et il ne lui manque que de toucher des émoluments et de porter l’uniforme pour être un budgétivore complet !...
Et Galley ?... Cet extraordinaire employé de banque qui avait inventé et appliqué le système des détournements par virements de comptes, pour payer les fantaisies luxeuses de son existence de Snob mégalomane... et sa croisière à travers les océans. L'administration reconnut ses aptitudes financières, et elle en fit un commis affecté au service de la comptabilité !... “A chacun son lot”, telle est la devise des dirigeants du bagne. Et Galley donna toute satisfaction à ses chefs hiérarchiques, qui l’en recompensèrent par de J’avancement... On l'éleva au poste envié de porte-clefs, tout comme un ancien chef
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d’apaches. ... Même il est question de le ramener en France — doux pays! — aux frais des contribuables.
Hubac, ce jeune fils de famille, qui, avec la complicité de la femme de sa victime, empoisonna, à Marseille, le commissaire de la marine Massot, devait être, fatalement, un chimiste de première force. Ça été l'avis de l'administration, qui l'a affecté à la distribution des remèdes, à l'hôpital du pénitencier de Saint-Laurent. Il est donc maintenant aide-pharmacien, et exige qu'on lui donne du “monsieur”? à tour de bras quand on s'adresse à lui pour l'exécution d’une ordonnance,
Quant à Trubert, ce croque-note qui, à Alger, assassina et dépeça sa maîtresse, ses aptitudes musicales ne le désignaient pour aucune spécialité. 11 n’y a pas encore de fanfare de forçats à Saint-Laurentdu-Maroni. Quelque temps l’administration fut perplexe. Puis elle songea que ce découpeur de cadavres devait avoir une connaissance parfaite de l'anatomie humaine, et elle le plaça au service anthropométrique... Et, depuis, il photographie et mesure les nouveaux pensionnaires du bagne guyannais, Mieux: chaque soir, sa besogne terminée, il met, moyennant finances, sa science de la photographie récemment acquise à la disposition du publie, — et gagne ainsi quotidiennement quelques franes. Nul doute qu'avec de la conduite et de l’économie il ne finisse — étant nourri et logé gratuitement — par placer de l’argent à la caisse d'épargne au bagne, où ainsi que je l'ai dit, le taux de l'intérêt en vaut la peine.
11 arrive aussi qu’on croise, sur les rares routes du territoire du Maroni, un homme barbu, coiffé d’un casque éblouissant, de mise recherchée et chaussé de superbes bottes. C’est “monsieur” Cauchois, faisant fonction d'agent voyer. Et il donne des ordres aux surveillants militaires chargés des services de voirie. Or, cet élégant fonctionnaire n’est autre qu’un condamné en cours de peine.
Voilà comment sont traités, au bagne, les criminels. Aussi s’explique-t-on mal qu'ils poussent parfois l’ingratitude jusqu'à sé vader, Car des forçats prennent la clef des champs. Et l’administration maudit alors le bon La Fontaine dont le Chien et le Loup a sans doute donné à ses pensionnaires l’idée fausse que mieux vaut la liberté sans bien-être que le bien-être sans la liberté...
(A suivre) (Signé) JACQUES DHUR.
Plusieurs autres articles ont été publiés sur ce sujet dans la presse française.
Juge et Conseil se moquent des victimes.
Un autre usage remarquable, dans l'administration française de la jrstice, c’est le ridicule et la dérision auxquels les victimes, qui s'adressent à la loi pour obtenir justice, sont soumises par juge et conseil, et la louange et la réclame accordées aux imposteurs et aux criminels pour leur adresse et leur habileté, qu’on recommande au jury comme des raisons d’exercer leur clémence en leur faveur.
Pour un esprit français ordinaire, ridiculiser quelqu'un est un des plus forts et convaincants arguments contre lui, tout absurde que peut être le ridicule, quand on le soumet à l'épreuve des canons de la logique; mais dans ce cas, la logique ne compte pour rien.
En conséquence, le plus mauvais exemple et la plus grande instigation sont propagés, parmi le public, comme venant des autorités judiciaires,
De cette manière, le public est induit à préférer être considéré comme criminel qu'être ridicule. C’est un sentiment très répandu en France. Cela empêche beaucoup de victimes et de témoins de s’exposer à courir la bouline de dérision des juges qui le font, cependant, avec assez de bonhomie, comme une espèce de sport qui a le grand avantage de procurer à ces juges une grande satisfaction personnelle, sans une dépense très énorme d'énergie mentale.
Une plaisanterie est ordinairement une sorte d’absurdité, et c'est seulement en donnant son assentiment que le débiteur en reconnaît l’adsurdité, qui empêche ses auditeurs de le prendre pour un fou. Ces juges sages aiment à parsemer leurs paroles et leurs jugements logiques avec une teinte de cette sorte d’absurdité.
Les journaux français, cependant, ne sont pas sans faire, de temps à autre, de sévères commentaires sur cette sorte d’amusement auquel certains juges se laissent aller, et jen reproduis ici un exemple publié par le Matin.
Propos d'un parisien—Le Matin, 3/12/07.—En lisant, la semaine dernière, le compte-rendu du procès de Mme Coussiérat, laquelle arrosa de vitriol le jeune marquis dont elle avait à se piaindre, M. Berthulus, excellent magistrat d’ailleurs, et homme honorable, a dit à l’accusée, déclarant que, le jour de son arrivée à Paris, le premier soin de son ami fut de la conduire au Palais de Glace” C'était un endroit bien glissant pour un début.” (Sourires dans l'auditoire.)
Très joli! Mais à quoi servent ces plaisanteries, étant donné que la cour d'assises n’est pas la succursale du Vaudeville ou du Palais-Royal ?
Du moment que les juges s’habillent en rouge dans l'espoir
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d’impressionner les masses et de leur donner l’idée d’une majesté surhumaine, ils commettent un contre-sens s'ils montent ensuite sur l’estrade et débitent des facéties succeptibles à leurs yeux, de faire rigoler le public. Pour jouer les compères de revue, la robe rouge est inutile. On peut se contenter du veston et du pantalon à carreaux.—
(Signé) H. HARDUIN.
L'auteur aurait pu ajouter qu’il ne serait pas plus hors de mise, pour un bouffon du Vaudeville, vêtu de son costume de théâtre, de prétendre juger des mérites d’une cause sérieuse selon la loi du pays.
L'article suivant, qui parut dans le Journal du 27 octobre 1908, accentue cette observation :
La Banque Gallet et Cie.
11 est loisible de constater, chaque fois qu’on assiste, soit en cour d'assises, soit en police correctionnelle, aux débats d’un procès dans lequel un banquier est accusé d’avoir ruiné ses clients, l'absence à la barre, des victimes de l'accusé. Les victimes mettent bien l’action publique en mouvement; mais à l’audience, quand il s’agit de venir démasquer les manoeuvres délictueuses dont elles ont été victimes, il n’y a plus personne, La vérité est que le président reçoit une lettre l'avisant que la plainte est retirée.
Dans le procès des Humbert — de célèbre mémoire — qui fut jugé à grand orchestre devant la cour d’assises de la Seine, pas un plaignant, et ils devaient être innombrables puisqu'il s'agissait d’une centaine de millions d’escroqueries, n’osa se dresser devant le jury pour requérir contre ceux qui l’avaient acculé à la misère.
Hier, dans un procès plus modeste, deux banquiers parisiens, Gallet et Caro, étaient accusés d’avoir fait un pouf d’une dizaine de millions. Six en tout, ont porté leurs doléances au Parquet et, sur ces six, une seule — s’est présentée à la barre pour apporter un témoignage plutôt sympathique aux auteurs de sa ruine — car les autres s'étaient évadées. °
Après un court délibéré, le tribunal a rapporté son jugement, qui condamné M. Galet à vingt mois de prison et 1,000 francs d'amende, et M. Caro — celui-ci par défaut — à deux ans de prison et 3,000 francs d'amende.
(Signé)
MARREAUX DELAVIGNE
Remarques sur la fabrication des criminels.
Je n’ai aucun doute que, chez un peuple plein d'émotion comme les Français, la grande influence exercée sur eux par la dérision à laquelle on soumet les victimes dans les tribunaux, l’amertume avec laquelle elles la ressentent, le peu de satisfaction qu’elles obtiennent pour leurs griefs, le traitement injuste qu’elles reçoivent des autorités administratives, la louange qu’elles voient conférer aux criminels pour leur habileté, le traitement indulgent et attentif administré aux condamnés, ont contribué énormément à créer le système des Apaches, qui règne en France.
Ces Apaches sont composés de repris de justice et d’hommes innocents condamnés à tort, quelques-uns d’entre eux étant des hommes capables, qui font cause commune contre le système arbitraire de l’administration, qui n’est souvent qu’une parodie de justice indigne de ce nom, étant plus apte à transformer d’honnêtes gens en criminels que le contraire. Ces Apaches forment des bandes organisées de rebelles ouvertement dirigées contre l'administration.
Epourantail de l'Espionnage.
Une autre considération qui entre pour beaucoup dans tous leurs calculs d’administration judiciaire est leurs relations avec Les autres nations.
Bien que la France ait des protections naturelles, contre ses ennemis possibles, dans la Manche, l'Océan Atlantique, les Pyrénées, la Méditerrannée, les Alpes, ete. qui contribuent beaucoup à sauvegarder le pays, il y a une brèche à la proiction naturelle de leurs frontières, Ils doutent maintenant que le Rhin leur offre une protection suffisante contre les hordes sauvages qui errent au-delà de ce fleuve historique, de sorte que, de temps en temps, la tranquilité #: ur sommeil est troublée par l'alarme de quelque vision de cal ‘ possibles, dont les tribus barbares des pays d’au-delà pourra. it être la cause, ei ils voient constamment des spectres d’espions et d’espionnage s'élever de toutes les figures étrangères qu’ils rencontrent, et qui les hantent continuellement.
TT n’est pas invraisemblable non plus que les Allemands regardent la France menacée de dépopulation comme une colonie idéale en perspective pour leur population surabondante.
ion comme risiou à lame avec laobtiennent & des autoaux crimif adminisystème des
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LA VERITE CONCERNANT L'AFFAIRE IEBERT 153 Une fille est quelquefois un garçon en France.
Non seulement on considère un accusé comme coupable, en France, jusqu’à ce qu’il ait prouvé son innocence devant un tribunal; mais quelquefois une fille est un garçon jusqu’à ce qu’elle, ou il, ou cela, (je me recommande au lecteur pour me tirer de ma difficulté grammaticale) puisse prouver le contraire par machinerie légale, à la satisfaction des autorités, qui ne veulent pas so laisser convaincre, comme on peut le voir par l’exemple suivant rapporté dans le “News of the World” du 1er novembre 1908.
Garçon ou fille.—Problème Parisien, qui retarde le bonheur de deux amoureux.
“Il y a six mois, un jeune parisien demanda la main d’une de- “moiselle Eugénie, et fut accepté. Les parents commencèrent à re- “cueillir la masse de documents légaux requis pour les mariages
“français.
“Parmi les premiers documents à obtenir, était l'acte de nais- “sance de Melle Eugénie, et quand ils l’eurent obtenu, ils s’aperçurent “qu’elle était un “garçon”. Elle est inscrite dans les régistres comme “mâle” et telle elle demeure légalement et administrativement.
“Les parents firent remarquer d’abord qu'elle était de facto
“évidemment une fille; deuxièmement que le nom de baptème Eugé- “nie inscrit dans les régistres était féminin, troisièmement que, si “elle eût été un garçon, elle aurait déjà été appelée pour conscription, “étant d'âge.
“Les autorités ont répondu qu'aucun de ces arguments c'était, “légalement, administrativement, valide, et qu’elle continue à être “un garçon, de jure.
“Les parents de Melle Eugénie, qui, assurent-ils, est une fille “sont obligés de mettre la machinerie de la loi en mouvement pour “établir leur prétention. Des rapports administratifs, de la procédure, “et une décision du Tribuna!, le tout aux frais des parents, seront “requis (dit le Televraph) avant que la loi reconnaisse Mlle Eugénie “être du sexe féminin, et lui permette de se marier avec celui qu’elle “aime.”
On peut voir, par cet exemple, dans quel dilemme se placent les dieux judiciaires quand ils se voient obligés de refuser le droit de dire la vérité au sujet d’une fausseté qu’une fois ils auraient décrété être vraie.
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Dr senior rm
M. Ghesquiéres.
Un autre exemple frapapnt, qui transpira au moment de l'affaire Pesnel, sert à peindre la nature singulière de la justice française (ou devrait-on dire injustice ?) qui a pour effet de sacrifier la pratique à la théorie.
Il s’agit d’un marchand de grains dont l’histoire est racontée dans le Daily Chronicle du 3 décembre 1906, comme suit :
“Très mariée. — Cinq maris crédités à Mme Guérin. — Le marchand fasciné.
(De notre correspondant). Paris, dimanche soir.—
Si jamais la vie et les aventures de Mme Guérin sont publiées sous la forme d’un livre, elles feront un volume large et intéressant. Elle a eu cinq maris définitivement connus, avec chacun desquels elle passa par une forme déterminée de mariage.
La sûreté s’occupe encore, et s’occupera encore probablement quelque temps, à recueillir la biographie de cette femme remarquable. Dans l'intervalle qui suivit sa fuite de France, lorsque le fonctionnement du magnifique établissement du Boulevard Saint-Germain fut interrompu, et avant sa descente en Belgique, elle exploita avec succès Rome, Milan, Florence et autres villes d’Italie, où elle ne trouva point disette d’héritiers ni de dupes.
A l’époque présente, les recherches de la sûreté tendent à trouver ce qu'est devenue Miss Smith, et M. Ghesquières, qui disparut si singulièrement. Selon les déclarations du fils de Ghesquières, son père fit insérer une annonce dans un journal de Paris pour trouver une femme, et Mme Guérin y répondit. La dame annonça qu’elle était veuve et qu’elle avait l’intention d'établir une affaire de préservation de lait comme déjà indiqué. Elle affirma qu’elle avait à peu près 200,000 frs à mettre dans l’affaire, mais qu’étant incertaine de son habileté financière, elle désirait avoir le conseil prudent d’un homme “comme vous-même’ M. Ghesquières, pour la guider.
Amoureux ardent.
Le négociant en grains, sa vanité flattée, fut une proie facile. 1l devint éperdûment amoureux de la “veuve”, la demanda en mariage, et fut agréé. On suggéra, à la suite de plusieurs conférences qu’ils se mariassent d’abord: avec l'association matrimoniale, viendrait celle des affaires, Cesbron fut introduit dans l'affaire par Madame
» l'affaire çaise (ou pratique
racontée
- Le
publiées téressant. desquels
ablement arquable.
nctionnemain fut avec suc- 1e trouva
à trouver sparut si ères, son uver une elle était servation peu près e de son 1 homme
acile. 11 mariage, es qu’ils viendrait Madame
comme son frère, et comme directeur-gérant pro. lem de la société de lait.
11 y eut de fréquentes entrevues à la maison de Madame et on y dressa un prospectus pour lancer la nouvelle entreprise, M. Ghesquières, dit le fils, déboursa 7,000 frs pour commencer,
Pendant plusieurs mois, la femme et le négociant furent inséparables. Aussitôt après les fiançailles, il se rendit à la Bourse du Commerce, pour annoncer la joyeuse nouvelle à ses associés. Il invita huit ou neuf de ses amis à diner, à un café, pour célébrer l’occasion. “Je suis aussi heureux qu’un roi, dit-il, pendant le dessert, je suis extraordinairement heureux. Je vais épouser une femme qui est un trésor. Elle a une habileté extraordinaire pour les affaires et, à nous deux, je suis sûr que nous ferons fortune aisément.”
Cet homme infatué aurait laissé jusqu’à son dernier sou à cette femme, si son fils n’avait pas protesté, Tout le jour, il se pâmait de son esprit, de ses charmes, de son habileté.
Le fils, lui, ne pouvait voir la dame à travers les mêmes verres couleur de rose que son père, et ils eurent plusieurs querelles à ce sujet.
Madame était assez rusée pour découvrir l'hostilité du file, et chercha, de plusieurs manières, à se le concilier, “Vous êtes joli garçon,” lui dit-elle un jour, en lui touchant la tête affectueusement, avec la liberté d’une future belle-mère, “et quand vous aurez lerminé votre service militaire, nous vous marierons et nous aurons une bellefille qui est la fille d’un riche meunier de Normandie, qui vous fera un bon parti.”
Peu après, le jeune Ghesquières fut appelé au service militaire, et quitta Paris pour rejoindre un régiment en province,
Le père était resté seul avec la femme qu’il devait bientôt épouser. La première chose que le fils apprit de cette affaire fut un télégramme lui annonçant la disparition de son père. Il retourna à Paris, et n'en put trouver nulle trace.
Notes d'adieu.
Le récit des évènements qui transpirèrent après le départ du file, fut recueilli d’une connaissance d’affaires de la famille, nommée Vassal. Pour cet homme, l’homme disparu avait une estime personnelle intime, et il en fit le confident de ses amours et de ses affaires. M. Vassal était l’un des invités, à la célébration des fiançailles entre la “veuve” et M. Ghesquières.
Celui-ci, dit-il, le jour de sa disparition, avait à payer à la ban-
que de France un effet de 50,000 frs. Il retira l'argent de son compte pour faire face à cet engagement, et on savait qu’il avait cet argent en sa possession lorsqu'il disparut, 11 dit à M. Vassal, en quittant la Bourse du Commerce, qu’il allait à la banque de France pour acquitter cet effet; mais il ajouta: “Je pense que je passerai d’abord rue de Maubeuge.”
Pour M. Vassal, la rue de Maubeuge ne voulait dire qu’une chose : une visite à la maison de la “veuve” que Ghesquières devait épouser.” “Je te verrai demain,” dit-il joyeusement à son ami. On ne revit plus le négociant.
Quaad on informa la Sûreté de sa disparition, on mentionna aussi cet incident: Mme Guérin nia que son fiancé lui ait rendu visite ou qu’elle l'ait jamais aperçu pendant ce fameux jour.
Quand le fils revint à Paris, il se rendit chez la dame qui devait devenir sa belle-mère, lorsqu'elle répéta cette dernière affirmation avec les larmes aux yeux, en disant que son père n’était pas venu la voir. “Voyant qu'il portait une si forte somme d'argent sur lui, peutêtre l’aurait-on assassiné”, lui dit la femme, dans un gauche effort pour le consoler.
On poursuit l'homme disparu.
Les obligations de M. Ghesquières ne furent pas acquittées, son fils était à l’armée, et il n’y avait personne pour vaquer à 8es affaires. En résumé, on prit possession de ses biens, et on le déclara en banqueroute. Sa maison de commerce et tous ses biens furent veudus et réalisèrent la somme de 0,000 frs, ce qui ne suffit pas pour payer les créanciers.
Conséquemment, le Ghesquières disparu fut appelé pour expliquer ses affaires. Naturellement, il ne revint pas; mais la loi alla plus loin. On le poursuivit, en son absence, pour banqueroute frauduleuse, et, dans le mois de mai, de la présente année, il fut mis en accusation, encore en son absence, aux Assises de la Seine, et condamné par défaut à la peine maximum de vingt ans de travaux forcés.”
Il y a quelque chose de pathétique dans l’expcsé ci-dessus de l’histoire du marchand de grains. Le fait que, dans les circonstances en question, un tribunal d'hommes sages et sérieux ait pu établir fraude de la part Ghesquières, surpasse la compréhension d’un esprit anglais pratique, et cependant, cet homme a été condamné à vingt ans de travaux forcés, Le fait est qu'en France, on peut accuser un homme
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de n'importe quel crime et s’il ne se présente pas pour prouver son innocence, on le juge coupable. (Ghesquières ne se présenta ras.
La femme Pesnel elle-même, pour toutes les escroqueries qui ont été établies à sa charge et Pour sa complicité dans l'attentat sur mu personne, a bénéficié de circonstances atténuantes et a été condamnée tout ensemble à huit ans de travaux forcés, et, après cela, ou peut-être plusieurs années avant l'expiration de cette sentence, on devra la relâcher dans le monde pour Y exercer sa détestable profession d’imposture, pourvu qu’elle n’entre pas en France pendant vingt ans, a toutefois, on ne lui en fait pas grâce entièrement dans l'inte rvalle,
Habileté des agents de police français.
La grande réputation des Français comme policiers est plus dans leurs romans qu'en réalité. Dans ceux-ci, ils peuvent tout arranger d'avance à l'encre et à la plume, sans égard pour les faits de la réalité. C’est là, sans doute, l'origine de la réputation qu'ils ont acquise,
La presse française était remplie de l'habileté avec laquelle on avait fait la battue pour me traquer avec succès dans un cvin inconnu appelé l'hôpital Lariboisière, où je m'étais caché, après avo r donné correctement mon nom et mon adresse, et tous les détails qui rae concernaient, et avoir écrit au chef de gendarmerie de Fontainebleau, lui indiquant l’adresse où je me trouvais.
Avec le portrait de Cesbron distribué à tout le monde par l’intermédiaire de la presse, ils n’ont pas encore pu le trouver. Peutêtre attendent-ils qu’il leur envoie son adresse,
Le juge d'instruction.
Le juge d'instruction est, dans l'administration de la justice, en France, un fonctionnaire qui n’a pas sa contre-partie exacte dans l’administration exécutive, en Angleterre. On le prendrait, à première Yue, pour un magistrat administrant la justice à qui de droit; mais le juge d'instruction n’a rien à voir avec la justice d’une affaire; sa mission est d’établir une conviction. De cette manière, il représente Plutôt l'avocat du diable, sous le nom de juge.
Pour moi, il représente plutôt le digne individu que nous considérons comme l’homme le plus apte à attraper un voleur, et que lon considère ordinairement comme devant être un autre voleur.
Cependant, comme il y a des agents de police honnêtes, qui peuvent attraper des voleurs habilement ; de même, il y a aussi des juges
158 UN SUANDALE FRANÇAIS
d'instruction qui sont honnêtes, qui disent la vérité, et qui peuvent attraper des menteurs par des moyens honnêtes, et en disant la vérité.
De temps à autre, sans doute, des captures adroites ont été faites, et des révélations importantes ont été obtenues par des juges d'instruction habiles, et, en conséquence de ces rares succès, chaque petit-maître fonctionnaire de l’administration aspire à produire quelque grand exploit tel qu’il en a lu dans les livres ou dans les journaux, pour afficher son nom aux dépens de ses inculpés.
Ils sont comme les “plongeurs” à la Bourse, et comme eux, ils perdent généralement, mais aux dépens des autres, et ils acquièrent leur expérience, comme des généraux incapables, aux dépens des soldats qu’ils sacrifient.
On fait aussi un bon nombre de captures adroites en dehors de de l'administration. Par exemple, le meurtre de Monte-Carlo par les Goode fut découvert par un commissaires de gare, en transportant la malle contenant le cadavre de la victime.
Les juges d'instruction sont promus selon le nombre de condamnations qu’ils obtiennent. Quelle prime d'encouragement placée, par l'Etat, sur leur malhonnêteté, pour les induire à se forger une conviction défavorable de leur inculpés, qu’ils «.-ut coupables ou non.
Le juge d'instruction incompétent, 1oique sans capacité pour remplir ses fonctions, peut, cependant, montrer une apparence de compétence et d’habileté. Beaucoup de réputations acquises par des juges d'instruction pour découvrir les crimes et arracher des confessions, sont dues aux coq-à-l’âne inventés contre leurs inculpés, la grande affaire pour eux, et leur but pricipal, étant d’appeler à leur aide La presse et l'approbation publique, et ils savent qu’il n’est rien de tel, pour porter la conviction dans l'esprit du public non prévenu, qu’une insinuation qui laisse quelqu'un faire les déductions tout seul, et tirer lui-même les conclusions résultant de cetie insinuation ; ce qui lui fait penser qu’il a percé lui-même le secret, et il se sent infailliblement certain de l'exactitude de sa déduction, laissant la responsabilité de la vérité de cette insinuation à ceux qui y ont donné cours.
Une fois que cette impression a été créée dans son esprit, particulièrement si elle lui procure le plaisir de ridiculiser la victime, c’est presque impossible de la déraciner, et le juge d'instruction menteur en bénéficie dans l’appréciation du public.
I1 peut alors se permettre de regarder ses inculpés comme des tremplius, pour atteindre à la notoriété et à la promotion qu'il convoite, et pour perpétrer, avec l’approbation du publie, les plus gran des infamies, en faisant condamner des hommes innocents, pour #
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grandir lui-même, tout en étant maintenu par L'Etat, qui le paye, dans une situation rémunérative.
Le juge d'instruction peut toujours prétendre à Ja nécessité de poursuivre une instruction; bien qu’il puisse paraître rationnel qu’entre l’abus et la nécessité réelle, entre l'ignorance de l'incompétence et les doutes légitimes inséparables d’une enquête, le publie, et spécialement les victimes, devraient avoir quelque chose à dire.
Mais, en France, un accusé est considéré comme coupable jusqu'à ce qu’il puisse prouver son innocence. Le juge d'instruction n’a jamais besoin de reconnaître cette innocence chez ses inculpés. Sil peut montrer qu’ils ont commis une erreur, cela n’eût-il même aucun rapport avec l’accusation portée contre eux, il peut en faire usage pour formuler une théorie démontrant qu’ils ont fait d’autres erreurs. Si le juge d'instruction fait une erreur, ça ne compte pas pour lui, et il peut dire que c’est le résultat de l’imprudenee des inculpés; car la logique est à la merci du juge d'instruction dans son cabinet.
Si un inculpé réfute ses arguments, le juge d’instruction peut le soupçonner d’être un aliéné dangereux, le faire examiner par un aliéniste et le faire déclarer fou. 11 peut faire publier cela dans la presse et dire que tous ceux qui ont conversé avec lui l'ont aussi trouvé fou, méthode des plus propres à le réduire au silence. Les insinuations les plus injurieuses peuvent être faites contre lui sans aucune trace de vérité, pour lui porter préjudice dans l'esprit du public,
Un juge d'instruction sans scrupule peut donner à une conjecture, ou une impression, l'importance d’un fait absolu.
En effet, les articles, les ruses, les impostures pratiqués par certains juges d'instruction semblent aussi incroyables à ceux qui n’ont Pas encore eu affaire à eux, qu’ils sont puériles et iniques.
Les criminels qui ont acquis l'expérience des juges d’instruction, ne sont pas longs à apprendre que l’arme du mensonge est aussi bien à leur disposition qu’à celle du juge d'instruction, et qu'ils peuvent l'égarer par des mensonges adroits, et très souvent se faire acquitter en mettant sur le dos de quelque bouc émissaire le crime dont ils sont eux-mêmes coupables.
Les annales de l'administration française sont remplies de cas semblables ; mais le fonctionnaire artificieux de l'Etat est aussi détesté des Apaches pour ses tromperies que le plus infâme criminel parmi les Apaches est détesté de L'Etat, dans l'administration. Ces rivaux ne font pas inutilement assaut d'affection mutuelle, La plupart de ces Apaches ne font aucun ecret de leurs intentions de tromper. Ils sont, sous ce rapport, plus honnètes que les juges d'instruction hypocrites.
Le carton ci-joint du Daily Mirror du 17/12/08, est une peinture habile des ruses et des évasions auxquelles certains juges d’instruction ont recours :