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Je répondis que oui. J’avais mon coffre-fort ordinaire et il y en avait un emmuraillé dans la maison qui avait été habitée, autrefois par William Pitt, à qui ce coffre-fort emmuraillé avait servi à y déposer ses argenteries. La Pesnel leur dit que ces coffresforts étaient bourrés de papiers mystérieux ce que je niai énergiquement, mais qui ne manqua pas de donner lieu à un article “mystérieux dans le Journal du 6, sur l’espionnage au Maroc et à Tangier dans lequel on affirme que “Ces mystérieuses révélations “ont produit une vive sensation au Palais, dès qu’elles ont été connues.”
Elle avait le pouvoir de les remplir de pressentiments mystérieux, n'est-ce pas ?
A qui donc la Pesnel en imposait-elle ? Les sages de Versailles voudraient-ils bien dire que c'était à moi ?
Je ne vois aucune nécessité de faire des commentaires sur les faits ci-dessus mentionnés. Je n’ai qu’une question à faire: L'auteur de ces annonces était-il un menteur malfaisant ou tout simplement un fou ? Et peut-on s’étonner que lorsque des personnes de ce type de raisonnement proposèrent de me faire examiner par un aliéniste, j'aie pu penser que la folie pouvait bien être de leur côté.
Pendant tout le temps de l'enquête, quand les doutes commençaient à s’éclaircir, Mangin Bocquet les ré-enveloppait dans un mystère de sa propre fabrication; il proclamait l’extrême perplexité et la nature mystérieuse de l'affaire, et s’efforçait d’afficher son adresse à dévoiler ce mystère qui n’existait que dans son cerveau confus, embrouillé par la Pesnel, et de fourvoyer le publie et la presse,
S'il n’avait pas agi ainsi, il n’y aurait eu aucune raison de me faire venir à Versailles un mois après, et de m’y détenir une seconde seulement.
Pesnel, de son côté, essayait toutes les histoires sauf les vraies, jusqu’à ce qu’elle en trouvât une qui prit avec Mangin Bocquet, et toujours avec le même objet en vue, à savoir : l’écarter de la vérité.
Plus tard encore, quand on me transféra à Versailles et que la femme Pesnel porta une accusation contre moi, alléguent que j'avais tenté de l’assassiner, cela plus de deux mois après le prétendu incident, c'était le comble de l’absurdité, quand le Parquet avait connaissance des faits ci-dessus mentionnés, de me tenir en prison trois semaines de plus, pendant qu’ils délibéraient sur la question de eavoir si c'était moi qui avais tenté de l’assassiner, ou bien si c’était le couple qui avait tenté de me tuer; et, même si l’on éprouve le prétendu doute, il n’y avait rien de plus raisonnable, si Mangin Bocquet décidait de s’enquérir de cette accusation contre moi, de prendre en même temps
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l'accusation contre elle que j'avais portée la nuit même de l'attentat, et de s’enquérir des deux ensemble: mais Mangin Bocquet ne fit aucune attention à mon accusation contre elle, et, comme l'affaire aurait dû sortir de ses mains et être renvoyée à Fontainebleau, il l’abandonna.
Plusieurs articles ont paru dans la presse française, au sujet de l'irrégularité et de l’absurdité de cette enquête; je cite le suivant, comme un exemple, qui parut dans une feuille officielle d’annonces légales :
“Gazette du Palais.—Vendredi, 12 juillet 1907.
Les Galeries du Palais —Une affaire bien instruire.
Parmi les correspondants habituels et les visiteurs familiers de la Gazette du Palais, il en est un que les lauriers de l’illustre La Brige dit l’Ami des Lois, empêchent certainement de dormir, et dont la préoccupation constante semble être de découvrir dans nos codes, ou dans la manière dont les dispositions en sont appliquées, les contradictions les plus choquantes et les anomalies les plus regrettables.
11 rêve depuis longtemps d'introduire, dans les Galeries du Palais, sous la rubrique: Réflexions d’un profane, une sorte de tribune contre les abus, du haut de laquelle il dirait leur fait — et comment ! — à tous les gens de robe . Nous avons à peine besoin d'affirmer que nous nous défendons de notre mieux contre une prétention aussi exorbitante.
Hier cependant, notre homme vint nous trouver, et nous posa, à brûle-pourpoint, la question suivante :
— Primus assassine Secundus à Paris.
Son révolver fumant à la main, il s’enfuit, et arrive à Saint- Cloud.
Là, il est arrêté,
Le Parquet de Versailles le cite en police correctionnelle pour port d’arme prohibé,
Sur quoi le Parquet de la Seine se tient pour satisfait, et se garde d’instruire l'affaire d’assassinat.
Qu’en pensez-vous ?
—Belle question!... Ce que vous en pensez vous-même, à savoir que cela n’est ni vraisemblable, ni possible, Le premier soin du Parquet de la Seine aura été de réclamer le malfaiteur qui lui appartient, et le Parquet de Versailles le lui aura remis avec empressement.
— Vous croyez ?... Et si je vous démontre, moi, que dans une drconstance analogue, le Parquet du lieu où le crime a été commis n'a rien instruit du tout, tandis que le Parquet de Versailles s’amu-
sait à instruire une affaire de l’importauce de celle du port d'arme prohibé, que direz-vous ?... Au surplus, vous connaissez cette histoire. Il me souvient que vous en avez parlé.
— Dites toujours.
— Soit !... Dans la nuit du 19 au 20 Novembre 1906, à Bois-
le-Roi, dans une villa louée à cet effet par un nommé Cesbron et une femme Justine Pesnel, un médecin canadien, le docteur Hébert, victime d’un véritable guet-apens, reçoit de ce Cesbron deux balles dans la tête. Il tombe, se relève, s'échappe... Un miracle ‘ Par un pro dige d'énergie, il réussit à gagner Fontainebleau, où il porte plainte à la gendarmerie. Par un nouveau prodige, il arrive à Paris, et entre à l'hôpital... Cesbron a disparu. La femme Pesnel a été arrêtée à
Versailles.
— Eh bien ?... à — Eh! bien! le premier compte que cette femme ait à rendre à
la justice, n'est-ce pas d’avoir été la complice d’une tentative d'as sassinat ?...
— Sans aucun doute.
— Il me semble. Hébert a été attiré à Bois-le-Roi par une let-
tre de la prétendue Mary Smith. Cette lettre, comme d’autres, émanait de la fille d’une femme de ménage de Justine Pesnel. Manoeuvres. Faux. Guet-apens. N'est-ce pas ?... Or, de novembre 1906 à juillet 1907, le Parquet de Fontainebleau demeure inerte. Au moment où le crime a été commis, le juge d’instruction avait été déplacé, paraît-il, et il n’y avait point de magistrat qui pût être saisi de l’aifaire.
Par contre, ‘e Parquet de Versailles ne demeurait point inactif. Là, le magistrat instructeur poursuivaii la femme Pesnel pour une vague escroquerie au mariage, détenant le docteur Hébert, à peine rétabli de ses blessures, trois mois en prison, comme complice prisumé de cette escroquerie, et se décidait enfin à rendre un non-lieu en faveur de ce dernier. On se l'explique. Dans son réquisitoire défini tif, le ministère public ne tatit pas d’éloges sur le compte du docteur:
“Il fallait rencontrer quelqu'un qui pât devenir le complice inconscient. quelqu'un d'une honorabilité impeccable, devant laquelle or. s’inclinerait. .. Hébert »st un homme honorable, médecin distingué, estimé à Londres... Sa respectabilité est telle, que Sudre n'en demande pas d'avantage.” J'en passe.
Voilà bien l’occasion n'est-il pas vrai, de maintenir un homme. ainsi qualifié par le Parquet, en détention préventive... Et, grâce à cette procédure générale, voilà que cet homme est absolument dé-
sarmé !
port d'arme z cette his
06, à Boisbron et une Hébert, vicballes dans Par un proorte plainte ris, et entre té arrêtée à
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Vainement, au cours de cette instruction interminable, il aura fait entendre les protestations les plus véhémentes et les plus indignées: vainement il se sera plaint d’avoir été escroqué lui-même, et d’avoir été directement touché par cette apparence de complicité que Justine Pesnel s’est efforcée à lui donner, on lui refusera la parole à l'audience !...
N'est-ce point insensé ?... Quelle idée emportera-t-il de la justice française ?..? Et alors qu’il n’y a qu’une affaire, une seule affaire qui compte, une tentative d’assassinat, doublée de préméditation, de guet-apens, et de faux, il sera permis à un tribunal de détacher de cet ensemble — pourtant imposant — une misérable escroquerie, qui tient au crime, qui lui est indissolublement liée, qui n’en est après tout qu'un moyen préparatoire, de la retenir, et d’in mobiliser pendant des mois une procédure criminelle ?... Vous trouvez cela logique, normal, vous trouvez cela bien ?... Allons, donnez-moi votre plume, et laissez-moi écrire votre chronique !
— C’est vous qui l’aurez faite.”
(30.) Son but de fabriquer une accusation d'espionnage pour avoir de l'avancement.
Mais le grand but de Mangin Bocquet, depuis le temps où la femme Pesnel en fit naître l’i? ians son cerveau, c'était d'établir une accusation d’espionnage à n. .harge.
Il persista avec opiniâtreté à la maintenir malgré la déclaration du conseil de Pesnel qu’elle n’avait pas de preuves, et qu’elle ne faisait aucun effort pour en p:oduire pour soutenir l’accusation; malgré plusieurs articles qui parurent dans la presse pour blâmer la méthode qu'il poursuivait dans cette enquête, ainsi que la remontrance du ministre de la guerre sur l'importance qu’il attachait aux déclarations de la femme Pesnel; mais il commença à s’intimider lorsque j'écrivis à M. Clémenceau, quand il s’efforça de m’induire à écrire à plusieurs autres ministres et à leur dire qu’il était bien disposé en ma faveur. Sans doute, ils l’auraient cru, particulièrement quand c'était lui qui me détenait.
Ainsi, ce fut poussé par des forces extérieures qu’il se sentit obligé de consentir à ma liberté provisoire, et non pas par désir de reconnaître la justice de ma cause.
Il me paraît tout-à-fait évident que l’accusation de complicité à ma charge, dans les escroqueries de la femme Pesnel, n'était qu’un prétexte de Mangin Bocquet pour me détenir; car Lalère n’avait porté aucune plainte contre moi dans son accusation contre la femme Pes-
nel, ce ne furent que les allégations mensongères de Pesnel après son arrestation qui induisirent Mangin Bocquet à me faire arrêter. De plus Sudre déclara, à sa première confrontation avec moi, que c'était Pesnel (pas moi, comme il l'avait dit dans la plainte) qui lui avait donné ce que d’abord on appela une liste des titres de la fortune de Mary Smith; mais qui, après explications, se trouva tout simplement un calcul de chiffres, ce qui rendait nulle sa plainte contre moi.
Néanmoins, pendant que Mangin Bocquet me détenait pour cette prétendue accusation, il s’efforçait de construire une charge d’espionnage contre moi, sans faire aucune accusat‘s1 formelle.
J'étais, par conséquent, détenu sous une charge imaginaire de vomplicité en escroquerie, comme prétexte pour construire ou examiner une autre charge imaginaire d’espionnage. (C’est plus raffiné encore que les nations à demi civilisées, qui emprisonnent les gens sans aucune accusation, et les tiennent indéfiniment en prison sans en faire le procès.
Je me suis laissé dire même par un des fonctionnaires de l'administration, qu’il n’y avait eu aucune accusation formelle contre moi et qu’on avait seulement pris des renseignements pour contrôler les allégations de Pesnel contre moi. J’ai cependant été retenu en prison, sans qu’on voulût accepter aucun cautionnement pour ma mise en liberté, pendant 2% mois, pour donner le temps de contrôler les allégations fausses et sans preuves de cette femme criminelle.
(4 Sa gronderie pour me faire désintéresser Lalère et £'udre.
Un autre stratagème auquel il eut recours quand je m’adressai à lui pour obtenir ma liberté, fut de tempêter contre moi, en me représentant, d’un air d’indignation outragée, que Lalère et Sudre avaient été fraudés, et que, à moins que je ne leur fisse quelque proposition substantielle et définie, il ne pouvait pas prendre en considération ma demande de mise en liberté. Il me représenta que, même si je n’étais pas complice de Pesnel, j'étais responsable en dommages et intérêts, en vertu de ma prétendue négligence de ne les avoir pas désabusés de leur croyance que j'étais le tuteur de ces mystérieuses demoiselles.
Je regardai ce langage plutôt comme une ordonnance que comme une demande, et, sur sa déclaration, ensuite, que si je les désintéreseais je serais mis en liberté, je consentis à le faire, ou à les garantir par une caution en argent, pour attendre la décision de la Cour, niant toujours aucune responsabilité En moi-même, je le faisais comme une rançon pour sauver ma vie, que je considérais en danger,
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à cause des traitements que je recevais en prison et de l'absence de ces soins dont j'avais tant besoin.
Il changea alors sa tactique, et regarda mon consentement à les désintéresser comme un aveu tacite de ma culpabilité.
(50.) L'incident de Galerie Féroce.
L'incident du 10 janvier, où je fus soumis, dans son cabinet, à l’outrage de la Pesnel, à un moment où j'étais dans un état de prostration extrême, due à la perte de sang et à la maladie, à l'exposition au froid, à l'épuisement excessif produit en moi par ces confrontations brutales et sans utilité, qui amenèrent ces fréquents accès d’évanouissement et de faiblesse que j'éprouvai alors, et à l’agonie que me causait une obstruction insurmontablable dont je souffrais, était, selon moi, un exemple de sauvagerie et de cruauté digne de l’ingénuité d’un inquisiteur de la vieille Espagne.
60.) Une autre gronderie pour mes vacances de fin de semaine. g P
Il ressortit de mon témoignage que j'avais l'habitude d'aller au bord de la mer à la fin de la semaine, assez souvent, pendant la saison d'été. Il y vit quelque chose de très suspect, et voulut savoir ce que je pouvais bien faire en me promenant ça et là de cette manière, et où j'allais.
Il me fallut entrer dans de lorgues explications pour lui faire comprendre que c’était une habitude très ordinaire pour les Londoniens. Les ouvriers eux-mêmes pouvaient se permettre le temps et ‘es dépenses nécessaires pour aller à Brighton, par exemple, ou à Southend, ou ailleurs, presque tous les dimanches, et je faisais la même chose que la plupart des gens de Londres.
(To.)Attendant ma xort patiemment.
Au moment où je lui écrivis pour lui demander de me laisser retourner à l’hôpital Lariboisière, j'étais ei inalade, et dans un tel état d’accablement que je sentais que nes forces me manquaient et que je ne pouvais pas supporter plus longtemps l'épreuve à laquelle J'étais voué; car ma condition empirait au lieu de s'améliorer, et mes accès d’évanouissement étaient devenus plus fréquents,
Il prétendit faire toutes sortes de choses pour moi, pour me renvoyer à Lariboisière ; mais il n'avait nulle intention de le faire ; c'était
seulement un “placebo” de douces paroles qu’il m'’administrait, et des promesses qu’il n’avait aucune intention de tenir.
Mangin Bocquet espérait que je mourrais, et il fit tout ce qu'il put pour créer un esprit de préjugé contre moi dans l'opinion publique par l'intermédiaire de la presse.
Voyant que je ne mourais pas, il s’efforca de me faire certifier insensé, ce qui, à défaut de ma mort, aurait le mieux répondu à son désir de m’imposer silence et d'éviter mes contradictions.
I1 fit usage des affirmations de la femme Pesnel contraires aux miennes, de celles 4i Crédit Lyonnais, du fait que j'avais brûlé la lettre de cet établissement, comme preuve de ma perte de mémoire ou de mon aliénation mentale. 11 refusa toute: ortes de cautions pour moi, e; même l'offre du Commissaire Général du Canada en France de se porter garant pour moi, s’il voulait me mettre en liberté.
(80.) Ses réponses singulières.
J'ai quelquefois recu des réponses très singulières à certaines remarques que je lui faisais. Par exemple, on avait refusé une demande pour ma mise en liberté, et j'exprimais le sentiment de l'injustice qu’on. me faisait. Il m’affirma sérieusement, plusieurs fois, qu'il y allait beaucoup de mon inérêt d’être en prison, parce que, dit-il, si vous étiez libre, la femme Pesnel prétendrait que vous êtes en communication avec Cesbron et Mary Smith, et que vous conspirez ensemble pour la faire condamner. Naturellement, il me fit entendre qu’il serait obligé de croire tout ce qu’elle lui dirait.
A une autre occasion, il s’efforça de me persuader qu’il vaudrait mieux pour moi être renvoyé au Tribunal correctionnel, parce que, dit-il, ce serait une déclaration par ce tribunal, que vous êtes innocent, (car il me disait toujours qu’il croyait en mon innocence).
J'ai toujours trouvé mauvais, naturellement, de suivre cette sorte d'avis; mais je ne savais pas exactement jusqu’à quel point je pourrais m’opposer aux prétendues manières de voir d’un homme qui avait en mains le pouvoir d'inventer à l’occasion un nouveau code d: logique, et les clefs de la prison pour l’imposer ; ce sorte que j'ai toujours évité d’entrer en lutte avec lui.
(90.) Une eçon à la presse anglaise.
3’ai mentionné, au chapitre XII, “A Londres”, les annonces dif-
famatoires publiées dans la presse anglaise et les dommages que j'ai obtenus des différents journaux comme compensation.
t, et des
, ce qu'il n publi-
certifier du à son
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taines redemande l'injustice 8, qu'il y il, si vous communiensemble ndre qu’il
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ivre cette 1 point je Lomme qui iu code d:
e j'ai tou-
nonces difes que j'ai
Aucun d'eux, probablement, jusqu’à ce ‘our, ne connait l'origine exacte des annonces fausses qui, de bonne foi, de la part des ugences et des rédacteurs, trouvèrent place dans un grand nombre de journaux anglais, la plupart, je pourrais dire presque tous, sans le moindre soupçon de malice ou de négligence de leur part.
Ils furent pris à l’improviste, C’est tout, et publièrent l’annonce qui leur fut transmise de Paris comme d'ordinaire, les 16 et 17 mai 1907. Plusieurs d’entre eux, sans doute, seront étonnés d'apprendre que c’était une autre ruse de Mangin Bocquet.
S'il lui eût été possible de me renvoyer au tribunal correctionnel et de mue faire condamner à une sentence nominale, j'aurais quitté la Cour immédiatement après l'audience ; car le temps pendant lequel j'avais été détenu aurait compté comme une partie ou comme le tout de la condamnation prononcée contre moi. Mangin Bocquet visait à ce résultat, à défaut d’une condamnation définie ; ce qui aurait couvert toutes ses bévues et ses irrégularités en donnant une apparence de jastification à son interminable enquête et à ma longue et injustifiable détention.
Voyant que j'étais sauf sur le sol britannique à cette époque, il fit annoncer dans la presse que j'étais renvoyé au tribunal correctionnel; sous l'impression que, après le traitement que j'avais reçu de lui, j'abandonnerais le montant de ma caution et ne me présenterais pas, et alors, il aurait pu soutenir que j'étais coupable, puisque je fuyais la justice, et j’aurais même pu être condamné en mon absence ; mais il fut désillusionné, car je lui écrivis immédiatement, et me rendis à Paris sans y avoir été appelé pour faire face à l’accusation.
Mangin Bocquet fut grandement mystifis et désappointé de me voir. I] laissa l'affaire dans les mains de M. Dayras. Û
Plus tard, il tâcha d'expliquer la fausse annonce par toutes sortes d'excuses illogiques. On l’attribua à une erreur typographique et à tout ce q’on put imaginer; mais il existe un fait qui réfute toutes ces excuses et ces explications, L'annonce diffamatoire fut publiée le 16 et 17 mai 1907; le réquisitoire fut daté et délivré le 31 mai suivant, signé par M. Dayras, et l'ordonnance de non-lieu fut annoncée le jour suivant, ler juin. Il n’y avait aucune ordonnance à annoncer avant cette date; l’annonce publiée dans la presse le 16 et 17 mai, deux semaines auparavant, n’était qu’un ballon d'essai lancé par Mangin Bocquet aux dépens de la presse anglaise, dans le but indiqué plus haut, et pour rien autre chose.
Dans un pays comme la France, où la loi et la justice sont synonymes avec la convenance, l'intérêt et la commodité des autorité judiciaires, on n’aurait fait aucun cas de ma plainte, si j'avais
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demandé réparation. L'annonce fut publiée à mon préjudice, pour l'avantage d’un magistrat qui considérait son action comme un coup de maître de sa part, mais sans compter avec la loi anglaise. 11 pensait que ses motifs ne seraient jamais connus publiquement; mais ici encore, il s’est trompé.
100. N'ayant pas réussi à me faire condamner, il voulut se donner la réputation de m'u oir accordé un non-lieu.
N'ayant pas réussi à atteindre le but qu’il se proposait, il s'efforça d’obtenir la réputation de m'avoir accordé un non-lieu. Il fit publier une entrevue imaginaire qui n'eut jamais lieu avec moi, pré- “endant que je lui avais attribué des louanges, que je ne lui ai jamais faites, et qui sont tout-à-fait le contraire de ce que je pensais.
(110.) Témoignage de Brunet.
Considérant toutes les ruses malveillantes employés par Msngin Bocquet, les histoires qu’il coinmuniqua à la presse pour me porter préjudice, la louange non méritée qu’il fit publier de lui-même, j: ne puis m'empêcher de soupçonner que le témoignage partial, injuste et inapplicable rendu par Brunet contre moi, et considéré comme si important par Mangin Socquet, ne fut que l’effet d’un plan préconçu par ce dernier ; sur extorquer une confession de moi.
Si un juge d'instruction se permet de dire des faussetés injustifiables contre un inculpé, il ne se fera aucun scrupule d’accepter. avec c-nnaissance de cause, les préjugés d’un autre pour le même but.
(120.) L'enquête était inutile, mais servait ses intérêts.
Qu'est-ce que Mangin Bocquet a découvert j'ar sa longue enquête? Simplement que la femme Pesnel disait des riensonges et qu’elle le dupait. Vraiment, ce n’était pas la peine de me détenir deux mois et demi er. prison pour me dire cela.
Tout le public et la presse le savait, dès le commencement de l'affaire, à la suite des histoires multiples et contradictoires qu’elle inventa au sujet du crime de Bois-le-Roi; mais Mangin Bocquet mit six mois à le découvrir, avec toute la machinerie de la loi à sa disposition pour faire les recherches, et avec l’histoire de cette femme “historique” devant lui.
Il ne l’aurait pas même découvert à cette époque, si la presse.
judice, pour me un coup ise. 11 penment; mais
ulut se eu.
ait, il s'efieu. Il fit c moi, préii ai jamais is.
ar Mengin me porter i-mème, j:
ial, injuste $ comme si n préconçu
setés injusd’accepter, r le même
térêts.
le enquête ?
k qu’elle le deux mois
icement de res qu’elle ocquet mit à sa dispotte femme
la presse.
le public, et d'autres membres de l'administration ne l'avaient pas forcé à le faire.
L'enquête prolongée qu'il ouvrit au sujet de l'escroquerie de quelques bagues et corsets achetés par Lalère, et des prétendus cadeaux de Sudre, tandis qu'une accusation de tentative de meurtre, soutenue par des preuves accablantes, était j endante contre elle, était fantasque et puérile à l'extrême,
Il y aurait eu autant de raison, ou autant d'absurdité, à guspiller un an pour faire contre Rayner, en faveur d'une jeune fille délaissée, une enquête pour rupture de promesse de mariage, avant de lui faire son procès pour avoir tué Mr. Whiteley.
L'enquête et le procès de la femme Pesnel pour escroquerie furent ur. perte de temps et d'argent qui n'ont servi que les intentions de Mangin Bocquet, pour le rendre notoire devant le public.
La condamnation et la sentence que Pesnel y riçut furent ignorées entièrement, et se perdirent dans la ser .ence qu’elle reçut ensuite pour la tentative de meurtre, qui seule subsiste, et aurait dû former le sujet de l'enquête dès le commencement,
Si, sous prétexte d’être obligé de faire des investigatic ns, un Juge d'instruction peut ainsi disposer de l'argent public pour se maintenir
ins une bonne situation et se créer une notoriété qu’il ne mérite pas, juelle excuse pour l'existence des Apaches et autres, qui sont en rébellion contre le gouvrrnement, et quelle justification pour s'opposer à l'&ugmentation du r1ombre des jiges et autres fonctionnaires de l'administration en France, de la part des Français et de se plaindre ei fréquemment d’être la nation la plus surchargée d'impôts du globe, si la bureaucratie qui se trouve à leur tête peut ainsi dissiper les fonds publics en de si futiles investigations !
(136) Dangers que courent les étrangers qui visitent la France.
La meilleure chose que je connaisse entre te France et l'Angleterre, c'est la mer.
DOUGLAS JERROLD,
“L'Alliance Anglo-Française."
Pour cenclure, il ne serait pas déplacé de considérer les dangers que courent les étrangers qui visitent la France.
La susceptibilité des fonctionnaires de soupçonner l’espionnage partout, que l'on pourrait assez convenablement comparer à l’irritabilité du taureau devant un dr:pe:u rouge, expose tous les étrangers, en France, à être arrêtés et 1 is en accusation pour espionnage contre le gouvernement français, et ‘sute accusation paraît dix fois plus
certaine aux yeux des dieux de l'administration, si l’espionnage eat censé être fait au service de l'Allemagne.
Si un étranger est escroqué et fait arrêter l’escroc, ou bien s'il s'adresse à une cour de justice française pour obtenir justice de quelque scélérat ou brigand, celui-ci peut sc prévaloir de ce moyen et fabriquer une contre-accusation d'espionnage contre «a victime, qu'on ferait arrêter sous soupçon, sans aucune preuve quelconque, autre que la parole de l’accusateur, et le juge d'instruction en charge aurait tout intérêt, sans rien y perdre, à attacher la plus grande importance à cette dernière accusation et à en profiter pour acquérir de la notoriété et être par surcroît promu à une haute position.
Conséquemment, tous les étrangers, chacun en particulier, sont à la merci des plus vils criminels de France; même par dépit, ou dans un but d’extorsion contre vous. et on peut vous détenir en conséquence, et ouvrir une enquête pour espionnage imaginaire sur votre compte, à votre insu, sous le prétexte le plus trivial, comme on l’a fait avec moi.
L'impulsion donnée par l“entente cordiale” aux anglais, pour visiter la France, produira sans doute des exemples intéressant: d’imposture, et quelques-uns des juges d'instruction engagés dans les investigations qui s’eneuivront ne seront pas ceux qui en profiteront le moins; mais la majorité de ces cas ne viennent jamais au jour, comme on peut s’en convaincre par les exemples suivants :
“News of the World” du 17 mai 1908.
Pour garder son secret.
La femme du sénateur et l'escroc diffamateur. — Comment une femme mariée fut compromise et volée.
Un exemple d’audace dans une affaire d’escroquerie par diffamation a été mis au jour par la police de Nice de la manière la plus extraordinaire. Il y a quelque temps, deux hommes nommés Juibal et Mirabel furent arrêtés à Marseille. Ils avaient déjà été arrêtés à Nice en 1906 pour différentes tentatives d’extorsion d’argent par des moyens diffamatoires.
Le police était convaincue de la culpabilité des deux hommes, mais la chaîne de preuves n’était pas complète, et on fut obligé de les relâcher. On ne put pas obtenir des inculpés une explication de là
onnage est
u bien s’il ce de quelen et fabriqu'on ferait tre que la aurait tout portance à la notoriété
‘ulier, sont it, ou dans nséquence, re compte, a fait avec
glais, pour ntéressant:
és dans les profiteront 8 au jour,
ent une
par diffaa manière >s nommés t déjà été rsion d’ar-
v hommes, ligé de les tion de la
façon dont Juibal se trouvait en ‘rssession d'un superbe collier de perles d’une valeur de plus de 30,0uu frs.
Ce collier fut déposé à la gendarmerie, ot il est fort étrange que ni l’un ni l’autre des inculpés ne l'ait réclamé quand ils furent mis en liberté.
Lorsque le juge d'inst uction apprit que ces deux mêmes hor mes avaient été arrêtés à Marseille sur une autre accusation, il dem da à la police de Marseille de lui envoyer les deux hommes, afin € faire de nouveaux forts pour arracher d'eux une confession de l’histoire du coll ; précieux.
Au morut de la réception de cette demande, Mirabel avait déjà été mis en liberté, et Juibal fut seul interrogé. 11 déclara qu'il lui était impossible de par’er sans compromettre une dame dans une position sociale très élevée. On ne put lui en taire dire davantage.
Certaines lettres trouvés sur lui suggérèrent au juge d'instruction que la dame en : testion devait être la femme d'un ce tain sénateur romain, 11 lu -rivit, lui demandant de venir à Nice. Il y a quelques jours, la da arriva, identifia son collier, et confia au juge d'instruction le récit suivant de l'incident dont elle avait été victime,
Pendant qu'elle passait l’hiver à Monte-C ‘rlo en 1906, dit-elle, elle fit la connaissance d’un monsieur en app üuce de la plus haute distinction, Ce “Monsieur” était Juibal, Il: porta une attention toute particulière, et finalement la persuada ae faire avec lui, dans les bois du Cap-Martin, une promenade. Pendant qu’ils étaient assis au pied d’un arbre, surgit un garde-champêtre devant eux, qui les accusa de mauvaise conduite. Dans leur terreur de la possibilité d’un scandale, elle et son compagnon décidèrent d’acheter le garde champêtre. Mais Juibal déclara qu’il n’avait pas d'argent sur lui et, comre la dame était dans le même embarras, elle détacha son collier et le donna au garde champêtre, comme prix du silence.
Etant mariée, elle résolut de garder le silence: mais elle est maintenant veuve, et, sur son accusation, on ouvrira une enquête contre eux pour escroquerie. Juibal est, en effet, sous les verrous. Il sera plus difficile de trouver le garde-champêtre (dont le rôle, inutile de le dire, fut joué par Mirabel) ; car les agents de police, dit le correspondant du Leader, l'ont perdu de vue.
Du “Daily Chronicle” du 21 septembre 1909. — Etonnant complot d’'escroquerie. — Truc ingénieux pour escroquer les femmes dans les hôtels — Police fausse concussionnaire.
Paris, lundi.
Deux membres €'une bande de trois escrocs ont été arrêtés à Paris, pour une série d’escroqueries très compliquées et très ingénieuses, commises sur des femmes. Leur mode d'opération était curieux à l’extrême :
Un de la bande, qui avait les manières et l'apparence d’un homme bien élevé, établissait sa résidence dans un hôtel élégant, où il sefforçait de trouver faseur auprès des dames qui y demeuraient seules. Ses attentions étaient de la plus parfaite correction, et manquaient rarement de réussir à lui gagner la haute estime de sa victime.
Des civilités et attentions ordinaires d’un convive, cet homme arrivait, par des méthodes lentes et insidieuses, à faire de petites promenades avec la dame, dans la ville Un peu plus tard, celles-ci se prolongeaient, jusqu'à ce que, par degrés lents, il réussit à l'accompagner dans une longue promenade dans les hois où les montagnes.
Pendant ces expéditirr., ils se trouvaient en présence de deux agents de police — en réalité deux complices déguisés de cet homme, — qui portaient contre le couple certaines accusations. Naturellement, ils le niaient résolument, mais la “police” manifestait l’intention bien arrêtée de conduire le couple au poste le plus proche, où ils devaient faire une déposition contre eux. Seule, la production par l’homme de tout l’argent qu’il pouvait avoir sur lui, induisait la “police” à ignorer l'affaire; mais, invariablement, elle trouvait l’offre insuffisante,
En conséquence, la dame innocente vidait aussi sa bourse entre les mains des deux “agents de police”, et souvent encore y ajoutait tous les bijoux qu’elle portait.
A ces conditions. on les laissait aller, et on promettait qu'il n’y aurait pas de scandale.
Mais l’imposture ne finissait pas là. A peine la malheureuse dame avait-elle regagné son hôtel, que les deux “agents de police” s'y présentaient, faisant appel à son aide, ayant été destitués de leur emploi pour avoir, disaient-ils, accepté des présents d’elle et de son compagnon. (Généralement, on leur donnait encore de l'argent.
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Le pot-aux-roses ne fut découvert que lorsqu'une dame, tombée dans les mains de ces malfaiteurs, se présenta au chef de la police de Paris, et lui raconta toute l’histoire.
Voici un autre exemple, rapporté dans le Daily Chronicle du 9 septembre 1909, dans lequel la victime ne put pas raconter son histoire:
Mystère à Paris. — Cadavre d'un homme de Liverpool trouvé dans la Seine.
Paris, mercredi soir:
On se rappelle que le cadavre d’un anglais, vêtu en habit de soirée, a été retiré de la Seine il y a à peu près deux semaines.
L'identité du cadavre vient d’être établie, On l’a déclaré être celui d’un propriétaire de navires en retraite, de Liverpool, nommé Walter Muirhead, né en Australie.
On donne son adresse à Liverpool: 1, Drundley Avenue, et son âge, 40 ans.
Il est maintenant bien facile aux autorités françaises de régler son affaire en disant qu’il a été extrêmement imprudent.
Quelquefois on peut y être, à son insu. l’objet de soupçons, être “filé” et même mis en accusation, comme on peut le voir par l’aventure de deux anglais visitant Paris pendant la Noël 1909, publiée dans le Daily Express du 28 décembre 1909.
Ils entrèrent dans un grand établissement français pour faire des achats, qui se montèrent à la somme de £6 (six-livres sterling) qu'ils payèrent en souverains anglais,
Immédiatement, on leur barra le passage, et le gérant de l’établissement apparut et les fouilla.
Ayant trouvé dans leurs poches £600, il les fit arrêter pa: deux gendarmes, les fit conduire à la gendarmerie, où il les accusa d’avoir passé de la fausse monnaie. On appela un expert, qui déclara ies souverains excellents, et on les relâcha.
Le gérant s’excusa, en disant que, quelques jours auparavant, deux anglais avaient fait des achats pour exactement la même somme de £6, et l'avaient payé en fausse monnaie, (C'était tout “naturel”, pour lui, dit-il, de les soupçonner.
Evidemment, pour la seule raison qu’ils étaient anglais et qu’ils
avaient acheté pour la somme exacte de six livres sterling, on les fit arrêter.
Le Weekly Dispatch du 25 décembre 1910 raconte que l’honorable Mr. Augustin Birrell, M. P. Secrétaire en Chef pour l'Irlande en route pour la Suisse, par Calais et Paris, fut la victime d’un vol audacieux par des filous du continent qui lui enlevèrent son argent et ses bijoux.
Pendant la traversée sur le bateau, il échangea quelques observations avec deux étrangers polis et bien mis. En débarquant à Calais, ils l’accompagnèrent au train pour Paris après avoir fait examiner ses malles.
Après le départ du traia, il s’aperçut que son portefeuille avait disparu, ainsi qu'une épingle à perle de cravate valant une centaine de livres sterling. Il constata aussi qu’on l'avait adroitement dépouillé de ce qu’il avait dans d’autres poches.
Son portefeuille contenait neuf billets de banque de 5 livres sterling chaque et quatre chèques de sommes entre 30 et 70 livres sterling. Or il se trouva avec seulement quelques shillings en argent et quelques sous à son arrivée à Paris où il informa la police de sa perte.
Comme l’Honorable Secrétaire n’avait pas même pris la peine de se renseigner à la Mairie sur le compte des deux étrangers polis avant d’entrer en conversation avec eux, le juge d'instruction chargé de l'instruction de cette affaire aura une bonne occasion de louer l'adresse de ces escrocs et d’accuser l’Honorable Secrétaire d’avoir été imprudent.
En voici un autre du Daily Chronicle du 17 janvier 1911.
LIE A UN ARBRE “Des brigands enlèuent un Américain dans Paris et le volent. (De notre Correspondant.)
Paris, lundi.
“Un américain nommé James Charles Milner âgé de 28 ans, à “eu une aventure extraordinaire après un séjour de deux jours dans
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“Paris. A peine était-il srrivé dans la ville qu’il fut suivi par diffé- “rents membres d'une bande de brigands.
“Pendant qu’il s’informait de la direction de la gare du chemin “de fer, un homme de mise élégante, qui l'avait sans doute reconnu “comme un étranger, lui parla et parut vouloir le renseigner. Cet “homme induisit Milner à monter dans une automobile sous l’impres- “sion qu’il le conduirait à la gare; mais il fut un peu surpris de voir l'automobile s’arrêter devant une maison qui ressemblait à une rési- “dence privée.
“En suivant son compagnon, il se trouva dans un grand appar- “tement rempli d'hommes dont quelques uns parlaient l’anglais. On “lui ordonna de se déshabiller et on lui enleva sa montre d’or ainsi ‘que 5,000 franes qu’il avait sur lui. 11 fut ensuite placé dans une
autre chambre avec cinq hommes pour le garder.
“IL y demeura jusqu’à la nuit, quand lui ayant fait mettre de vieux “kabits, il fut encore conduit à une automobile et fut passé rapide- ‘ment à travers les rues jusqu’à un lieu isolé,
“Ses capteurs le conduisirent ensuite dans un bois ou ils le liè- “rent à un arbre et se sauvèrent. La nuit dernière, des soldats qui “retournaient à leur caserne entendirent des cris dans le bois où ils “trouvèrent Milner dans un état de défaillance, presque mort de froid. “ls le délièrent et lui aidèrent à se rendre à l'hôpital.
Mr. Milner ferait aussi bien de ne pas faire arrêter ces brigands, ils pourraient l’accuser d'espionnage et de les avoir volés et le faire emprisonner, pour se faire dire par le magistrat qu'il a été très imprudent et les brigands très habiles.
(140.) Mangin Bocquet m'a fait plus de mal que Cesbron.
La rencontre de Mangin Bocquet a été pour moi une plus grande infortune que la rencontre de Cesbron.
Les méfaits de ce dernier me valurent d’être retenu à l'hôpital pendant cinq semaines, entouré des meilleurs soins, de sympathie. de sollicitude pour mon bien-être. Les agissements et gaucheries du premier me valurent d’être détenu en prison pendant deux mois et demi, souffrant une agonie physique et mentale continue, dans une atmosphère de soupçon, d’hostilité, de malveillance, et avec l'épée de Damoclès suspendre au-dessus de la tête.
L'exposition prolongée au froid, le manque de soins et de traitement convenable, pendant ma détention en prison, ont fait plus de mal à ma santé et ont eu un plus mauvais effet sur la durée de ma
vie que les balles que j'ai reçues à Bois-le-Roi, et ceci a été fait au nom de la France civilisée.
On pourrait dire, en guise d’excuse, que je ne suis qu’un cas isolé, que j'en ai réchappé vivant, que j'ai obtenu une ordonnance de non-lieu, que j'ai été reçu partie civile, ete., etc. Mais le fait reste, que la même infortune peut arriver aujourd’hui à tout étranger visitant la France, qui pourrait bien ne pas en réchapper vivant, qui pourrait ne pas obtenir de non-lieu pour de fausses accusations portées contre lui, qui pourrait ne pas avoir la facilité de publier les faits véritables de son infortune, et que la même chose peut être arrivée un nombre infini de fois sans que personne en ait jamais rien su.
M. DAYRAS.
Un homme peut interpréter des choses selon sa façon, sans aucun rapport avec le sens de ces choses elles-memes.
SHAKESPEARE, Jul. Caes, I. 3.
M. Dayras est le Substitut du Procureur de la République au Parquet de Versailles. C'est un homme honnête, intelligent, anxieux de rendre justice aux accusés, et de faire son devoir envers le Gouvernement et le public. C’est, en effet, un homme honorable.
Il est naturellement de son intérêt, qui procède de son devoir envers l’Etat, de montrer les différents actes de l'Administration sous un jour harmonieux, nécessaire à la parfaite administration de la justice, et ce devoir peut bien quelquefois l’induire à supporter ou à tolérer certains actes d’autres fonctionnaire. qu’il n’approuverait peut-être pas en dehors de l'Administration.
Ça été sa tâche de préparer le “Réquisitoire Définitif” de l’instruction de cette affaire, et de faire les recommandations nécessaires pour rendre une ordonnance de non-lieu en faveur des inculpés, ou pour les renvoyer au tribunal correctionnel, selon le résultat de l’instraction.
Je donnerai, ici, les points saillants me concernant dans son réquisitoire, et je discuterai ceux sur lesquels nous ne sommes pas d'accord ; car il est permis à deux hommes d’une honorabilité impeccable (car il m'appelle ainsi dans son réquisitoire) de différer dans leur logique, et même dans leurs faits, sans cesser d’être impeccablement honorables.
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En décrivant les manoeuvres employées par la femme Pesnel, il
dit :
“De plus, il fallait que quelqu'un vint la protéger de son hono- “rabilité, pour qu’elle pôt agir avec plus de sécurité; mais il fallait “une honorabilité impeccable, qu’elle mettrait toujours en avant, “devant laquelle on s’inclinerait. Comme elle saisissait à merveillle “qu’un honnête homme ne se prêterait pas, de bonne grâce, à une “telle comédie, il fallait rencontrer quelqu'un qui pât devenir le com- “plice inconscient, qui eût un faible qu'en femme habile elle pût “exploiter. C'est alors qu’elle trouva Hébert.
“Hébert est un homme honorable, médecin distingué et estimé à “Londres; il a la réputation qui convenait pour jouer un pareil rôle ; “c’est un homme d’un calme imperturbable, d'une bonté je crois très “grande, très méticuleux, s’attachant aux petits détails et quelque- “fois s’y perdant, d’une crédulité immense et surtout, il faut le recon- “naître, c’est un homme d'argent dans toute la force du terme... “Nous allons le voir commettre les imprudences les plus grossières, “les actes les plus invraisemblables... tant sa confiance en cette “femme etait grande. .”
“Le 17 juin 1905, le docteur Hébert recevait à Londres une “lettre de Mme Pesnel, qui lui proposait une affaire commerciale “qui consistait dans l'exploitation d’un brevet ayant pour but de con- “server le lait afin de lexpédier frais de France en Angleterre, et “un traité fut signé entre eux.
“Sur ces entrefaites, Hébert s’aperçut que le secret de Cesbron “était un secret de Polichinelle, qui consistait à ajouter au lait un “dérivé du formol pour le conserver. Or, comme il est interdit de “procéder de cette manière, il n’y avait pas à chercher à l'exploiter
“C’en aurait été assez pour toute personne quelque peu méfiante, “mais ce n’était pas suffisant pour arrêter Hébert, qui voyait en pers- “pective un gain de 30 à 40,000 frs par an... Aussi se mit-il à “chercher une combinaison chimique utilisable,”
Il cite une lettre du 12 juin 1906, que je reçus de la Pesnel, dans laquelle el. ne dit que si le mariage de Lalère et de Miss Northcliff réussit. “ii fera tous les fonds de la société, que je pourrais lui servir de tuteur et mettre une clause que ce monsieur mettra les fonds comme associé dans notre affaire de lait.”
Et il continue ainsi :
“Talère fils vint à Londres, et on comprend dès lors à merveille “toutes les imprudences de Hébert, laissant croire qu’il est le tuteur “de Miss Northcliff et, comme je l’ai relaté plus haut, donnant des
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Er
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“conseils sur le placement des fonds, car il entend bien diriger cet “argent dans la caisse enfin constituée de la société au lait.
“Alors se devine et s'explique le rôle du docteur auprès de Sudre, “il cherchait à entraîner celui-ci comme il avait cherché à influencer “Lalère.”
Plus loin, il dit que “la femme Pesnel me persuada de convertir “en argent tous me: immeubles de Londres, après avoir répandu le “bruit auprès de mes intimes que j'allais me marier en Amérique.”
Il dit aussi, en réponse à la question suivante: “Peut-on dire “qu’il ait été le complice de cette femme ?”
“Tout le laiseait supposer, jusqu'a son étrange attitude iors du “dépôt des plaintes Lalère et Sudre, alors qu’il consentait à verser “6,000 frs pour les désintéresser.”
“Durant l'instruction, son système de défense, contraire souvent “à la vérité, notamment lors de sa confrontation avec Me Brunet, “les accusations acharnées de Mme Pesnel ne pouvaient que faire “croire à sa culpabilité.”
“Ce ne fut que de la correspondance déposée par Hébert et de “l’ensemble des faits que finit par surgir le véritable caractère de son “rôle qui peut se résumer en un mot: Il fut en même temps un “instrument entre les mains de Mme Pesnel, et une dnpe; mais rien “ne permei d'établir au’il ait été un complice.”
Je dois dire que, à part le fait d’établir mon innocence des accusations portées contre moi, et l’affirmation que je suis un homme honorable, honnête, (ce que je prétends moi-même aussi bien qu’admettre que M. Dayras l’est aussi) que je suis d’une grande bonté, etc., ete., la description qui m'est attribuée dans cette esquisse n’est pas très flatteuse.
Mais il y a rien de si facile, avec une bouteille d'encre, une feuille de papier, l’aide de faux témoins s’il est nécessaire, et un décret ou une ordonnance que deux “riens” et deux “riens” font quatre “quelque-choses”, que de construire une histoire plausible en faisant montagne de toute taupinière qu’on rencontre, en décernant des noms prodigieux et grardioses, en combinant les faits et la fiction, et en les décrivant dans un langage romanesque qui souvent obscurcit la raison, il n’est rien de si facile, dis-je que d’attaquer la réputation d’un homme, principalement si l’on omet ou amoindrit ce qui peut être en sa faveur; mais la question importante est: Ces spéculations sont-elles d'accord avec le faits ?
11 y a, dans cette diatribe, un grand nombre d’affirmations que M. Dayras n’a pas pris la peine de vérifier. La raison en est qu’elles sont trop nécessaires pour soutenir sa théorie, pour ne pas les croire.
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ire souvent Me Brunet, que faire
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rations que est qu’elles les croire.
ou même pour les souiller du moindre doute. Ce ne sont que de simples détails et M. Dayras dirait peut-être qu'elles ne sont d'aucune importance. Ce ne seraient que de simples détails, si elles n'étaient pas des affirmations entraînant quelque chose d'important; mais elles sont un sine qua non de sa théorie, qui s'écroule, si ces présomptions insinuantes sont démontrées fausses.
Mais M. Daÿras avait un devoir à remplir, il avait à présenter, au monde civilisé, une excuse pour l'arrestation d'un homme calme, honnête, d’une honorabilité impeccable, médecin distingué et estimé, d’une très grande bonté, victime d’une lâche tentative de meuttre; pour le détenir sous verrous pendant deux ou trois mois, dans une condition physique entre la vie et la mort, tandis qu’il aurait dû être dans une chambre de malade, entouré de soins, et pourvu d’un traitement médical ; et pour le soumettre à l’inhumanité d’une inquisition brutale.
M. Dayras avait à présenter quelques excuses pour les bévues de Mangin ” vcquet comme membre de l'administration et, que ces excuses fussent logiques ou non, il fallait les forcer à remplir ce service ; que les preuves fournies pour les étayer fussent valides ou inspirées par des préjugés, il fallait les adapter à cette fonction.
D'ailleurs, il n’y a rien de si facile que de se persuader qu’une théorie, qu’on a pris la peine d’avancer, est vraie, Mangin Bocquet m'aurait sacrifié et fait condamner simplement pour couvrir ses bévues et gagner la notoriété qu’il convoitait, et tout aurait été dit ; mais M. Dayras était trop honnête pour me voir souffrir une prine que je ne méritais pas, Il employa contre moi des allégations f: + ses qu’il crut vraies et qu’il ne prit pas la peine de vérifier. Mar 4 Bocquet savait que les allégations dont il se servait étaient fausses, parce qu’il en avait avancé lui-même plusieurs. Mais, après m’avoir sauvé d’une condamnation injuste, imméritée, il avait à sauver l’administration des erreurs de ses fonctionnaires. Nous allons voir comment il s’y prit.
Son principal but fut de me faire passer pour imprudent, et de faire croire que j'avais été moi-même la cause de 110n infortune, par ma “crédulité immense” et ma grande confiance en la femme Pesnel. Pour y réussir, il prétendit, avec quelles preuves, nous allons maintenant le voir :
lo. Que j'avais la plus grande confiance dans la femme Pesnel et que, par conséquent, j'étais d’une crédulité immense, et très imprudent.
20. Qu'elle me persuada de convertir en argent tous mes immeu-
190 UN SUANDALE FRANÇAIS
bles de Londres, après avoir répandu le bruit parmi mes intimes que j'allais me marier en Amérique.
30. Que le procédé de Cesbron était un secret de Polichinelle et que j'aurais dû l’abandonner immédiatement.
40. Que ma soif pour l'argent, qu’il appelle un faible, m'induisit à laisser Lalère croire que j'étais le tuteur de Miss Northcliff et à donner des conseils sur le placement des fonds, afin de diriger cet argent dans la caisse de la société au lait,
50. Que mon système de défense, à ce qu'il dit, a été souvent contraire à la vérité, notamment (c’est le seul exemple qu'il donne) lors de ma confrontation avec Brunet; que je m’attt ‘hais aux petits détails dans lesquels je me perdais quelquefois, et que les fausses accusations acharnées de Mme Pesnel ne pouvaient que faire croire à ma culpabilité.
60. Que je consentis à verser 6,000 frs pour désintéresser Lalère et Sudre.
To. Que & re fut que de la correspondance déposée par moi que surgit le caractère de mon rôle, qui fut celui d’instrument et de dupe; mais que rien ne permettait d'établir que j'aie été un complice.
Toutes ces suppositions, sur lesquelles M. Day: 3 base sa théorie de ma prétendue imprudence et de mon apparence de culpabilité, cela dans le but de défendre l'administration et Mangin Bocquet, sont fausses, comme nous allons le voir à l'instant. En effet, l’imprudence est de leur côté, la ‘“crédulité immense”, comme je le ferai voir clairement, est la leur; les affirmations contraires à la vérité sortent de leur propre bouche.
Il n’est pas très rare, pour une personne coupable, d’en accuser une autre du crime ou de l’offense qu’elle a elle-même commis; de même pour un juge qui attribue ses erreurs à ses victimes, car cela lui est doublement facile, puisqu'il peut le faire par l’arrêt ou l’ordonnance qu’il peut imposer par emprisonnement. Mais ce n’est pas de la logique bien fondée.
lo. Ma prétendue imprudence et crédulité.
Ça faisait parfaitement l'affaire de M. Davyras de présumer que j'avais la plus grande confiance en la fcmme Pesnel; mais les faits n’étayent pas cette opinion. S'il eût été nécessaire pour la théorie de M. Dayras de supposer que je n’avais aucune confiance en elle, il aurait pu trouver plus de raisons pour prouver cette version.
L’ocension où je me présentai au Crédit Lyonnais, lundi 1er octobre 1906, pour leur demander de téléphoner à leur agence de
intimes que Polichinelle
le, m'induirthcliff et à diriger cet
été souvent u’il donne) aux petits les fausses faire croire
sser Lalère
ée par moi ment et de n complice.
> sa théorie abilité, cela cquet, sont imprudence voir clairesortent de
’en accuser ommis; de car cela lui ou l’ordon- ’est pas de
‘sumer que is les faits la théorie en elle, il n.
Jundi 1er agence de
Londres de ne délivrer aucune valeur ou titre en mon nom et de ne payer aucune somme sur mon cempte à qui que ce soit, (ayant en vue la femme Pesnel,) jusqu’à mor retour à Londres, et le fait de répéter ce message par télégraphe, prouvent le contraire de l'affirmation de M. Dayras et montrent combien était injustifiable le langage exagéré dont il fit usage en décrivant la prétendue confiance illimitée qu'il me supposait avoir en elle.
Le fait que je ne voulus pas me fier à elle pour me donner des noms de références, et que j'allai à la mairie de Versailles pour prendre des renseignements sur elle et sur Cesbron prouve aussi que je n’avais pas en elle cette confiance qu'il plait à M. Dayras de présumer.,
En effet, sans ces renseignerients favorables à Cesbron et à Pesnel, que je reçus à la mairie, je ne serais pas retourné une seconde fois à Versailles et, par conséquent, je n'aurais rien fait pour les aider à se débrouiller avec la police. Bientôt après, cependaut, j'en revins encore à mes soupçons de leur duplicité, et je ne munquai pas de le leur faire savoir, ce qui a peut-être pu précipiter leurs desseins de m’assassiner,
Elle m’a dit un grand nombre de choses que je n'ai pas crues; pourtant M. Dayras se croit bien certain que je n'ai rien soupçonné mais en cela comme en plusieurs autres choses, il est un peu naif, M. Dayras. 11 ne voit pas que c’est parce que je n'étais pas assez erédule et assez confiant et que je voulais vérifier leurs histoires qu’ils ont tenté de m’assassiner.
I1 ne s'ensuit pas que je l’aie crue, quand elle me donnait de fausses excuses pour ne pas me rendre nes documents, bien que je m'efforçasse encore de les recouvrer, car cela ne me les aurait pas rendus de lui dire qu’elle mentait.
M. Dayras parait tout-à-fait certain qu’il aurait su immédiate. ment quoi faire devant les tergiversations de Pesnel, J'avoue franchement que je ne le savais pas. M. Dayras semble penser qu’il n’y avait qu’à s’apercevoir qu’elle mentait pour que mes documents me tombassent dans les mains spontanément, Ce n’était pas la confiance que j'avais dans le couple qui me ‘aisait le suivre, ni mon anxiété de rencontrer Mary Smith, sauf pour en obtenir la clef du coffre-fort, si elle l'avait, et pour lui demonder les renseignements que la Pesnel me dissimulait. C’était, en’ore une fois, pour avoir l’occasion de remettre la main sur ces documents, dans l'intention de m’en retourner à Londres aussitôt que j'aurais pu des recouvrer; et, afin de retrouver cette occasion, je vis qu’il était nécessaire d'entrer dans ses projets et de paraître approuver ses propostions, car je m’aperçus que toute
opposition sans réserve à ses plans aurait détruit toute chance de ravoir mes documents, de sorte que je fus obligé de la laisser espérer beaucoup de choses que je n'avais pas l'intention de faire.
Il n’y avait pas, non plus, preuve de tant de confiance en elle qu’il le paraîtrait, à lui laisser emporter mes documents; car ils étaient tous enregistrés, et ne pouvaient être d'aucune utilité pour elle sans ma signature en due forme; à moins que je ne disparusse « qu’elle pût contrefaire ma signature en faux. Je ne pouvais pas croire qu’elle voulût garder mes documents simplement pour me donner de l’ennui; je savais que, tant que je serais là, elle ne pourrait pas s’en servir à mon préjudice, ni m'escroquer.
Je ne la considérais pas si habile que le faisait M. Dayras, car je ne voyais pas tant d’habileté que lui à mentir et } assassiner, ce que tout scélérat sans scrupule peut faire. Elle m'écrrit les lettres les plus maladroites de la prison de Fontainebleau, si on les regarde au point de vue de son intérêt. Eiles ne lui servirent à rien, mais constituèrent une des meilleures confirmations de son imposture, et éclairèrent complètement les jurés de Melun, qui doutaient qu’elle employât tous les mo;ens pour en imposer au Tribunal. Elle n’a pas été assez habile pour éviter de se faire emprisonner plusieurs fois et de passer la moitié de sa vie active en prison.
Beaucoup d'enfants peuvent mentir aussi effectivement qu’elle le fait. La même audace, les mêmes manoeuvres trompeuses se rencontrent souvent chez des esprits bien inférieurs.
J'avoue que je n’ai pas soupçonné leur projet de m’assassiner avant le moment de la tentative de meurtre sur ma personne; mais on ne pourrait, en aucune manière, soutenir logiquement que c’était une preuve de confiance en elle, ni que j'avais été imprudent.
Sans doute, les gens prudents éviteront dans la vie plus d’embûches que les autres; mais il y a des accidents qui sont inséparables de la nature de notre système social. Nous avons, par nécessité, à placer une certaine confiance dans les autres, dans nos relations avec eux, et il y a toujours une possibilité de se faire tromper par ceux qui veulent tirer avantage de cette confiance ; mais il est nécessaire de protéger ce degré de confiance, dont dépend le maintien de la société, et c’est le devoir de l'Etat de punir ceux qui pêchent contre cette obligation envers la société, au lieu de les en louer et de se moquer de leurs victimes.
Certains négociants, par exemple, sont obligés de faire crédit sur des références, souvent très ambiguës, ou d’abandonner leurs clients à des cumpétiteurs qui accepteront les risques.
Un médecin est appelé de nuit, pour un cas de grande urgence:
chance de ser espérer
ce en elle 8; car ils tilité pour sparusse € puvais pas
pour me 1e pourrait
Jayras, car assiner, ce les lettres es regarde rien, mais posture, et ent qu’elle lle n’a pas s fois et de
ent qu’elle ses se ren-
\’assassiner nne; mais que c'était t.
plus d’emiséparables iécessité, à ations avec r par ceux cessaire de la société, ontre cette moquer de
aire crédit nner leurs
e urgence:
ce peut n'être qu'un projet pour lui dre ser un guet-apens dans un passage obscur où on veut :'assassiner.
Toutes les fois que nous allons chez le barbier, nous lui donnons l’occasion de no« couper la gorge sans obstacle, Je ne pense pas que le barbier qui le ferait soit étonnamment habile, ni l'homme qui irait chez lui pour se faire rascr, excessivement imprudent,
Chacun place ce degré-là de confiance en autrui, pratiquement, tous les jours de sa vie: cependant, M. Dayras ne voit rien de ces choses là, mais il sait que le négociant n'aurait pas dû faire crédit; le docteur n'aurait pas dû sortir cette nuit-là; tout homme devrait se raser lui-même, M. Dayras saurait, par exemple, quand un homme s'est ft tuer dans un accident de chemin de fer, qu'il aurait dû voyager en bateau, et lorsqu'un autre malheureux se noie à l'occasion d’une collision en mer, M. Dayras ‘comprendrait à merveille” que cet imprudent aurait dû avoir la sagesse de voyager en chemin de fer. Ce que M. Da:ras ne sait pas, c'est de distinguer entre la sagesse qui surgit après un évènement et celle qu'on peut raisonnablement exiger de la considération de toutes les possibilités d'une occurrence future,
La plus grande imprudence que j'ai commise, c'est d’avoir présumé que certains individus incompétents de l'administration française avaient la capacité et l'honnêteté de distinguer entre la vérité simple et la fausseté évidente, et de me donner justice. Si j'avais soupconné leur incapacité et étais allé directement à Londres, au lieu d'aller à Paris, pour être protégé, j'aurais au moins évité leurs traitements barbares,
Pour ce qui est de ma “cemplicité inconsciente”, et d'avoir été un instrument dans les mains de Pesnel, un exemple singulier eut lieu récemment à Paris, dans lequel le commissaire de police fut aussi un “complice inconscient” et un “instrument” dans la production d’un “canard” audacieux à la Maison Laffite; J'en reproduis ici le récit du Daily Chronicle Au 5 mars 1909 :
“Canard Parisien”. — Un imitateur français du fameux
Capitaine de Koepenick. — Incursion dans un club riche.
Paris, jeudi.
“Un imitateur français du fameux capitaine de Koepenick a “amené récemment un cou; : ‘re à la Maison Laffite, eluh “fréquenté par de grands fi n°1 et autres, et lieu de beaucoup “de jeux de hazard.
“L’année dernière, la police fit une incursion dans le club; mais
“comme les membres avaient été avertis, on ne les surprit à rien de “plus sérieux qu'une innocente partie de dix.
“L'autre jour, lorsque les tables de jeu étaient remplies, un “monsieur d'apparence élégante, avec six compagnons, apparut sur “la scène. Le guide, s'adressant aux joueurs, s'écrin: Je suis com- “nussaire de police, et, au nom de la loi, j'interdis à tout le monde “de quitter la maison.”
“JL y eut beaucoup de consternation. La “police” procéda à l’o- “pération de fermer les portes à clef, pendant que leur guide, le “commissaire”, recueillait tout l'argent sur les tables, qui se montait, “} peu près à vingt-cinq mille frs.
“Après avoir pris les noms et les adresses de toutes les personnes “présentes, d’une manière officielle, des plus sérieuse et des mieux “approuvée, il leur annonça qu’on instruirait des poursuites contre “tous ceux qu'on avait trouvés là. En réponse à plusieurs qui le priè- “rent de les laisser aller, le “commissaire” leur du, qu’il n'avait, lui, “qu’à faire son devoir. Ensuite, il se retira.
Comme aucur. d'eux ne reçut d'avis de poursuite, ils se décidèrent à aller trouver le commissaire de police, et à le prier de laisser l'affaire tomber dans l'oubli.
Quel ne fut pas leur étonnement, quat se trouvèrent à même de constater que le commissaire de police & * “fonctionnaire” qui avait visité le club étaient deux personnes di ‘rentes! En effet, le commissaire réel ne connaissait rien du tout « l'affaire, et il est maintenant induit à faire la chasse à l’auteur de ce canard amusant et audacieux.”
Dans cet exemple, il aurait été aussi logique de présumer que le commissaire de police, qui ne savait rien de l'affaire, avait la plus grande confiance en cet imposteur, de l'arrêter, et de le détenir en prison pendant deux mois et demi, pour faire une enquête sur le degré d’imprudence et de responsabilité dont il s’était rendu coupable, et pour la “ecmplicité inconsciente” et le rôle d’instrument qu’il avait joué dans l'affaire. De plus, le contraindre à désintéresser les joueurs de leurs pertes, avant de le remettre en liberté.