‹ Un scandale français [microforme]Chapitre 41 sur 45 · Lyp procédé de conservation du lait de Cesbron · texte numérisé non relu

Lyp procédé de conservation du lait de Cesbron

Le procédé de conservation du lait par Cesbron n'était pas un secret de Polichinelle, car il répond parfaitement bien aux besoins du négociant, même s’il y a quelque doute sur l'effet qu'il peut avoir sur le consommateur; et. bien qu'il soit défendu par la loi, en France, d'employer le formol comme préservatif d'aliments. on l'emploie, en France, au moins autant qu'en Angleterre, où il n'est pas défendu,

Plus de la moitié de tout le lait conservé vendu en France, e:t conservé avec du formol, sous le nez des autorités qui s'évertuent à l'empêcher, et à qui on le vend quand même,

Evidemment M. Dayras ne connaît pas grand'chose de la conservation du lait, et c’est probablement la raison pour laquelle il est si dogmatique, au sujet de l'abandon de la proposition de (C'esbron, parce que son procéué contenait du formol; mais nous connaissons déjà tous ces gens habiles après coup. et la facilité avec laquelle ils peuvent fabriquer un prétendu fait qui leur convient.

Même en suposant que le procédé de Cesbron eût été un secret de Polichinelle, la correspondance qui avait passé entre Cesbron et moi. et que M. Dayras avait dans le dossier, prouvait que j'avais découvert un procédé moi-même, pour conserver le lait sans formol, C'aurait gâté entièrement l'argument de M. Dayras de faire mention de ce fait. vu qu'il n'aurait pas pu classer mon attitude en cette affaire sous l'étiquette: erreur grossière, ou acte invraisemblable ; car tout homme d'expérience aurait pu voir combien il eût été illogique d'abandonner une transaction qui aurait pu réussir, quand j'avais moi-même trouvé un substitutif exempt du formol interdit. Seulement ceux qui ne Sy connaissent pas plus en affaires que M. Dayras, abandonnent tout À la première difficulté apparente et ils concluent que tous les autres devraient faire comme eux.

Le rejet de la proposition de Cesbron pour cette raison, dans ces circonstances, aurait été absurde; car je me trouvais placé dans une condition plus favorable qu'auparavant, dans l'affaire: mais,

selon M. Dayras, vous n'avez qu’à tout abandonner, et vous n'aurez jamais d’ennui.

11 aurait pu ajouter: il ne faut jamais aller en Allemagne, ni parler à un Allemand, et vous éviterez qu’on vous accuse d'espionnage au service de l'Allemagne contre la France; mais mon opinion est qu'aucune mesure préventive n'empêchera un juge d'instruction ambitieux qui a en vue son avancement, de soupçonner une affaire d'espionnage chez un étranger qui en est accusé par le plus vil des criminels, et même par un perroquet.

On peut encore observer un autre raisonnement absurde de la pert de M. Dayras, qui est aussi une peinture de la logique bât de employée dans son réquisitoire, où il affirme que non seulement on enverra le lait en Angleterre, mais même en Suisse! ce qui, naturellement, a fait rire tous les gens malins. Mr. Justice Darling lui-même, après avoir lu le réquisitoire fut vivement impressionné par le long trait d’exelamation qu’il trouva à la fin de la phrase, et il compara l'idée, très à propos, sans doute, à celle de transporter du charbon à Newcastle, après l’avoir acheté à bon marché à Londres.

J’ai déjà cité, page 8, une lettre datée du 27 mars 1906, que j'ai reçue des Cesbron, dans laquelle ils disent qu’ils pensent qu'il y a aussi quelque chose à faire avec la Suisse.” Il n’y avait pas ici de “long trait d'exclamation.”

Ils ne disent pas du tout qu’ils se proposent de vendre du lait en Suisse; au contraire, ils écrivent sur le sujet de l’organisation de l'affaire du lait; ils disent qu’on leur demande de faire un essai, et qu’ils doivent donner réponse; ils veulent savoir si je combine à l’état liquide ou autrement, et demandent que je leur envoie une petite quantité toute faite ou la formule,

I n’y a pas un mot dans la lettre au sujet de vendre du lait en Suisse, et il est évident, en la lisant, qu’on propose la Suisse comme ne source d’approvisionnement, en plus ou au lieu de la Normandie. où deurs efforts n'avaient pas eu autant de succès qu’ils s’y attendaient, et ils suggèrent qu'ils y avaient trouvé d’autres capitalistes qui désiraient connaître quelque chose du procédé de conservation en question.

Je soupçonnais, moi, que le but réel des Cesbron était d’obtenir de moi un échantillon, qu’ils essayeraient de copier, et j'ai refusé leur proposition; mais je leur offris d’aller à Paris pour produire du lait conservé en présence des capitalistes, #’ils voulaient payer mes dépenses de voyage. On n’a pas accepté mon offre.

Rien autre chose n’a été dit entre nous, à aucune autre époque, au sujet de la Suisse; et je demande à quelle conclusion nous devons

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en “enir. M. Dayras plaisantait-il? Ou bien n'était-il pas disposé à suivre “les petits détails”, afin de comprendre ce dont il parlait? Voulait-il embrouiller les choses pour mystifier quelqu'un délibérément, ou bien cherchait-il la première excuse venue pour couvrir l’administration, en essayant de me faire paraître ignorant ?

De toute manière, ce ne sont pas les conseils bonasses et cocasses de M. Dayras, sur la validité d’un procédé de conservation du lait ou sur la probabilité de succès ou d’insuccès, que je suivrais, si j'entreprenais une affaire de lait.

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