‹ Un scandale français [microforme]Chapitre 42 sur 45 · Mon prétendu faible pour l'argent · texte numérisé non relu

Mon prétendu faible pour l'argent

11 n’est pas vrai que j'aie donné des conseils pour diriger l'argent de Lalère dans l’affaire du lait, ou que j'aie eu semblable intention.

Dans une conversation que j'ai eue avec M. Dayras à ce sujet, je lui dis que j'aurais considéré comme inconvenable de ma part de conseiller Lalère ou Sudre, ou de leur imposer cette condition qu'après leur mariage ils dussent fournir de l'argent pour l'affaire du lait. M. Dayras me répondit qu’il aurait été tout-à-fait légitime pour moi de le faire. Néanmoins, je pense encore que ce n’aurait pas été bien et je n’ai jamais mentionné l'affaire du dait à Lalère, ni à Sudre, et il n'est nullement mentionné dans leur témoignage que je l’aie fait.

La femme Pesnel m'avait suggéré de le dire à Lalère, et je lui répondis que je ne le ferais pas; ca uisqu’elle avait entrepris de trouver des capitalistes, elle ne devait pas compter sur moi pour persuader à quelqu'un de placer son argent dans l'affaire. Pour cette raison, j'ai évité avec soin de dire un seul mot à Lalère au sujet de l'affaire du ; à moins qu'il en parlât lui-même, le premier, et parût désirer joindre à l'entreprise ; de sorte qu'il ne fut jamais fait mention entre nous de l'affaire du lait, ni entre Sudre et moi non plus.

Je ne voulus pas non plus consentir à la proposition de Cesbron dans d’une de ses lettres, de former une société en participation et de s’adresser au public pour les fonds, de sorte que l'affaire du lait ne me rendait pas assez avide de profits, pour m’induire à faire quelque chose de blâmable, comme il a plu à M. Dayras de le représenter, et il est plus que probable que je ne suis pas plus avide d'argent que M. Dayras lui-même bien que je puisse être plus méthodique.

Il n’est pas vrai non plus, que j'aie laissé Lalère croire que j’étais le tuteur de Miss Northcliff. Je lui ai dit clairement, comme je l’ai déclaré auparavant, et je l'ai fait avec autant de force que M. Lalère, ou M. Dayras lui-même, l'aurait probablement fait dans les mêmes circonstances; mais si Mangin Bocquet a mie près de trois

mois à s’apercevoir que je lui avais dit que j'étais innocent, bien que ce fût écrit dans le dossier depuis le commencement de l'instruction, même en présumant que Lalère possédât la même vitesse de concept:on que le malin Mangin Bocquet, il est évident que vingt minutes n'étaient pas un temps assez long pour l’éveiller de son état d'hypnotisme.

M. Dayras regardait l’imposture pratiquée sur Lalère par la femme Pesnel comme une preuve de ma confiance en elle, parce qu'elle fit usage de mon nom, à mon insu, pour lui en imposer, et il présume que j'étais responsable pour la confiance que Lalère plaçait dans les dires de cette femme lorsqu'il vint chez moi, et que, pendant les vingt minutes qu'il passa chez moi, il étai incontestablement de mon devoir de percer le mystère de son obsession, et de l'en délivrer à l'instant, ce qu’eux-mêmes n’ont pu accomplir qu’à demi dans l'espace de plus d’un an, avec tout l’attirail de la loi, l’emprisonnement, les ruses et les manoeuvres du juge d'instruction. Voilà ce que M. Day appelle ma grande imprudence, et les erreurs grossières que j'ai commises. Il ne demandent pas beaucoup aux étrangers, ces fonctionnaires français, n’est-ce pas ? Ne serait-ce pas tout aussi sensé ou tout aussi insensé de dire que M. Dayras, lui-même, aurait du avertir Lalère que la femme Pesnel lui en imposait.

Pourquoi M. Dayras n’a-t-il pas trouvé lui-même en vingt minutes que j'étais innocent, au lieu de prendre six à sept mois pour le faire ? Pourquoi n'at-il pas trouvé la culpabilité de la femme Pesnel en vingt-minutes, au lieu de prendre dix-sept à dix-huit mois ?

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