‹ Un secret de familleChapitre 21 sur 33 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CÉCILE assise, M"" DE LUCY, arrivant par la gauche.

M AD . DE LUC Y , apercevant de loin Cécile ,

à elle-même. Toujourstriste et rêveuse! oh, mon Dieu, le sacrifice était pourtant bien complet et bien sincère!., me serais-je donc trompée?., je lui ai donné plus que ma vie... n'aurais-jc rien fait pour son bonheur?.. {Elle s'approche doucement du banc.) Cécile I

CÉCILE , se levant vivement. Ah ! ma mère !

MAD. DE LUCY. Demeure, je vais m'asseoir auprès de toi, reste-là!., que nous causions ensemble comme autrefois...

quand tous tes petits secrets de jeune fille ne demandaient qu'un regard de tH mifO pour s'éch&ppei' de tott coeur.

VN #£CaËT D£ FÂUILL£.

CÉCILE 9 assise près de sa trière^ et repoussant ses caresses. Mes secrets!..

MAD. DE LUCY. Oui!.. Et maintenant tu en as un j'en suis sûre , ce n'est pas moi que tu pourrais tromper, moi qui lis dans ton âme comme dans la mienne.

CÉCILE, faisant un mouvement. Ah!..

MAD. DE LUCY. Moi, qui, depuis seize ans, n'ai pas eu une pensée, n'ai pas formé un vœu qui ne fût pour ma fdle bien aimée!., oh oui, bien aimée!., tu ne sais peut-être pas tout ce dont une mère est capable ?.. tu ne sais pas tout ce qu'd y a de bonheur pour elle dans le sourire de son enfant , tout ce qu'il y a de peine et de serremens de cœur dans sa défiance et sa tristesse?., oh, ne me cache rien, confie tout à ta mère, parle, je t'en supplie! qu'as-tu ?

CÉCILE, se jettant dans ses bras. Ma mère.

MAD. DE LUCY. Eh bien?

CÉCILE. Ma bonne mère!., ah oui...

vous m'aimez, ce sont bien là ces douces paroles, ces accens du cœur auxquels je n'ai jamais su résister, je suis toujours votre Cécile.

MAD. DE LUCY. En aurais-tu douté ?

CÉCILE, avec hésitation. Moi? non!..

(Sa mère la regarde.^ Non, jamais!

MAD. DE LUCY. Prouve le moi donc, en me faisant partager ton chagrin.

CÉCILE, troublée^ Mon chagrin?., mais jje n'en ai pas... je ne peux pas en ayoir! chérie par vous... qui pourrait le causer? non!., vous le savez, dans les situations les plus heureuses, il est des jours de mélancolie, d'abattement, dont soi-même on ignore le motif, c'est dans l'air... dans le caractère, qu'importe ?.. pourvu que ce ne soit pas dans le cœur.

MAD. DE LUCY, d'un air de doute. Cécile!

CÉCILE , s^ efforçant de sourire. Tenez , regardez-moi, vous le voyez, c'est déjà passé...

MAD. DE LUCY. Oui!., tu t'cfforces de sourire, et des larmes sont dans tes yeux.

CÉCILE, essuyant' vivement ses yeux. Des larmes?., oh, vous savez bien que je suis encore une enfant, je ris, je pleure, et je serais souvent aussi embarrassée de rendre compte de mon sourire que de mes larmes.

MAD. DE LUCY, d part. Je croyais pourtant les avoir toutes gardées pour moi !.

CÉCILE , se levant et prenant la gauche. Adieu... ma mère.

MAD. BB iUCY> la niihm. Où ras-tu-

CÉCILE. Mais... je rentre.

MAD. DELUCY, 56 levant. Et voilàcomme tu me quittes !.. {Cécile prendsa main qu^ elle couvre de baisers. ) Prends garde , mon enfant, un caprice a souvent détruit le* bonheur de la vie !

CÉCILE, blessée. Un caprice?., ah! je n'ai pas de caprices.

MAD. DE LUCY. Peut-etre n'y fais-tu pas attention? peut-être ne te rends-tu pas compte de ta conduite, mais tu n'es plus la même avec tout ce qui t'entoure : tu nous évites, tu nous fuis, ton mari luimême...

CÉCILE, vivement. Se serait-il plaint de moi?

MAD. DE LUCY. Oh non ! mais il s'a «lige, comme ta mère, il déplore ce manque de confiance qui lui fait craindre pour l'avenir... ah, Cécile... ma fille... quand il dépend de toi de nous rendre tous... (Jvec effort.) Heureux...

CÉCILE, amèrement. Heureux?., vous savez bien , vous , ma mère , que cela n'est pas possible, que cela ne sera jamais possible!..

MAD. DE LUCY , étonnée. Que dis-tu ? que signifie ce trouble, ce découragement réponds-moi donc, que tu est cruelle..! Tu vois bien que tu as un secret, et que tu le caches à ta mère ?. .

CÉCILE. Oh, mon Dieu!., comme vous me pressez, comme vous me tourmentez vous voulez donc tout savoir: Eh bien..! ce qui vous étonne en moi, m'étonne aussi, oui... je ne suis plus la même... mon caractère est changé , il est devenu bizarre, capricieux, comme vous le disiez tout-à-l'heure , ce qui me plaisait , ce que je désirais avec le plus d'ardeur, me déplaît à présent, je suis injuste sans doute? j'ai voulu me vaincre ; depuis quinze jours, j'ai lutté... tous mes efforts ont été inutiles jugez maintenant, jugez si de tels sentimen's peuvent tarder à en faire naître de semblables chez celui qui les inspire, jugez si je dois être odieuse à Léopold...

MAD. DE LUCY. Toi?., oh, Cécile !...

CÉCILE. Le voilà mon secret! vous n'avez pas voulu qu'il mourût avec moi; vous me l'avez arraché!.. Vous ne m'interrogerez plus maintenant, vous ne vous étonnerez plus ; vous me plaindrez!., voilà ce que j'éprouve, voilà pourquoi la pauvre Cécile ne peut rien désormais pour le bonheur de personne!..

MAD. DE LUCY. Je ne saurais te coiaprendre.,.

LE MAGASIN THÉÂTRAL

Page 1