M- DE LUC Y, CÉCILE, LÉONARD, LÉOPOLD
, LÉONARD , dans la coulisse. Par ici , mon cher Léopokl,par ici.
CÉCILE. C'est lui ! laissez-moi m'éloigner.
MAD. DE LLCY, l'arrêtant. Oh, ne le fuispas,je t'en prie!., écoute-le, c'est ton deyoir ; et bientôt sa douce parole aura dissipé la fâcheuse impression qu'un mot, peut-êtn; mal interprêté, a laissée dans ton esprit; car il t'aime, lui!., oui, il t'aime !.. tu peux t'en fier à ta mère.
LÉOIMARD, entrant en scène avec Léopold. Je ne me trompais pas : voici ces dames, (^A demi-voix.) Quand je dis ces damés, je ne sais pas trop pourquoi je mets cela au pluriel; la maladie de ma nièce a eu des suites bien contrariantes pour tous, mon bon ami...
LÉOPOLD, à madame de Lucy. Vous , au jardin, madame!..
CÉCILE , à part. Je tremble , je frémis à sa vue !
LÉOPOLD, à madame de Lucy. Vos amis peuvent donc désormais ne plus concevoir d'inquiétudes sur une santé qui leur est si chère ?
MAD. DE LUCY. Je me sens tout à fait bien.
LÉOPOLD. Sûrs que vous nous accompagnerez, nous pouvons donc, Cécile et moi, accepter l'invitation de bal que je viens de recevoir ?
CÉCILE. Un bal?., ne comptez pas sur moi; je ne danse pas... je ne veux pas danser.
LÉOPOLD. 11 y a quinze jours, à peine, c'était le plaisir que vous préfériez.
CÉCILE. Eh bien, j'ai changé... car on ne me ferait pas danser. . . pour rien au monde.
LÉONARD. Il me semble, ma petite Cécile, que, depuis ton mariage, tu ne l'es pas beaucoup fatiguée au bal, et que celuici pourrait, à la rigueur, te servir de bal
de noce.
CÉCILE. Je vous répète que je ne danserai pas.
LÉONARD. Cependant...
LÉOPOLD. N'insistez pas, monsieur, je vous en prie; ce qu'on accorde sans effort peut-être agréable, mais ce qu'il faut arracher par la prière t:t par une pénible instance n'a plus aucun prix à mes yeux.
MAD. DE LUCY. Lcopold ne prenez pas
trop vivement le refus de Cécile : quand vous êtes arrivé, elle me faisait part d'une indisposition.
LÉOPOLD, vivement et passant entre Léonard et Cécile. Serait-il vrai?., vous, Cécile , souffrante!..
CÉCILE. Mais non, monsieur, non! ne croyez pas ma mère... jamais je ne me suis mieux portée. «^
MAD. DE LUCY, très doucement. Si fait , tu es malade... pas sérieusement, j'en ai l'espoir... car, si tu veux écouter ta mère, ton mal sera bientôt guéri.
CÉCILE. Je ne sais ce que vous voulez dire, \ moins qu'il ne soit bien reconnu que le refus d'un bal est une maladie.
MAD. DE LUCY, d'un ton suppliant. Cécile!..
LÉOPOLD , tristement. Vous le voyez madame, Cécile serait fûch e qu'on pût altribucr sa résolution à un motif autre que sa volonté.
CÉCILE. J'ai du moins le mérite de ne savoir, ni de vouloir tromper.
LÉONARD. Ah ça, qu'est-ce que tout cela signifie?., c'est tout au plus si vous êtes mari et femme (et quand je dis tout au plus je m'entends.) et déjà vous vous chamaillez comme si vous aviez fait ensemble une traversée de deux ans!
LÉOPOLD. C'est moi qui ai tort, monsieur, moi seul ; j'ai eu le malheur de proposer quelque chose à Cécile; mais dorénavant je promets bien de lui éviter une semblable contrariété : je m'abstiendrai de toute prière et de toute proposition.
CÉCILE. Eh bien, oui, monsieur, c'est cela!., vous m'obligerez; car enfin que me veut-on? que me demande-t-on? je ne vais pas vous troubler, moi;, je ne me plains pas de vous, qu'on me laisse!., puisque mon caractère et ma personne ne peuvent que blesser et importuner !
BRIOLET, entrant. Madame d'Aubray attend madame dans son appartement.
CÉCILE. Madame d'Aubray!.. ah, je vais...
MAD. DE LUCY, l'arrêtant. Non, mon enfant; reste, reste ici... je t'en conjure!, c'est moi qui vais la recevoir... .\1. Léonard me donnera la main.
LÉONARD. De tout mon cœur.
MAD. DE LUCY, bas à Léonard. Quelques momens d'entretien avec son mari lui rendront le calme.
LÉONARD, bas. C'est cela!., un tête-àtête entre deux jeuues époux, qui ne le
SI
tJN SECRET DE FAMILLE.
sont pas encore , ça arrange bien des choses.
lis sortent.