‹ Un Séjour à l'île de Saint-PierreChapitre 3 sur 8 · PI. III · texte numérisé non relu

PI. III

BiUdLjuc Jcs bains.

Même date, lo heures du matin.

Les vacances s'annoncent bien. Une agréable surprise nous était réservée au début de la journée. A huit heures du matin, nous étions dans la chambre à manger, en train d'engloutir le beurre trais, le pain et le lait de notre hôte, lorsque la porte s'ouvrit, pour laisser entrer un homme petit de taille, d'allure affable et cordiale. Jamais nous ne nous serions doutés de son âge. Ayant passé les quatre-vingt-quatre ans, il parassait en avoir soixante, soixante-cinq au plus. M. Verenet, — c'est son nom, — est un intrépide amoureux de l'île de Saint-Pierre. (PI. IV.) Il lui a voué son cœur et son temps. Depuis seize ans, il en a vécu huit dans la maison du receveur, ou plutôt dans les bois, sur les coteaux qu'il chérit. Chaque année, il passe deux belles saisons dans ce Jardin créé pour y placer une pastorale radieuse. M. Verenet est un ancien professeur à l'Université d'Utrecht, où il occupa pendant vingtcinq ans la chaire de littérature française. Auparavant, à une époque où on faisait de la littérature à coups de canons, alors que l'Europe, troublée jusques dans ses fondements par l'ambition effrénée de César-Bonaparte, M. Verenet, soldat-volontaire, faisait ses premières campagnes et assistait à Waterloo.

Seuls comme nous l'étions à table avec lui, nous eûmes bientôt fait connaissance. Et la dernière tasse de café était ;\ peine sirotée, que déjà tous trois nous prenions le chemin du bois. C'est ici que ma stupéfaction fut grande, et que j'ap-

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pris une partie des détails consignés plus haut. Derrière la Maison du receveur (PL V.) (c'est le nom consacré) se trouve un chemin qui mène en ligne droite sur le plateau, dit ^/a?ea!( des ^o/T/er.?, au sommet de l'île. La pente de ce chemin est rapide. Eh bien, croiriez-vous que notre octogénaire la gravit, prestement, sans relais, et en causant avec animation!... J'étais confondu et émerveillé de ce bel exemple laissé à la jeunesse dissipatrice de ses forces, grande brigade dans laquelle je suis malheureusement incorporé.

M. Verenet nous fit parcourir File entière, que nous ne connaissions que superficiellement. Nous vîmes et fouillâmes tout, même le sentier isolé et pittoresque que M. Verenet en personne construisit à la sueur de son front (ce sentier

porte son nom), et qui conduit à une sorte de grotte où l'imagination aime à surprendre Rousseau, échappé par la trappe, et délivré dans ce lieu solitaire des

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investigations des intrus. La soi-disant grotte n'est qu'une petite excavation dans un rocher de molasse, avec un banc rustique pour tout attrait. II n'y a rien L'i de bien pittoresque. Le sentier lui-même Test davantage. Nous en donnons du reste la vue. (PI. VI.)

Grâce à M. Verenet, nous serons donc vite initiés. Ses nombreuses indications, SCS renseignements multiples me seront très précieux dans le courant de mon séjour. Je compte sur ses avis pour distinguer maintes choses, éloigner la légende et garder l'histoire. Si quelqu'un aujourd'hui connaît l'ile de Saint-Pierre, c'est assurément lui. Que le lecteur ne s'étonne donc pas du développement que je donne et donnerai sans doute encore à sa figure, dans ce petit ouvrage. Je suis sûr d'avoir trouvé un type curieux et un digne homme. Je vais me livrer avec un véritable enthousiasme d'artiste i\ l'étude de cette physionomie originale, qui me parait réunir en elle ces qualités rares lorsqu'elles sont isolées, rarissimes lorsqu'elles sont réunies : une philosophie réelle, des connaissances étendues, une vie bien remplie, et une vieillesse verte, pleine d'ardeur et de foi dans le monde.

7 août soir.

Nous avons réellement pris possession de l'ile, et nous l'avons vue sous toutes ses faces. Charles l'a dessinée deux fois : depuis la butte des Lapins, soit la vue ouest-sud iPl. VII.i, et depuis le rivage de Gléresse, où nous sommes retournés avec notre chaloupe. |P1. VIII.)

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