‹ Un Séjour à l'île de Saint-PierreChapitre 4 sur 8 · PI. VIII · texte numérisé non relu

PI. VIII

]'ue de l'Ile de Saint-Pierre depuis Gléresse.

La maison du receveur également a été l'objet de nos investigations. Elle serait digne d'une notice spéciale, puisque cette maison a une histoire remontant à plusieurs siècles. Malheureusement, sous peine de redites ou de compilations ba-

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UN SEJOUR A L ILE DE SAINT-PIERRE. l3

nales, ce côté historique doit rester étrangerà TAlhum que nous confectionnons (i). Nous ne sommes pas archéologues du tout, et nous n'avons jamais eu nos entrées dans les archives d'aucune ville, pour aller à notre aise vérifier ou établir, entre autres, les faits et gestes des religieux qui avaient, jadis, installé leur monastère dans nie de Saint-Pierre. Laissons ces lourdes études à qui de droit, et, sans nous inquiéter des transformations que la maison du receveur a subies depuis deux cents ou trois cents ans, présentons-la à nos lecteurs complaisants telle qu'elle est aujourd'hui, coquettement entourée de verdure et illuminée par un soleil d'été. (Voir PI. V, déjà donnée.)

Un seul souvenir des temps passés a captivé notre attention. De l'édifice pieux il ne reste guère qu'un débris (2), plus solidement construit que le reste, paraît-il. Ce débris, oeuvre de la sollicitude des moines, et vainqueur du temps, c'est la chapelle et la cave, placées judicieusement en face Tune de l'autre. Toutes deux aujourd'hui sont bourrées de tonneaux d'une grandeur démesurée, de vases de vendange, de pressoirs gigantesques. Nous n'avons pu résister au désir de croquer ce saint lieu, dont nous vous donnons ici l'image fidèle. (PI. IX.)

Demain, le séjour que Rousseau fit dans l'île nous servira de thème, en nous fournissant l'occasion d'écrire quelques pages et de dessiner quelques bois. — En voilà assez pour un premier jour; nous allons dormir, lecteur, ne vous déplaise.

Mercredi, S août iSyy.

Me voici installé dans la chambre de Rousseau, appuyé sur une méchante table boiteuse, que j'entoure de nuages de fumée. J'en suis à ma dixième cigarette. Puisse Rousseau me pardonner d'enfumer ainsi ses murs : je le fais avec tant de plaisir !

Il pleut. C'est ennuyant. Cependant le paysage n'est point laid comme cela. La brume ajoute un charme aux lignes délicates de l'horizon, sur lesquelles se détachent en vigueur les silhouettes élégantes des arbres de i'ile.

Je m'abstiendrai, en cette enceinte sacrée, de toute évocation plus ou moins poétique. Je vénère Rousseau comme poète, comme écrivain. Mais j'ai trop de griefs contre lui, ou plutôt contre son influence sur la Révolution française, pour en faire un fétiche. Cet homme mystique qui fourvoya et changea, par son disciple Robespierre, le courant rationaliste qui portait la barque de la rénovation sociale, a bien besoin de pardon. Mais le moyen de ne pas pardonner à l'auteur des Con~ fessions et à l'auteur de /;(//&.' Ce moyen, je ne le connais pas. Donc, je pardonne. Je ne puis m'empècher d'aimer cet homme doué d'une éloquence passionnée, qui remua les entrailles d'un siècle, à force d'émotion et de douloureux amour.

(1) Le texte que nous iiupriiiions a été écrit, comme les dates i'iniiiquent, au jour le jour, et sur place. Il fut question, plus tard, de translormer ce tnanuscrit, et de faire surtout une élude histori(]iie daus laquelle le couvent de Belniont, les moines de Cluny, les bamboches des chanoines, les ripailles de Lucifer, puis la lonj,'ue ^'érance de l'hiipital de Berne et le séjour de Rousseau dans I'ile... auraient l'ait tous les frais. Mais quelques jours de travail ilans ce sens nous tirent comprendre que nous étions au-dessous de la tâche, ii moins de faire une impudente compilation. C'est pourquoi, en lin ile compt»-, nous utilisons qu:4nd même notre rédaction primitive, en délaissant nos projets ambitieux, Pour nous consoler, nous récitons souvent cette belle devi>e de .Mu-set :

Mon verre n'est pas grand, mais je bois dans mon verre.

(5) Tout le rez-de-chaussée de la grande façade a conservé sa pliysionoiuie primitive.

Notre séjour dans Tîle de Saint-Pierre commence à se régulariser. Nous avons vu déjà beaucoup de choses, et de charmantes choses. Beaucoup d'écrivains ont parlé de cette ile avec enthousiasme. Il n'ont pas dit la vérité, car leur enthousiasme est resté au-dessous des beautés que Ton voit ici. II faudrait la plume de Virgile ou de Théocrite pour peindre dignement ce riant pays. Rousseau lui-même, dans ses Confessions, n'a trouvé dans sa vieille poitrine que quelques pages fades concernant le séjour qu'il y lit. Il est vrai que dans les Rêveries, l'île de Saint-Pierre est à jamais vengée. — Après Rousseau, après tant d'autres, il ne m'appartient <^uère d'essayer de décrire. Je décrirai donc le moins possible, préférant travailler pour mon compte, et vous raconter les quelques aventures que nous pourrons avoir ces jours durant.

La chambre de Rousseau, dont nous donnons une reproduction fidèle, (PI. X.) est aussi nue que possible. Les murs, jadis couverts de plâtre, sont criblés de milliers de noms, parmi lesquels nous avons lu quelques signatures célèbres et authentiques (à côté de celles que certains farceurs se sont plu à graver; ainsi figurent, parmi les visiteurs rendant hommage à Rousseau, les noms apocryphes de Jules- César, Montaigne, Molière, Le Sage, etc.! Voyez-vous Jules-César, amateur des Confessions, imbu des principes du 18" siècle de l'ère chrétienne, venant visiter la retraite du philosophe de Genève ! ! !1. Dans cette chambre noire et basse, il n'y a

de contemporain du séjour de Rousseau que la nudité même, savoir les parois, les poutres du plafond, et le plancher; peut-être encore le piédestal du fourneau bleu qui se trouve dans le fond de la chambre. Au pied de ce fourneau se trouve la fameuse trappe, (PI. XI.) par laquelle Jean-Jacques s'éclipsait, quand Thérèse signa-

.ir.> Imp. A. Ol \> f;>.

Cave (aucicnnc cliapelle} dans la maison du Receveur.

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