CHAPITRE VIII
MATALÉ
Aspect de Matalé. — Une ancienne résidence royale. — Un prince errant. — Le temple d*Aluihara. — La doctrine de Bouddha et les livres sacrés. — \]n prétendu temple souterrain. — Moines à robes jaunes. — Un orage tropical.
Matalé est un charmant village situé à vingtsept kilomètres au nord de Kandy, dans une chaude vallée qui n'est qu'à 360 mètres d' altitude. Cette localité est déjà en dehors de la civilisation : on n'y trouve point d'auberge, mais ud rustique bungalow ou resthouse tenu par un Cinghalais. Ce village, dont les maisons s'éparpillent le long de la route de Kandy, est d'aspect assez pauvre. Et pourtant Matalé eut, il y a deux mille ans, des jours de gloire. C'est là que, un siècle avant Jésus-Christ, se trouvait la résidence
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royale de Walagam Bahou. Délrôné à la suite de guerres malheureuses, ce prince fut réduit à mener une vie errante et à se cacher dans les cavernes naturelles qui abondent dans le pays. Lorsque, au bout de quinze années d'infortune, il put reconquérir son trône, il n'oublia point les cavernes qui lui avaient servi de refuge, et il en fit des temples qu'il consacra au culte de Bouddha.
J'engageai, au bungalow, un guide indigène, afin de visiter, à deux railles du village, le temple d'Aluihara. La route court à travers un paysage idéalement beau, qu'ombrage la puissante verdure des bananiers, des cacaoyers, des cocotiers. Sur la terre rouge du chemin, c'est un incessant défilé d'indigènes au buste nu ; les femmes n'ont pour tout vêtement qu'une pièce d'étoÉFe rouge qu'elles disposent de manière à se couvrir la poitrine, tout en laissant le dos à découvert. Bientôt mon guide s'engage dans un sentier qui diverge de la grande route, et au bout d'une demi-heure nous arrivons au temple d'Aluihara. Ce temple est particulièrement vénéré dans le monde boud-
dhique, parce que c'est dans ce lieu même que les paroles sacrées de Bouddha^ jusqu'alors conservées par la traditioD, furent reproduites pour la première fois par l'écriture, en langue pâli, sur des feuilles de palmier.
Comme la plupart des prétendus temples souterrains de Ceylan, le temple d'Aluihara n'a nullement l'aspect d'une grotte proprement dite, mais forme plutôt une série de crevasses s' ouvrant entre d'énormes masses de gneiss qui, par leurs saillies en surplomb, forment des espèces de cavernes. Sur les parois rocheuses s'étalent de naïves peintures représentant des scènes de la mythologiebouddhique ; les escaliers creusés dans le roc mènent à des autels portant des images et des reliquaires. Il règoelà une odeur nauséabonde due à la présence d'innombrables petites chauvessouris dont les indigènes utilisent le guano : ils en font du nitre pour la fabrication de la poudre. Des moines habillés de robes jaunes passent leur vie dans ces cavernes où ils trouvent des cellules naturelles; ils vivent des aumônes des visiteurs, auxquels ils exhibent une pierre portant l'em-
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preinte du pied de Bouddha^ et un a yogi » ou a pierre de méditation w .
Comme je reprenais le chemin du village, je fus surpris par un de ces orages des tropiques dont on ne peut se faire une idée dans nos climats tempérés. Le tunnel de verdure sous lequel courait la route me protégea pendant quelques minutes contre la pluie crépitante; mais bientôt ce fut un effroyable déluge, et, en quelques instants, laroute se transforma en unfleuve rougeâtre. Les indigènes s'abritaient contre l'eau du ciel au moyen de l'immense feuille de palmier talipot, parapluie naturel aussi pratique qu'ingénieux. Quand je rentrai au restbouse, j'étais percé jusqu'aux os, couvert de la tête aux pieds d'une boue rougeâtre. Des vêtements secs m'évitèrent une de ces fièvres qui, dans les terres chaudes, sont la suite ordinaire de pareilles aventures.