‹ Un séjour dans l'ile de CeylanChapitre 8 sur 34 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Une des merireilles de Geylan. — Les stations de chemin de fer. — La région des rizières. — Paysages de rêve. — Orgie de verdure. — Arbres merveilleui. — Cultures en terrasses. — Aspect des montagnes. — Une pénible ascension. — Conseil aux hommes blasés^

Une des merveilles de Ceylan, c'est le chemin de fer de Kâady. Pendant les quatre heures que dure le voyage, c'est une suite de tableaux enchanteurs que l'on peut admirer des fenêtres de voitures où régnent une ombre et une fraîcheur délicieuses, grâce à un ingénieux système de ventilation, d*auvents extérieurs, de volets intérieurs, de hauts plafonds du type américain, et de toitures peintes en blanc. Le raffinement ne serait pas complet sans un dining-car, où le service est fait par des Cinghalais.

La gare de Colombo est une coquette architecture de fer, avec des vérandas d'un goût char« mant. Mais ce qui est plus joli encore, ce sont les petites stations intermédiaires, gracieux chalets tapissés de verdure et de fleurs. Chez nous^ une station de chemin de fer est une assez vilaine chose; ici, dans cette ile enchantée, c'est un poétique nid de verdure, un morceau mignon de la nature tropicale. Les noms de ces stations, dont les syllabes sonnent comme une douce musique, sont écrits en cinghalais, en tamil et dans Taffreuse langue anglaise, de façon que les voyageurs, de quelque race qu'ils soient, peuvent les lire dans leur langue propre. Souvent les noms sont reproduits d'une manière charmante par les guirlandes de plantes grimpantes qui pendent aux toitures des vérandas. A chaque arrêt du train, de jolis enfants cinghalais vous offrent des bananes ou déjeunes noix de coco qu'ils ouvrent à coups de hache, pour en faire jaillir une eau fraîche, limpide comme le cristal, qui constitue une boisson exquise. Aux stations se presse la foule pittoresque des indigènes accourus pour recevoir les

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parents ou les amis, ou simp]emenf{>o»ur iroir pSasser le traiu. Leâ femmes affecttonueiit lesxoiiteatS le^ plus vives, le rose, le jaune, le blàûc^qni font ressortir leur teint foncé,* leurs yeux nùii^^ leur chevelure d'ébène; elles sont surchài^ées de bijoux et en placent jusque dans! les nariot^^ qu'elles se percent comme les oreilles.! Ce qde eda doit les gêner pour se moucher 1 ! /

Pendant les premiers tours de roue, le train court à toute vapeur à travers les pkunés'maré-: eageuses, véritables laboratoires de fièvres^paltH déennes, qui s'étendent dii littoral jus(|u!aupledi deà montagiies de l'intérieur; Des rizièf'ef, :de» rivières à perte de vue^ où des buffles flegmari tiques travaillent a demi plongés dians la hofue.^ Il me semble êlre encore à Java^ où j'ai si sôu;; vén^ vu la même scène. Bientôt la voie pénètre dans les motitagnes, et alors chaque GOurl)e*vous ménage d'éblouiséantes visions. On a beatu être; pirévenu, ces paysages die rêve dépassent tout; ce» qu'on a^ait pu iûjaginer. C'est le chemin deJ&i du Saint-Gotb^rd, mais dans le^adré aoperbe.

àeû tropiques; ce sont les Alpes, iàaîIsli^rÀlpesi

LE CHEMIN DE FER DE CEVL.IN r^^nl^

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UN CHEMIN DE FER DE BiaNTAGNE 49

couronnées d'un éternel été et d'une chevelure de forets vierges.

Dans cette triomphale ascension du rivage de la mer vers les hautes régions, à mesure qu'on s'élève, on voit s'accentuer les beautés du paysage, en même temps que la végétation change de caractère : devant cette prodigieuse orgie de verdure, qui s'étale dans les vallées, au fond des ravins, sur les pentes des montagnes, et jusqu'au sommet des pitons, l'ivresse passe des yeux à l'âme, on se sent grisé par de suaves parfums, par des effluves inconnus, et, éperdu d'admiration, on s'avoue impuissant à décrire avec des mots cette exubérante nature équatoriale, cette vie intense que provoque l'action constante d'une chaleur humide. Des fougères arborescentes d'une taille gigantesque, des palmiers de toutes les variétés, des bouquets de bambous, des bananiers aussi hauts que des arbres, s'épanouissent au milieu d'une profusion inouïe d'essences forestières et de plantes de serre chaude. Un de ces arbres merveilleux est chargé de grappes de fleurs blanches qu'on prendrait de loin pour des lilas :

son feuillage, lorsque le vent l'agitera des reflets d'argent. Ici encore je retrouve les rizières, mais elles offrent un tout autre aspect que dans la plaine, étagées qu'elles sont en terrasses* sur les é flancs des collines : les nappes d'eau sous lesquelles elles sont inondées les font miroiter au soleil comme une mosaïque de petits lacs disposés en escalier» Constamment la voie s'élève, et déjà de grandioses horizons s'ouvrent sur des chaînes de montagnes qui, dans la distance, se lèvent comme une houle immense, avec de fantastiques efiets d'ombre et de lumière. Ces montagnes ont des silhouettes hardies, se hérissent de pitons, de toui*s, de forteresses qui afiectent la régularité de constructions militaires.

Tandis que le train gravit péniblement la voie suspendue au flanc de la montagne, on distingue, au fond de la vallée, deux bandes étroites, dont Pune marque la vieille route des chars à bœufs, l'autre le chemin de fer ; et voici que deux jets de fumée blanche, sortant d'un tunnel situé à quelque mille pieds de profondeur, signalent un train à chaque bout duquel une puissante machine

est attelée : il gravit, comme nous, la rampe ardue, aux innombrables lacets; au fond de l'abîme, il fait Tefiet d'un petit joujou! Et pourtant, ce chemin de fer de Kandy est un des plus audacieux défis qu'ait accomplis l'art de l'ingénieur.

Quand j'arrivai au bout de ce voyage inoubliable, il me sembla sortir d'une extase. Que les hommes blasés, qui ne sont plus capables de rien admirer, aillent voir le chemin de fer de Kandy I S'ils n'en reviennent pas enthousiastes, c'est que l'ennui qui les ronge est incurable : toutes les fées ne pourront les en guérir I

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