‹ Un séjour dans l'île de Java; le pays, les habitants, le système colonialChapitre 10 sur 34 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LE TANGKOEBAN-PRAHOE.

Parmi les montagnes volcaniques qui forment comme un immense cirque autour du plateau de Bandong, il en est une qui se distingue par sa forme particulière : au lieu d*être façonnée en cône, comme la plupart des volcans; elle a une forme allongée qui rappelle assez bien celle d'une pirogue tournée la quille en Tair. Son nom, Tangkoebarir-Prahoe, signifie en effet « pirogue renversée » . Singulière parenté que celle de ce mot prahoe avec le néerlandais prauw qui désigne la même chose ! Les indigènes ont, sur cette gigantesque pirogue, une légende assez compliquée, qui se rattache à la tradition d'un ancien lac desséché, et que Vetha traduite. Quoi qu'il en soit de la légende, le Tangkoeban-Prahoe est un des plus beaux volcans de Java, et on ne peut se dispenser d'en visiter le cratère. La montagne n'a que deux mille mètres d'altitude, et elle est d'un accès si facile, que le comte de Hûbner l'a gravie à cheval à l'âge de soixante-douze ans . On en fait l'ascension de Lembang, village situé à neuf paal au nord de Bandong.

Il faisait encore nuit quand mon boy est venu m' éveiller le 12 août pour mon expédition. Dès cinq heures du matin, un kahar attelé de trois chevaux javanais m'em-

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porte au galop sur la route de Lembang. J'ai voulu partir de bonne heure pour éviter les vapeurs, qui montent à mesure que le soleil échauffe la terre et qui brouillent si souvent les lignes du paysage javanais. A cette heure matinale la fraîcheur est telle, que je m'enveloppe aussi hermétiquement que possible dans mes couvertures. Moins frileux est mon cocher soendanais, qui n'a pour tout vêtement qu'un léger sarrong et une culotte blanche; mais il a, en outre, une ceinture qui lui serre la taille, et avec une ceinture l'indigène se moque du froid. A mesure que la route va s'élevant, la température va s' abaissant : de 18 degrés au départ, elle descendra à 13 degrés. A Java, c'est à geler tout vif! Mes petits chevaux sont pleins de brio : celui du milieu débute par briser sa longe, mais mon cocher a bientôt fait de réparer l'accident, et sur ce chemin toujours montant ils iront ventre à terre jusqu'à Lembang.

C'est une indicible jouissance, quand on sort de la serre chaude des plaines équatoriales, d'être fouetté par l'air vif des hauts plateaux : dans cette pure atmosphère la poitrine se dilate, on se sent léger, frais et dispos, heureux de vivre. Oh! le divin plaisir d'être emporté vers l'inconnu dans le mystère de cette nuit superbe, de voir la lumière tranquille de la lune se jouer à travers le feuillage épais des grands arbres qui ombragent la route encore déserte, puis, quand le jour commence à poindre, de voir les cimes recevoir le premier baiser du soleil et se colorer l'une après l'autre de cette splendide lueur rose qui descend lentement vers la plaine ! Alors se révèlent au grand jour tous les détails qu'on ne devinait qu'à demi à la lueur des étoiles, et c'est une joie nouvelle d'être emporté sur cette route charmante, sous les ombrages des palmiers, des bambous, des bananiers, et de rencontrer

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les premiers villageois qui, dès le soleil levant, se rendent à la ville, cheminant à petits pas, nu-jambes, drapés dans des couvertures de laine aux vives couleurs, chargés d€ lourds fardeaux qu'ils portent aux deux extrémités d'un bambou posé sur Tépaule; parfois, lorsque la charge est trop lourde pour un seul homme, ils la répartissent entre plusieurs : j'ai vu une longue poutre voyageant sur les épaules d'une douzaine de porteurs. Ces braves gens ne manquent jamais de s'écarter sur notre passage et de se découvrir respectueusement; parfois ils déposent leur fardeau pour se rafraîchir à un filet d'eau que des conduits en bambou amènent de la montagne. Les jolies, les idylliques cabanes de ces villageois sont de légères constructions faites de rotins entrelacés et couvertes de feuilles de palmier. Toute cette route est bordée de sawas ou rizières bien irriguées, alternant avec des champs de tabac et de djagong, ou des plantations de thé et de café, ou encore de gracieux bouquets de bambou.

Les chevaux ont si bien marché, qu'il n'est pas six heures et demie quand le kahar s'arrête devant le pasanggrahan de Lembang , ayant franchi trois lieues et gravi cinq cents mètres . On désigne à Java sous le nom de pasanggrahan ce qu'on appelle dans l'Inde un bungalow : c'est une sorte d'hôtellerie tenue par un tjamat ou chef de village et établie aux frais du gouvernement. On y peut passer la nuit sur des lits sommaires, et s'y faire préparer les provisions dont on aura eu soin de se munir si l'on ne veut se contenter d'œufs et de riz. Le tjamat est tenu de fournir au voyageur, d'après un tarif, des chevaux de selle, des coulies, des guides .

Lembang se trouve à une altitude de douze cents mètres. Il ne me reste donc plus que huit cents mètres à gravir jusqu'au sommet du Tangkoeban-Prakoe. Cette facile ascension

peut se faire entièrement à cheval; aussi le chef du village paraît-il fort surpris lorsque je lui annonce que je veux gravir le volcan à pied, à Texemple de mes prédécesseurs Cotteau et Bréon, qui firent cette expédition en 1881. Je m'explique avec lui au moyen du langage des gestes, que les indigènes saisissent avec une merveilleuse facilité. Il me procure immédiatement deux coulies, tout en m' assurant qu'un seul me suffirait. J'insiste pour les deux : pensez donc ! les forêts du Prahoe sont un des plus redoutés repaires de tigres royaux, et si Tun de ces félins venait à dévorer mon unique coulie !

Les préparatifs n'ont pas duré plus de dix minutes, si bien qu'à six heures et demie nous sommes sur la route du volcan. La montagne paraît si proche de Lembang, que sa cime semble n'être qu'à une portée de fusil, bien qu'elle soit à deux lieues de distance : elle se dresse en face de nous comme une longue toiture, de haut en bas envahie par la forêt, et à la regarder de près on comprend que les indigènes y voient un bateau renversé. A gauche surgit une montagne voisine aussi haute que le Prahoe, le Boerang-rang, tandis qu'à droite se développe la chaîne de Samadoeng. Aidé d'une branche de l'arbre à café en guise de bâton de montagne, je marche d'un pas allègre, humant l'air frais et élastique des hautes régions.

Qucis sont ces arbres à travers lesquels nous i^jf^'^ élevons, plantés en lignes régulières, comme des sapinières? C'est le précieux cinchona, originaire du Pérou, l'arbre à quinquina, que je vois pour la première fois en cultures méthodiques. Ces plantations, qui contiennent plus d'un demi-million de plants, appartiennent au gouvernement. L'arbre à quinquina, le kina, suivant l'expression de mes Soendanais, est d'une merveilleuse beauté, et je ne me lasse pas d'admirer son tronc svelte, d'un gris

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pâle, et ses magnifiques feuilles d'un vert vif, qui rougissent comme nos feuilles d'automne. Ces feuilles varient tellement par leur aspect et leur forme, suivant Fespèce à laquelle ils appartiennent, qu'il faut être quelque peu expert pour les attribuer à la même famille : tantôt elles sont allongées, tantôt arrondies, et leurs dimensions varient autant que leurs contours. L'arbre même varie de taille, suivant l'espèce, depuis celle d'un arbrisseau jusqu'à celle d'un chêne. C'est sur le versant du Tangkoebàn- Prahoe que le gouvernement inaugura les premiers essais de culture du quinquina^ sous la surveillance du célèbre naturaliste Junghuhn. Ces arbres magnifiques, qui ajoutent beaucoup à la beauté du paysage javanais, ne se plaisent que dans les lieux élevés ; ils croissent sur le Prahoe entre douze cents et seize cents mètres d'altitude. L'arbre à café, que mes Soendanais appellent Aop^, se plaît également sur les pentes du Prahoe, mais il y croît à l'état sauvage depuis que la culture en a été abandonnée pour celle du quinquina : livré à lui-même, le caféier atteint ici une hauteur prodigieuse et ne ressemble guère à l'arbuste délicat que j'ai vu au Mexique, où on le cultive à l'ombre des bananiers.

Le chemin qui mène au volcan est le plus glissant de tous les sentiers de montagne que j'aie jamais parcourus, et je ne suis point surpris que le comte de Hûbner lui ait gardé rancune à cause de la chute de cheval qu'il y a faite : le sabot des chevaux y a taillé une série de degrés sur un sol glaiseux et humide, et comme on marche presque constamment sur une arête étroite, entre deux abîmes, chaque glissade procure une petite émotion légitime. Je n'ai vu nulle part d'aussi gentils précipices; l'œil est comme fasciné par les orgies de végétation qui se voient dans leurs profondeurs; ils sont aimables comme des

sirènes et trop séduisants pour inspirer Thorreur du vide. Nous quittons bientôt le sentier battu pour prendre, à gauche, le chemin du cratère. Après avoir marché quelque temps sous un soleil brûlant, dans les longues herbes tout humides de la rosée de la nuit, nous entrons, à quinze cents mètres d'altitude, dans la grande forêt qui s'étend jusqu^à la cime du Prahoe, une de ces grandioses forêts équatoriales, immense, impénétrable, où, sous Taction constante d'une chaleur humide, la vie éclate avec une exubérance inouïe. En y entrant, il semble qu'on entre dans une grotte, tant l'ombre y est épaisse et la fraîcheur pénétrante : la température y tombe subitement à 15 degrés. C'est un monde nouveau, où l'on respire une autre atmosphère et où l'homme ne se sent pas à sa place. Les mots ne peuvent traduire l'admiration mêlée de crainte que l'on éprouve devant ces arbres géants, trois fois plus hauts que les plus grands arbres de nos forêts; leurs troncs, gros comme des piliers de cathédrale, disparaissent sous une épaisse végétation parasite ; leurs branches, grosses comme des troncs, sont envahies par un inextricable réseau de lianes qui pendent jusqu'à terre comme de monstrueux serpents. Et sous ces frais ombrages, quelle infinie variété de plantes aériennes appartenant aux familles les plus diverses, grimpant les unes sur les autres à la recherche de l'air et de la lumière ! quelle débauche d'orchidées aux fleurs gracieuses suspendues à des tiges délicates ! Mais ce qui m'étonne le plus, c'est de trouver, à une pareille altitude, de vigoureuses fougères arborescentes, qui trouvent ici l'humidité qui leur convient. Mille gouttes de rosée tombent du haut de la voûte de verdure, et comme le sentier n'est plus qu'une étroite ornière tracée entre les hautes herbes, nous sommes mouillés jusqu'au-dessus des genoux. Je suis frappé du silence effrayant qui règne dans

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cette forêt vierge : pas un bruit d*aile, pas un cri, à part le mi-ré-do d'un oiseau qui jette toujours la même note monotone. Ce silence porte aux réflexions graves, et Ton ne peut se défendre de la pensée que les tigres passent chaque soir sur ce même chemin lorsqu'ils vont à la recherche des cerfs. Autrefois Tile entière était couverte de ces admirables forêts que Ton ne trouve plus aujourd'hui que sur les montagnes. Dans les Alpes, les forêts ne se plaisent que dans les régions inférieures ; à Java, elles ne commencent qu'à l'altitude qui serait, en Europe, celle des neiges éternelles.

Mais voici que la forêt semble tout à coup frappée à mort ; les arbres se rabougrissent, leurs branches se décharnent, se dépouillent de leurs feuilles, leurs troncs nus se calcinent, toute vie disparait : c'est que, depuis quelque temps, nous percevons une pénétrante odeur de soufre qui nous annonce le voisinage de l'empire du feu. A neuf heures, nous atteignons la petite plate-forme terminale qui domine le cratère; je ne suis pas peu surpris d'y trouver du monde : deux voyageurs hollandais avec leurs coulies m'ont précédé; ils sont partis achevai de Lembang, où ils ont couché, et quoiqu'ils aient quitté le pasanggrahan une heure plus tôt, ils ne m'ont devancé que de cinq minutes. Je fraternise avec eux, et, l'appétit aiguisé par l'air vif de la montagne, nous déjeunons ensemble, en face d'une des scènes les plus extraordinaires qui soit au monde.

A nos pieds s'ouvrent deux effroyables chaudières, le Kawah ratoe et le Kawah oepas, constituant deux cratères distincts, que sépare une longue crête. L'ensemble des deux cratères forme une grandiose enceinte de près d'une lieue de pourtour et d'une profondeur de deux cents à trois cents mètres. Du fond de cette enceinte, sur laquelle

plane un silence de mort, montent constamment de suffocantes colonnes de fumée qui s'élèvent bien au-dessus de la cime de la montagne. Des deux cratères, le plus grand et le plus actif est le Kawah ratoe, dont les énormes parois sont taillées à pic ; au fond croupit, alimenté par les pluies, un lac putride d'une sinistre teinte grisâtre, qu'on voit bouillonner de loin, sous l'influence des gaz et des vapeurs.

La vue de ce lac me fascinait, et, pour l'observer de plus près, j'ai entrepris tout seul la descente au fond de l'abîme, sous les yeux des Hollandais, qui n'ont pas voulu me suivre dans cette périlleuse expédition. Après avoir reconnu la route à suivre, du haut d'un promontoire qui forme saillie, et d'où mon œil pouvait plonger à pic jusqu'au fond de l'abime, je me suis engagé sur des roches tellement escarpées, que la descente était presque perpendiculaire : il fallait se frayer un chemin à tâtons, au milieu de pierres mobiles, ou sur une glaise glissante; il y a surtout un vertigineux passage, un mur très raide auquel on doit se coller comme un lézard s'accrochant aux saillies au-dess^s du gouffre. Ce pas franchi, j'ai dégringolé en vingt minutes au fond du cratère, en marchant sur les cendres, les ponces, les dépôts de soufre. A ce moment, j'ai été réjoint par un de mes coulies, sans doute envoyé par les Hollandais, qui suivaient d'un œil inquiet mon étrange équipée.

J'étais en présence d'une vaste nappe de boue desséchée, d'une superficie d'environ trente hectares, d'une teinte gris pâle, aussi unie qu'une glace, mais présentant çà et là des plissements et des fendillements. La surface de cette nappe de boue est à peu près durcie, et quoique le talon y enfonce et y laisse son empreinte, elle peut supporter le poids d'un homme. Je me suis aventuré avec prudence, suivi de mon Soendanais, qui n'osait marcher devant moi,

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et au bout de quelques minutes je me suis trouvé devant le lac sulfureux, d'une superficie d'environ deux hectares, que j'avais aperçu du haut de la montagne. En dépit des signes désespérés de mon Soendanais, qui semblait paralysé de terreur, je me suis avancé, avec mille précautions, jusqu'au bord du lac, et j'ai goûté son eau, qui est tiède et d'une saveur sulfureuse très prononcée. Cette eau est violemment agitée par les bouillonnements que provoquent les gaz et les vapeurs qui jaillissent de son sein; sur ses bords, le sol est si brûlant que c'est à peine si la main peut en supporter le contact : des fleurs que j'avais cueillies dans la forêt se ternissent immédiatement sous l'influence des vapeurs qui s'échappent de mille fissures ; ternies aussi, les pièces d'argent contenues dans ma bourse. Le soufre brûlant, qui se dépose en délicats et fragiles cristaux, est le seul produit qui fleurisse sur ces rives désertes. On y voit des myriades de minuscules piliers de structure terreuse, tous surmontés d'une petite pierre : ces bizarres formations semblent dues aux pluies qui tombent-perpendiculairement au fond de ce cratère, si bien enfermé dans ses murs très hauts, que l'atmosphère y est toujours d'un calme parfait. En maints endroits jaillissent, par des crevasses, des jets de boue bouillante, et le danger est qu'une de ces crevasses ne vienne à s'ouvrir subitement sous les pieds de l'imprudent qui s'aventure dans cet infernal laboratoire. Quoique la dernière éruption du volcan date de 1840, on sent qu'il n'est qu'à demi éteint, qu'il a le soufQe du monstre qui dort et qui se réveillera un jour, comme la plupart des volcans de Java (1).

Du fond de l'abîme où j'étais descendu, le cratère m'est apparu dans sa beauté tragique : je ne voyais tout autour

(1) Une nouvelle éruption a eu lieu en 1896.

de moi que de sombres murailles brunes et pelées, labourées de profonds sillons, çà et là jaunies par les dépôts de soufre ; ces murailles montaient verticalement à des hauteurs effroyables, et moi, le chétif insecte qui rampais à leur pied, je me sentais étouffer sous leur poids. Aussi j'avais hâte de quitter ce dangereux séjour. En répondant à rappel que m* adressaient du haut de la montagne les Hollandais qui commençaient à s'inquiéter de mon absence, je fus frappé du merveilleux écho qui règne dans ces profondeurs : mes cris, longtemps répercutés par les hautes parois de Timmense enceinte, prenaient une incroyable sonorité.

Pour sortir du gouffre, ce fut une très laborieuse escalade, que rendait plus pénible encore Téblouissante réverbération du soleil sur les cendres, les ponces, les cristaux de soufre. Quand, à dix heures et demie, j'arrivai à la plate-forme terminale, j'étais à demi aveuglé, et mes tempes battaient à se rompre. Et, pourtant, je venais de constater que la température de l'enceinte du cratère, à dix heures du matin, ne dépassait pas 20 degrés centigrades. Les Hollandais, s'impatientant de mon absence prolongée, avaient déjà repris le chemin de Lembang.

Un panorama immense se déroule du haut de la cimie du Prahoe ; dans la direction du nord, on découvre une grande partie de la province de Krawang, et la vue porte jusqu'à la mer de Java, qui scintille au loin comme une brillante raie blanche. Au sud, on distingue le vaste bassin circulaire au fond duquel est couchée la capitale des Préangers, et que domine la longue chaîne de montagnes qui forme l'épine dorsale de l'île. Sur ces horizons sans limites flamboient les rayons d'or de l'ardent soleil des Indes.

Après avoir admiré ce prestigieux tableau, j'ai opéré la

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descente en moins de deux heures. Je n'ai point voulu quitter Lembang sans visiter la tombe et la maison de rhomme qui a consacré toute une vie à Texploration de Tile de Java, et dont Tœuvre est un monument, le grand naturaliste Junghuhn. C'est à Lembang qu'il avait établi sa résidence, séduit par la fraîcheur du climat, la pureté de Fair, la fertilité du sol de cette ravissante contrée. Sa maison hospitalière, ombragée par de grands arbres, était ouverte à tous les savants. Ce fut lui qui fit, ici même, les premiers essais de culture de quinquina, et c'est au milieu des plantations créées par lui que ses admirateurs lui ont érigé un monument, un obélisque dont la blancheur ressort admirablement sur le vert intense des arbres à quinquina.

J'ai voulu visiter aussi, en faisant un petit crochet sur la route de Lembang à Bandong, la célèbre cascade qu'a décrite Mme Ida Pfeiffer dans son deuxième voyage autour du monde. Cette chute est formée parleTji-Kapoendoeng, la rivière qui arrose Bandong : subitement étranglées dans une étroite gorge, les eaux se précipitent en une masse compacte, par un bond perpendiculaire, dans un profond entonnoir basaltique dont les sombres murailles contrastent avec l'éclatante blancheur de la nappe écumeuse. La chute est admirablement ombragée par de grands arbres sous lesquels se développe une fantastique végétation de fougères. C'est, dans un gracieux cadre tropical, un grandiose paysage des Alpes.

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