‹ Un séjour dans l'île de Java; le pays, les habitants, le système colonialChapitre 12 sur 34 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

SITOEBAGEXDIT. TJIPANAS.

15 août, — Assez fatigué de mon expédition dans les montagnes, nous nous bornerons aujourd'hui à une excursion en plaine. Il s'agit de visiter le lac de Sitoe-Bagendit et les sources chaudes de Tjipanas, au pied du volcan du Goenoeng Goentoer. En vingt minutes, mes vaillants petits chevaux javanais me mènent au village de Trogong, à trois paal de Garoet. Il est sept heures du matin. C'est l'heure où se tient le pasar ou marché, dans une vaste enceinte carrée. Au dehors stationnent par centaines les chariots dans lesquels sont venus les paysans, de petits chariots couverts qui rappellent les voitures chinoises et qui témoignent, comme les chapeaux, de l'amour de la couleur chez les indigènes : il y en a de bleus, de rouges, de jaunes, de verts, toute la gamme de l'arc-en-ciel.

Comme un marché indigène est toujours intéressant, je descends de mon kahar pour le visiter. C'est à grand'peine que je parviens à circuler au milieu de la foule énorme des campagnards qui encombrent la place. Les marchands sont accroupis sur des estrades abritées par des toitures en bambou, au milieu des marchandises les plus disparates, parmi lesquelles les plus importantes sont le riz et le carry, principaux aliments de la population, et

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aussi le bétel, dont vingt-cinq millions de Javanais, hommes et femmes, font une énorme consommation sous forme de mastication, et dont les traces d'un rouge vif, couleur de brique, sont visibles à chaque pas sur les routes, d'un bout à Tautre de la grande île. Sur des feuilles fraîches de bananier sont étalées des marchandises de toute espèce : des noix de coco, des ananas parfumés, des mangues, de magnifiques régimes de bananes ; puis des légumes, des poissons secs, des denrées de toute espèce, des articles de quincaillerie et de ferblanterie, des étoffes de toute couleur, des sarrongs et mille autres objets en usage chez les indigènes. Ces marchés javanais sont aussi des ateliers où règne la plus grande activité : dans le compartiment des tailleurs, les costumes sont confectionnés sur rheure à Taide de petites machines à coudre importées d'Europe. Le commerce et l'industrie de ces bazars sont en harmonie avec la simplicité des habitations et du costume de ces indigènes demi-nus : leurs bazars sont idylliques comme leur genre de yie. On pourrait croire que les marchés d'un peuple vivant sous le soleil de l'équateur doivent être bruyants, pleins de tumulte et de brouhaha, comme on l'observe chez les peuples du midi de l'Europe. Point : au marché comme ailleurs, les Javanais sont doux, paisibles, silencieux, et ils ne mettent aucune passion dans leurs transactions.

Au sortir du bazar, nous traversons l'aloen-aloen, dont les grands waringins ombragent la mosquée qu'on retrouve dans chaque village ; puis nous nous engageons au milieu des champs de riz, de tabac, de maïs, de sorgho. Dans chaque champ est planté un haut bambou au sommet duquel tournoie un petit moulin dont le bruit et les mouvements rapides tiennent les oiseaux à distance. Les rizières inondées brillent au soleil comme des miroirs, et

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