‹ Un séjour dans l'île de Java; le pays, les habitants, le système colonialChapitre 28 sur 34 · P^SÎ · texte numérisé non relu

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MALANG. : '229

chapelet de têtes de mort. Cette divinité est toujours représentée sous la forme d'un homme à tête d'éléphant, couronné d'une tiare sur laquelle figurent le crâne de Si va et un croissant ; aux oreilles sont suspendues des têtes de mort ; le monstrueux personnage est muni de quatre bras et de quatre mains, et l'une de ses mains soutient sa trompe. Cette figure à tête d'éléphant est très répandue à Java, et l'on peut se demander si les animaux qui servirent de modèle aux statuaires furent importés de l'Inde, ou si l'île de Java en possédait autrefois. Ce qui est certain, c'est que l'éléphant abonde dans l'ile voisine de Sumatra, tandis qu'on n'en a trouvé aucune trace à Java depuis l'arrivée des Européens.

Pour gagner Toenpang, j'ai suivi pendant deux heures, en passant par le village de Pakis, qui m'était déjà connu, une route le long de laquelle apparaît, de distance en distance, le tambour-télégraphe. Le tjandi de Toenpang est plus délabré encore que celui de Singosari : cette fois, ce n'est plus un temple proprement dit, avec une chambre intérieure, mais une pyramide pleine, de forme allongée, présentant trois terrasses successives sur lesquelles on monte par une série de degrés latéraux. L'étage supérieur a dû s'effondrer, car la construction, évidemment incomplète, se termine par une fenêtre haute et étroite. Tout autour de l'édifice régnent des frises ornées de bas-reliefs très fouillés, très patiemment ciselés, représentant des figures d'hommes et d'animaux, des arbres, des maisons, des scènes de la vie hindoue. Toutes ces sculptures sont envahies par une épaisse couche de mousse. Devant l'escalier qui mène à la première terrasse on voit deux têtes de monstres, roulant de gros yeux, armés de cornes et de dents de tigre. Ce gracieux monument se trouve dans un magnifique cadre de bambous, de palmiers et de bana-

nîers. Parmi les figures dispersées dans le jardin qui entoure Fédifice, j'en ai remarqué une qui représente Dourga, la femme de Siva. Cette divinité, que j'avais vue déjà à Parambanan, est représentée ici avec huit bras et huit mains : elle se tient debout sur le démon Mahisha, qui a osé attaquer le ciel sous la forme d'un taureau, et qui cherche à s'échapper de la tête de l'animal vaincu; mais Dourga le saisit avec une de ses mains gauches, tandis que, d'une de ses mains droites, elle tient la queue du taureau, et de ses autres mains se sert des armes que les dieux lui ont données, une ancre, un glaive, un nœud de corde dans les mains droites, un bracelet, un arc et un drapeau de guerre dans les mains gatiches. Cette divinité était particulièrement honorée chez les anciens Javanais, et on trouve souvent son image dans les ruines des temples qui abondent dans la partie orientale de l'ile. Toutes ces statues sont de facture assez grossière : les Hindous, si experts dans l'art de l'architecture et de la sculpture en bas-relief, étaient d'assez médiocres statuaires.

Je suis rentré à Malang, très satisfait *de mon intéressante excursion archéologique, qui m'en a plus appris que la lecture de plusieurs volumes au sujet de l'ancienne civilisation javanaise.

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