‹ Un séjour dans l'île de Java; le pays, les habitants, le système colonialChapitre 32 sur 34 · LE COL DE POENTJAK · texte numérisé non relu

LE COL DE POENTJAK

Ayant accompli, en gravissant le Ghédé, le dernier point de mon programme, j*ai repris dès le lendemain le chenoift de Batavia. Pour me rendre de Sindanglaja à Buiteiuorg» j'ai fait en voiture la célèbre route du col de Poentja]^» construite en 1810, au prix de milliers devieshumaine^, par le gouverneur Daendels, le « maréchal de fer » , qui ne se laissait rebuter par aucune difficulté. C*est à lui qu'est dû l'adonirable réseau de routes postales qui sillonnent d'un bout à l'autre l'île de Java.

De toutes les routes dues à l'énergie de ce gouverneur, celle qui franchit le col de Poentjak est la plus belle et la pluK audacieuse. Ce col se trouve à une altitude de quatorze cent quatre-vingt-deux mètres et marque la limite entre la régence de Préanger et celle de Batavia. On y monte par d'innombrables lacets aussi bien tracés que ceux des passages des Alpes. Mais au lieu des neiges qu'on rencontrerait dans les Alpes à ces hauteurs, on voit des rasamalas, des musacées, et une plante importée de la Réunion, le Lantana mvltiflpra, ainsi nommé parce qu^l porte, sur le même arbre, des fleurs de couleurs différentes;. A cette altitude, le bananier ne porte plus de fruits. J'aî vu aussi, le long de cette route, une forêt d'eucalyptus

plantés par le gouvernement, mais ces arbres ne semblent guère se plaire dans cette région.

Le col de Poentjak se trouve à onze kilomètres de Sindanglaja, et comme je m^étais mis en route dès le point du jour, j*y ai pu jouir, dans la claire matinée, d^un des plus beaux panoramas de Tîle de Java. De ce point élevé, l'oeil découvre, d'un côté, le merveilleux pays duPréanger, de l'autre la résidence de Batavia, dont le col forme la frontière marquée par une barrière et un petit pavillon. Les cimes jumelles du Pangerango et du Ghédé sont les points de mire de cet immense tableau. Tout au fond de la vallée se montrent, comme des points imperceptibles, le sanatorium de Sindanglaja et le parc de Tjipanas, reconnaissable à ses grands araucarias. Aux dernières limites de rborizon, j'ai reconnu la cime allongée du Tangkoeban Prahoe, un des sept volcans que je suis assez fier d'avoir gravis dans l'espace de sept semaines.

Une facile promenade d'une demi-4ieure, par un adorable sentier tracé dans la forêt, m'a mené du col au Telaga Warna, lac romantique, clair comme le cristal, enchâssé dans une bordure de fougères, de mousses, de musacées, au fond d'un entonnoir verdoyant d'une admirable régularité, qui apparaît à l'évidence comme un cratère éteint. On n'y entend que le cri mélancolique du gongoÇy cet oiseau au plumage vert, au bec rouge, qui pullule dans toute l'île de Java. Les indigènes et surtout les femmes stériles viennent faire leurs dévotions dajis cette fraîche solitude, où les branches des arbres portent de longues barbes légères que la langue imagée des indigènes appelle les « excréments du vent ».

Une descente de trente kilomètres me mène du col de

Poentjak à Buitenzorg par une route admirable que do-

. mine le cône xlu Salak, et où la nature javanaise se montre

yGoogk

yGoogk

Page 1