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même ceux du Nord :^ar, suivant les différentes altitudes, la flore se répartit en trois zones distinctes, la zone chaude, la zone tempérée et la zone froide. Dans presque toute rétendue de cette île peu développée en largeur, la brise de mer tempère les ardeurs du climat, et le puissant relief du pays permet aux habitants de choisir l'altitude et la température qui leur conviennent et de la varier à Tinûrii. La végétation est aussi variée que la température, et du niveau de la mer jusqu'au sommet des montagnes on trouve tous les degrés de Téchelle végétale, depuis les plantes marines jusqu'aux plantes alpines. On conçoit ainsi de quelle incalculable richesse doit être la flore javanaise. Ce qui constitue le trait le plus saillant de la physionomie de nie de Java, ce sont les volcans. Lorsqu'on a gravi les principaux volcans du globe, il reste à explorer ceux de cette terre volcanique par excellence, de cette terre où les forces souterraines se manifestent avec une violence et une intensité qu'on ne trouverait sur aucun autre point du monde. Sur ce petit espace on trouve plus de cent volcans éteints ou actifs ; mais il n'en est guère que la moitié qui soient plus particulièrement connus. Ils forment une chaîne presque continue, dirigée de l'est à l'ouest, à peu près dans le sens de l'équateur, et se ramifient avec des chaînes secondaires dirigées du nord au sud. Les volcans constituent la base même de l'île : d'un bout à l'autre les cratères succèdent aux cratères, et l'on peut dire en toute vérité que Java n'est qu'un long anneau de feu. Cet anneau surgit au milieu de la grande chaîne volcanique qui se développe en une ligne courbe le long des îles de Sumatra, Java, Bali, Lombock, Soembawa, Florès, pour se diriger ensuite vers le nord par Banda, Amboine, et les îleç Ternate. Sur tout le parcours de l'immense chaîne, c'est Java qui forme l'anneau saillant et
par le nombre des cônes volcaniques et par la puissance des phénomènes éruptifs.
On peut juger de Tactivité des volcans de Java par la terrible explosion du Krakatau, qui vit encore dans les souvenirs de la génération actuelle. Cette petite île du détroit de la Sonde, très voisine de Java, et dont on n^ avait jamais entendu parler/ acquit à la suite de cet événement une redoutable célébrité. Le volcan avait sommeillé pendant près de deux siècles, depuis 1689, lorsqu'il se réveilla en mai 1883 ; mais ce ne fut que trois mois plus tard, le 27 août, qu'eut lieu le désastre qui coûta la vie à soixante-dix mille personnes. Le bruit formidable de l'explosion fut entendu en Nouvelle-Guinée, aux îles Philippines, dans l'Australie occidentale, et même à Ceylan, à huit cents lieues de distance. Les cendres du volcan se dispersèrent jusqu'au cœur de l'Europe. Un grand nombre de villes et de villages situés sur les côtes de Java et de Sumatra furent détruits par de monstrueuses vagues qui se propagèrent à d'énormes distances. Les vagues aériennes causées par les troubles atmosphériques firent plusieurs fois le tour du globe, et pendant plus de deux ans les habitants de toutes les parties du monde purent voir flotter dans les hautes régions de l'atmosphère de. petites particules qui afTectaient les plus splendides couleurs au coucher du soleil.
Quoique les volcans de Java ne soient pas tous aus&i redoutables, il n'en est pas un qui ne puisse être appelé à causer les plus effroyables destructions. Parfois, après un long sommeil, ils sortent subitement de leur repos pour anéantir les populations voisines. C'est de cette façon que lePapandajan, en 1772, détruisit quarante villages. Beaucoup ne sont éteints qu'en apparence, et peuvent se réveiller sans aucun avertissement. Par leurs longues période»
d'inactivité, ils entretiennent le pays dans une fausse sécurité, jusqu'à ce qu'ils signalent un jour leur puissance par une explosion imprévue. Les volcans de Java appartiennent, comme ceux de l'Islande, à la classe des « paroxysmaux » , les plus perfides, les plus dangereux de toute la famille des volcans. Très rarement ils émettent des laves : il semble que les vapeurs n'ont pas une pression assez forte pour porter jusqu'aux cratères les matières en fusion, et l'on ne rencontre guère à Java ces belles coulées de lave qui sillonnent les flancs de nos volcans classiques, le Vésuve, l'Etna, l'Hékla. Au lieu de fleuves de lave, ce sont souvent des fleuves de boue qui se déversent du sein des cratères et des fissures. En 1875, le Kloet (1) vomit des torrents de boue qui dévastèrent toutes les cultures environnantes et causèrent d'incalculables dégâts. Aux éruptions de boue se joignent parfois des éruptions d'eau chaude, comme celle du Geloengoeng en 1823. Mais beaucoup de volcans, et les plus violents de tous, ne vomissent que des cendres, des ponces, des sables, des scories, des lapilies, et il ne se passe guère d'années sans que l'une ou l'autre belle vallée de Java soit ensevelie sous des montagnes de débris.
Et pourtant, par un étrange contraste, c'est à ces volcans qui la dévastent périodiquement que l'ile la plus fertile de l'univers doit son existence même. Les feux qui la soulevèrent lui ont donné sa configuration actuelle. A ce soulèvement a dû correspondre un affaissement qui donna naissance à la mer de Java, et qui sépara Java du continent asiatique, auquel elle semble avoir été unie par Sumatra dans une période géologique antérieure. C'est par suite de
(1) La diphtongue oe se prononce ou, aussi bien dans les noms malais ou javanais que dans les noms hollandais. Kloei se prononce' Klout; Soerabaja se prononce Sourabaya, etc.
cet affaissement que les côtes septentrionales de Tile sont plates et marécageuses, couvertes d^épais mangliers, et, pour toutes ces raisons, assez malsaines, tandis que la côte méridionale n'est qu'une immense muraille taillée à pic et s*élevant à plus de deux cents mètres de hauteur.
Lorsqu'on considère le relief de Java sur la carte, on est frappé du contraste entre la portion occidentale de Tilè et la portion orientale. A Touest, c'est un massif montagneux extrêmement serré et enchevêtré, hérissé de cônes volcaniques entre lesquels se creusent de profondes et étroites vallées. A Test, au delà du Merbaboe, lés volcans sont plus clairsemés, et entre leurs massifs isolés s'ouvrent de grandes plaines où serpentent des rivières : c'est une contrée moins tourmentée, moins confuse, plus fertile, plus habitable, et, partant, plus peuplée ; c'est là que s'épanouirent les anciennes civilisations, dont les ruines d'édifices grandioses attestent la splendeur; c'est là que subsistent les sultanats de Soerakarta et de Djockjakarta, derniers vestiges de l'antique royaume de Mataram. Cette division de l'île en deux portions est si marquée, que les habitants les ont de tout temps distinguées par deux noms différents : de même que l'Angleterre et l'Ecosse désignent deux portions bien distinctes d'une même île, de même, chez les Javanais, le nom de Java désigne spécialement la portion orientale de Tile, tandis que la portion occidentale s'appelle Soenda ou Sonda, nom qui a passé par extension à tout l'archipel de la Sonde, Deux races distinctes, parlant des langues différentes, le javanais et le soendanais, habitent les deux parties de l'île.
11 est difficile de déterminer exactement le nombre des volcans actifs de Java, à cause des modifications constantes que subit l'activité volcanique, et aussi parce que l'intérieur de l'Ile n'est pas encore complètement connu.
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Junghuhn, qui consacra une grande partie de sa vie à explorer les volcans de Java, en comptait quarante-cinq; mais on estime aujourd'hui que Java ne doit pas avoir moins de cinquante volcans actifs. Dix de ces volcans ont plus de trois mille mètres d'altitude, et le Semiroe, qui passe pour le plus haut de tous, s'élève à 3,710 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans nos climats tempérés, des cimes de pareille hauteur se draperaient d'un perpétuel manteau de neige ; mais les montagnes de Java sont absolument dépourvues de cet élément qui forme un des traits caractéristiques de nos paysages alpestres : la neige est inconnue dans une île qui n'a point d'hivers, et dont les saisons ne sont marquées que par le changement de direction des moussons.
Pourtant les vents du sud, dont l'haleine s'est refroidie au contact des glaces du pôle austral, font sentir leur influence jusque sur les versants méridionaux de Java; mais sous une latitude aussi voisine de l'équateur, la région des neiges ne commencerait probablement qu'à une altitude supérieure à quatre mille mètres. La neige n'a fait que deux ou trois apparitions éphémères sur les plus hautes cimes de Java depuis que l'île est connue des blancs.
Les cônes volcaniques sont si parfaitement alignés sui^ vaut une direction rectiligne, qu'il n'est point douteux que leurs saillies ne soient des lignes de fente correspondant aux boursouflures du sol provoquées par la pression interne. Une ligne droite qu'on tracerait en suivant l'axe de l'ile passerait par les principaux volcans, le Salak, le Ghédé, le Slamat, le Soembing, le Merbaboe, le Lawoe, le Tenger, le Lamongan, le Jang et le Rawoen. La chaîne volcanique est tantôt simple, tantôt double, mais toujours elle surgit loin du littoral, au cœur de l'île, dont elle forme l'épine dorsale.
La constitution du sol de Java subit de constantes trans-
formationa sous les yeux mêmes des générations actuelles. On peut juger des profondes modifications qui doivent, à la longue, résulter des éruptions répétées des volcans actifs, tels que le Goenoeng Goentoer, qui eut dix-sept éruptions en un demi-siècle, et qui couvrit chaque fois le pays d'énormes masses de sable, de cendres et de débris. Les bouches volcaniques, elles aussi, changent constamment d'aspect, se déplacent fréquemment, et il arrive souvent que les lieux décrits par des témoins oculaires deviennent méconnaissables quelques années après. Ainsi je n'ai point reconnu dans le cratère du Mérapi la description de Junghuhn, antérieure aux récentes transformations du volcan.
S'il est permis d'affirmer que les agents qui ont créé l'île de Java sont les mêmes feux souterrains qui la dévastent aujourd'hui encore, ce serait toutefois une erreur de croire que le sol de l'île se compose uniquement de roches volcaniques. Cette erreur, longtemps accréditée, n'a été dissipée que depuis les explorations approfondies de Junghuhn : personne, avant lui, n'avait remarqué les montagnes tertiaires de Java, et ce fut une grande surprise lorsqu'il révéla qu'un cinquième à peine de l'île se compose de roches volcaniques, taudis que les roches stratifiées d'origine tertiaire occupent les trois cinquièmes, et que le cinquième restant est composé d'une terre d'alluvion qui repose vraisemblablement sur une base tertiaire. Les cônes qui constituent les parties saillantes de l'île sont donc comme autant d'îlots qui surgissent du sein d'une mer de roches tertiaii'es. C'est que les volcans ne peuvent percer qu'au travers de la croûte terrestre déjà formée, soit que les eaux la couvrent encore, soit qu'elle en émerge : en se faisant jour au dehors, les forces souterraines doivent transporter une portion de cette enveloppe siliceuse de la terre, et il se conçoit ainsi qu'une grande partie du sol d'une île
créée par les volcans se compose de roches sédimentaires.
11 y a une parenté si intime entre les éruptions volcaniques et les tremblements de terre, que les deux phénomènes sont à Java presque aussi fréquents Tun que l'autre . Suivant Junghuhn, les insulaires de Java n'ont pas eu moins de cent tremblements de terre dans Fespace d'un demi-siècle. En 1867, la ville de Djokjakarta fut détruite de fond en comble par une de ces commotions provoquée par le volcan du Mérapi. En 1879, ce fut la ville de Tjandjoer quifut remuée dans ses fondements. L'explosion du Krakatau, en 1883, causa d'effroyables secousses dans une grande partie de l'île. La ville de Batavia elle-même fut souvent éprouvée par les tremblements de terre, et c'est la raison pour laquelle on n'y construit pas de maisons à étages. Lçs Javanais redoutent moins encore les éruptions volcaniques que les tremblements de terre, et c'est pourquoi ils s'alarment lorsque leurs volcans restent trop longtemps en repos, car c'est lorsque les feux souterrains ne peuvent trouver d'issue que se produisent les ébranlements du sol.
L'activité volcanique dont Java est le théâtre se manifeste par d'autres phénomènes encore, tels que les salses ou volcans de boue et les sources thermales qu'on rencontre dans toutes les parties de l'ile. Un grand nombre de ces sources ont des vertus curatives bien connues des indigènes.
J'étais attiré à Java surtout par les volcans, qui forment le caractère dominant du pays. Après avoir visité les volcans qui ont formé la solitaire Islande, cette désolée " terre de glace » , j'ai voulu visiter ceux qui ont fait surgir une terre paradisiaque sous le glorieux soleil des tropiques.