SCÈNE IV
BLAVEAU , MOLARD.
BLAVEAU.
Te voilà enfin !.. ce n'esi pas malheureux...
MOLARD
Dix-sept minutes et demie !.. J’arrive de toute la vitesse d'un cabriolet compteur... Mais quelle affaire si pressante ?;.
BLAVEAU.
Veux-tu m’écouter?
MOLARD
Je ne suis venu que pour ceia.
BLAVEAU.
En ce cas, assieds-toi, et préte-moi une oreille attentive !..
MOLARD
J'en apporte deux à ton service.
(Ib s'assoient.)
BLAVEAU.
Au nom du ciel, quitte ce ton léger... La confidence que j'ai à te faire est grave, sérieuse... et longue, surtout.
MOLARD
Longue?.. Au moins, tu ne prends pas tou monde en traître... j'aiine mieux ça.
BLAVEAU.
Six années passées ensemble au collège de Château-Chinon, et, pins tard, nos relations d'amitié m’ont appris à te connaître... Malgré ta gatté insupportable, lu es bon, sensible et dévoué à tes amis.
MOLARD
Ça va sans dire... Mais tu es bouleversé!.. Serais-tu malade ?
BLAVEAU.
De corps, peu... d’esprit, énormément; et c’est parce que mon moral est affecté, que j’ai désiré te voir, mon cher Polycarpc ; j’ai besoin de déposer quelque chose dans ton sein.
(Il soupire.)
MOLARD
Dépose, mon ami, dépose... tu m’effraies!
Est-ce que mon mariage avec ta jolie nièce rencontrerait de nouveaux obstacles ?
BLAVEAU.
Ma nièce est toujours à Melun , et , pour que cette union s’accomplisse, il te faut, tu le sais, obtenir la place de commissaire-priseur (Avec emphase.) vacante dans cette cité... Ce n’est donc pas de cela qu'il s’agit
MOLARD
En ce cas , explique-toi.
BLAVEAU.
Eh bien! tu vois dans Anténor Blaveau l’homme le plus malheureux de la douzième légion !
Ah! mon Dieu! tu m'épouvantes !.. Est-ce que, dans les dernières élections, on t'aurait enlevé les galons de caporal ?
blaveau.
11 est bien question de grades et de dignités! il s’agit de mon pauvre copur d’époux labouré en tous sens par la jalousie !
MOLARD
Jaloux de ta femme?., c’est bien rococo, mon cher... Mais enfin, chacun a sa monomanie...
Et que peux-tu soupçonner?
BLAVEAU.
Que je lui suis odieux... et qu’elle a peut-être soif de Ja séparation de corps.
MOLARD
Ah bah!.. Et tu as sans doute des preuves...
Elle te montre de la froideur... beaucoup d’indifférence?.,