LAVEAU
Ail contraire, mon ami... elle m’enveloppe de petits soins, elle a pour moi mille attentions conjugales... elle me dorlotte , me cajole, et je tremble, hélas ! que chaque baiser ne cache une affreuse trahison !..
MOLARD
Cependant, elle ne t'a pas épousé par autorité de justice ?
BLAVEAU.
Non.
Vous avez fait un mariage d’inclination ?
BLAVEAU.
Oui.
MOLARD
Eh bien?..
BLAVEAU.
Eh bien ! j’étais heureux, tranquille , et maintenant...
MOLARD, l’interrompant.
Tu liais la campagne...
BLAVEAU.
C’est ça... je bats la campagne... parcequeje suis jaloux... parce que j’ai peur !
MOLARD
Jaloux de qui?
BLAVEAU.
Je n’en sais rien.
MOLARD
Peur de quoi ? As-tu jamais été trompé ?
BLAVEAU.
Non... mais qui m’assure que je ne le serai jamais... et pourtant...
AU : (Tétait un toir. Int tu *f>r.|
De me tromper serait-elle excusable?
Je l’aime tant... Mais, ô fatalité!
L’occasion fait toujours le coupable.
Je tremble, hélas ! pour sa fidélité.
Qu’un autre vienne, aura-t-il l'avantage?
Je m’interroge... et mon coeur a frémi t
Car du soldat connaît on le courage,
Avant qu’il ait affronté l’ennemi ?
MOLARD
Mon ami , y a-t-il long- temps que tu n’as été saigné?.. Je crois que je ferai bien d’écrire à
UN SERVICE D’AMI
Montmartre , au docteur Blanche , et de lui de- 7 mander pour toi une chambre dans sa maison de I santé...
BLAVEAU.
Je suis fou, je suis idiot... je suis enfin tout ce qu’il te plaira... mais je veux savoir si cette femme qui m'aime tant , ou qui feint de m’aimer, résisterait à un plus joli garçon que moi , si elle le voyait à ses pieds, lui prodiguait de douces paroles d'amour... et j'ai compté sur toi pour avoir l’esprit tranquille à cet égard.
Compté sur moi !.. et en quoi ?
BLAVEAU*
Il me le demande! ô amitié, que tu es peu clairvoyante! Comment, mon cher, tu ne devines pas que , dès aujourd'hui, je veux que tu te déclares l'amant passionné de madame Blaveau, que tu lui fasses une cour assidue , que tu la captives par une passion désordonnée, que tu la subjugues par un de ces amours effrénés qui vouscoûteut si peu, à voua autres jeune-France, je veux, en un mot... que tu séduises ma femme...
MOLARD
Et c'est moi , moi , Polyearpe Molard , naturellement si impressionnable et connu par ses succès auprès des dames , que tu choisis pour une telle entreprise! c’est très dangereux pour toi, je t'en avertis...
BLAVF.AU.
C’est-à-dire que tu crains de réussir... je te remercie de la bonne opinion que tu as de M“* Blaveau !
MOLARD
Mon Dieu ! j’estime infiniment ta femme, mais permets-moi de te rappeler mes quelques bonnes fortunes dans notre departement de la Nièvre!., ab ! mon ami , crois-moi , c'est un vilain jeu...
BLAVEAU.
Que t’importe ?., je le veux... je l’exige...
MOLARD
Et moi, je refuse!., m'exposera... un ami!., oh ! fi donc ! fi donc !
BLAVEAU.
Tu refuses ? eh bien ! tu auras à te reprocher tout ce qui pourra en advenir. D'ahord, ma nièce ne sera jamais à toi... ensuite, j'irai sur le boule vart des Italiens... je choisirai le jeune dandy le mieux bâti , le plus élégamment vêtu... celui dont les favoris seront le mieux taillés, les gants les plus frais, les cheveux les plus longs... la canne à pomme d’or la plus grosse , et je lui dirai : « Inconnu, rendez-moi le service qu’un » ami tn’a refusé... venez faire la cour a ma » femme... faites-moi le plaisir de séduire ma » femme... «Dis-moi, Polyearpe, veux-tn me voir livré à une pareille extravagance ?
molard , à part.
Je connais le gaillard ! il serait capable de le faire.
BLAVEAU.
Voyons... tu fléchis, u'est-ce pas? tu te rends à mes prières... ce que je te demande est ridicule... absurde même, je le sais... mais, après ; tout, il s'agit de mon bonheur, du bonheur d’un
ami à qui lu rendras le repos et la tranquillité pour le reste de ses jours !