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belle. C'est un quatuor de basses, d'abord très largement déclamé, qui s'achève par un ensemble grave, un peu étouffé, où la menace et la colère grondent à des profondeurs mystérieuses.
La clarté n'est pas le moindre mérite de Manfred. De toutes les œuvres de Schumann, c'est la plus accessible et la plus dégagée. Elle est sans surcharges et sans longueurs, habilement coupée de morceaux d'orchestre qui se détachent avec relief. Citons l'évocation du Génie de Tair, l'entr'acte en fa avec sa terminaison originale, et surtout une page délicieuse : l'apparition de la Fée des Alpes. Cette musique fluide donne une sensation de fraîcheur comme la pluie des cascades légères. C'est un effet exquis d'harmonie imitative sans recherche du procédé ni de l'artifice.
Un rien suffit à Schumann pour faire un tableau. Avec cette vision de fée, ailleurs avec quelques notes moelleuses de cor anglais redites en écho, il esquisse un paysage de montagnes, il égale la poésie de Byron. Elle est sublime ici, cette poésie, et nous lui rendons hommage. Nous oublions les .défauts du drame, nous pardonnons à Manfred hi monotonie de sa plainte et les redites de sa douleur. Qii'il ne soit même, je le veux bien, pour emprunter à M.Caro le bonheur d'un mot récent,
qu'il ne soit qu'un « virtuose du désespoir», c'est
un virtuose incomparable. Le génie de Byron s'est attaqué aux forces les plus puissantes de la nature, à ses spectacles les plus grandioses, et il n'a pas été vaincu. Il a vu le soleil se lever sur les glaciers, et son œil n'a pas été ébloui. Quelle scène que celle de Manfred sur les cimes !
Jungfrau î Le voyageur qui pourrait sur ta tête S'arrêter, et poser le pied sur sa conquête, Sentirait en son cœur un noble battement, Quand son âme, au penchant de ta neige éternelle. Pareille au jeune aiglon qui passe et lui tend l'aile, Glisserait et fuirait sous le clair firmament!
Manfred Ta senti, ce noble battement, il a foulé les neiges pures et les aigles l'ont frôlé de leur aile. Sur ces sommets, le vertige (ou plutôt le délire sacré) le saisit ; il éclate en strophes sublimes, en appels éperdus au soleil, à la terre immense, aux rochers sur lesquels il est tenté de se briser, aux vallons dont son cadavre, hélas ! souillerait la pureté. My mothcr Eartli ! à Terre, ma mère ! s'écrie Manfred. O nature^ ma mère ! pourrait dire Byron. Elle est bien la mère de sa poésie. C'est au spectacle de sa beauté qu'il s'anime ; c'est sur son sein qu'il se repose, et, comme le lutteur de la Fable, c'est au contact de sa force éternelle qu'il renouvelle la force de son génie.
Manfred est redescendu des montagnes. Il pénètre dans l.€ royaume des Esprits jusqu'au trône d'Arimane, leur souverain. Il évoque Astarté et rinterroge. Ici, comme toujours, le Manfred de Schumann ne chante pas : il parle seulement, mais Torchestre chante pour lui la plus mystérieuse cantilène, une des plus simples et des plus pures inspirations de Schumann, un de ces doux rayons qui brillent parfois dans son œuvre généralement sombre. Quel dommage qu'il n'ait pas retrouvé de tels accents pour la veillée suprême de son héros! C'est dans Byron un passage incomparable. Manfred, rentré dans sa demeure, a prié qu'on vînt l'avertir quand le jour baisserait. Il veut, avant de mourir, regarder une dernière fois le soleil couchant. Appuyé contre sa fenêtre, il fait à l'astre qui descend de magnifiques adieux :
« Disque glorieux ! Idole de la nature naissante! Toi le plus jeune des ministres du Tout-Puissant ; toi qui portas le premier sur le sommet des montagnes la joie au cœur des bergers chaldéens... »
Schumann a malheureusement rétréci ces vastes horizons. Il a un peu écourté cette scène, à laquelle il consacre seulement quelques mesures d'un mélodrame assez froid. En revanche, quelle inspiration couronne Tœuvre ! Schumann ici dépasse Byron. Le soleil a disparu. Manfred se
meurt : « Vieillard, dit-il au prêtre qui l'exhorte en vain, vieillard, il n'est pas si difficile de mourir ! » Et le prêtre, penché sur lui, reprend : « Il est mort. Son âme a fui loin delà terre. Où donc? Je crains d'y penser, mais elle a fui. >> C'est un peu sec ; Schumann Ta senti. En deux pages de musique sacrée, par un Requiem à peine murmuré sur des orgues lointaines, il donne à ce crépuscule funèbre une solennité grandiose. Manfred expire, et le Lux (^/(?r;/^,s'épanouissant avec la reprise de l'orchestre, jette sur la fin de ce poème sceptique et désespéré un suprême rayon d'espérance et de foi.
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UL poème, fût-ce Manfrcd^ ne s'imposait comme Faust au maître de Zwickau.
Le Faust de Schumann ne contient que trois courtes scènes tirées du premier/^<^//52' de Goethe. Si belle que soit Tune d'elles, la scène de Téglise, nous n'y insistons pas. C'est de la seconde partie du poème allemand que le musicien s'est presque exclusivement inspiré ; là s'est concentré son génie. Loin de nous la pensée de tout louer, ou seulement de tout expliquer dans le second /'j//^/ de Goethe ! Il est plein de bizarrerie, de contusion et de défaillances, mais on y rencontre encore d'incontestables beautés. S'il ne pouvait, comme le premier, passer tout entier de la poésie dans la musique, il oiïrait encore aux compositeurs quelques scènes admirables oii Goethe s'était souvenu de lui-même. Ces fragments, qui nous restent à
examiner, sont la scène du sommeil et du réveil de Faust, la scène avec le Souci, la mort de Faust et le grand épilogue du paradis.
Au point de vue philosophique, selon la logique supérieure de Tidée, le premier Faust n'est qu'un détail dans l'ensemble. L'histoire de Marguerite, bien qu'elle ait effacé tout le reste, est dans le plan général un épisode et rien de plus. La volupté, l'amour ne suffisent pas à remplir une vie, et surtout la vie de Faust. Son âme est avide d'autres jouissances et capable d'autres épreuves. A la politique, à l'art, à la philanthropie, aux passions généreuses et bienfaisantes^il demandera le secret du bonheur, et la mort ne viendra pas si vite arrêter sa recherche infatigable.
Après avoir laissé Marguerite inanimée sur les dalles de l'église, Schumann, par un contraste puissant, ouvre la seconde partie de son Faust sur un paysage des Alpes. Après les voûtes étouffantes, le grand air et le ciel bleu. Comme Berlioz, Schumann a fait dans son œuvre une large part à Tamour de la nature. Il a, comme lui, mis en lumière cet aspect du génie de Goethe, ce sentiment tout moderne que, seul peut-être des poètes antiques, Lucrèce a parfois soupçonné. Les anciens décrivaient admirablement la nature, mais ils ne l'aimaient pas comme nous l'aimons.
Us en personnifiaient, ils en divinisaient les forces et les grâces, mais sans presque jamais faire d'elle leur amie, la confidente de leurs joies, la consolatrice de leurs peines ou de leurs fautes. Un ancien n'eût peut-être pas compris ces vers :
Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime, Plonge-toi dans son sein, qu'elle t'ouvre toujours.
Comme les grands poètes modernes, même les poètes en prose, tels que Jean-Jacques Rousseau et Chateaubriand, Goethe avait au plus haut degré cette tendresse pour les choses. Son Faust a par moments des élans d'admiration pour les splendeurs de la terre. Échappant à l'angoisse qui l'oppresse, il chante alors, sinon à Dieu, du moins à la nature, des hymnes enthousiastes et reconnaissants. Il la remercie d'être toujours aussi jeune, aussi belle. Endormi dans la nuit sereine, il oublie le drame sanglant achevé la veille dans le cachot de Marguerite, et, de leur vol léger, les sylphes effleurent son sommeil. Sans avoir ici autant de couleur que Berlioz dans une scène analogue de la Damnation de Faiist^ Schumann a beaucoup de grâce et de poésie. L'introduction orchestrale, mollement balancée, le chant aft'ectueux d'Ariel et le choeur aérien des Génies sont des pages élégantes et pittoresques.
Après cette nuit de repos, quelle aube éblouissante ! Le cri d'Ariel annonçant l'aurore a Téclat aigu du premier rayon de soleil. On dirait que la lumière jaillit avec le son des clairs appels de trompettes, du frémissement général de Torchestre. Les sylphes effarouchés se blottissent sous les fleurs, et Faust s'éveille doucement, apaisé par les fraîches rosées du matin , étendu sur la terre, « qui cette nuit encore lui est restée fidèle, » et qui « respire » à ses pieds comme un ami gardien de son sommeil. «Regardez là-haut, s'écrie-t-il.Les sommets gigantesques des montagnes annoncent déjà l'heure solennelle. » La période musicale est admirable d'ampleur et de richesse mélodique; elle exprime l'ivresse de la vie reconquise dans toute sa plénitude, plus qu'un réveil, presque une résurrection.
Sans aucune des ressources du théâtre ou de l'action dramatique, Schumann esquisse admirablement dans cette scène le caractère philosophique de Faust. C'est bien le sombre penseur, repris parfois aux séductions de la vie, mais le plus souvent meurtri par ses chocs douloureux. Ce nouveau soleil, si joyeusement salué, monte à peine au-dessus de l'horizon que Faust déjà s'en détourne ébloui. Il n'en peut supporter que le reflet diapré par les eaux de la cascade: « Ce reflet
coloré, c'est la vie, » dit-il avec tristesse, et toute Tamertume de cette pensée est dans une phrase mélancolique et quelque temps suspendue. Schumann a le secret de ces tableaux émouvants, qu'il indique d'un trait et qui s'achèvent dans l'imagination de Tauditeur.
Mittcrnacht (Minuit), tel est le titre de la scène suivante, une des dernières dans le drame de Goethe. Schumann a laissé de côté les scènes intermédiaires : la cour de l'empereur, l'épisode d'Hélène, celui d'Homunculus et la nuit de Walpiirgis : tout cela prêtait peu à la musique. Faust est chargé d'années et de gloire : il a repoussé les ennemis et sauvé l'empire. Il a été l'amant d'Hélène, ressuscitée pour lui appartenir. Au gré de sa fantaisie toute-puissante, il a promené à travers le monde le tourbillon de sa vie. Son activité, toujours plus haute et plus pure, s'applique maintenant aux grands problèmes économiques. Il connaît ce que M. Blaze de Bury nomme, avec originalité, la volupté de l'amour social. Trop longtemps épris de sa propre félicité, son rêve s'est ennobli : il veut désormais Thumanité heureuse, heureuse par lui dans le travail et Tabondance. Perdu dans ces sublimes pensées, il veille seul au milieu de son palais endormi. La poésie pourrait sembler ici quelque peu rebelle à la musique.
De cette allégorie austère le génie de Schumaiin a pourtant triomphé. Il a chaudement coloré les abstractions de Goethe, il a fait de cette scène purement philosophique un drame plein d'action et de terreur. Quatre spectres de femmes, murmurant de sourdes imprécations, se glissent dans les ténèbres jusqu'à la porte de Faust. La nuit est lugubre et les nuages fuient sous le vent. Un scherzo vivement rythmé rappelle parfois certaines sonoi'ités fantastiques de la fonte des balles dans \^ Freiscluit^; des unissons stridents ont l'éclat de la foudre. Voici minuit, l'heure de l'angoisse et de la peur. Faust prête l'oreille, il entend des voix menaçantes et des fantômes l'effleurent. Il voudrait fuir, mais trop tard, les puissances infernales auxquelles il s'est livré. La superstition, la magie peuplent ses nuits de rêves terribles. Le savant docteur, le héros de cent victoires, tremble comme un enfant. La porte a grincé, qui donc est là dans l'ombre? C'est le Souci, le sombre compagnon qui suit derrière nous notre chemin. Faust, ne l'as-tu donc jamais connu? Alors éclate une réponse admirable, un cri de superbe révolte contre l'humaine misère et l'éternel chagrin. Faust, avec une énergie désespérée, avec une sorte de fierté triomphante, se reprend au souvenir encore récent de son bonheur,
aux réalités rassurantes de sa vie déjà longue. Le sentiment est étrange, difficile à préciser avec rigueur, mais il se trahit à chaque mesure de cette page extraordinaire. Presque au moment de mourir, au sommet de sa vie, le vieillard se retourne pour la regarder. Elle se déroule derrière lui comme un fleuve près de se perdre dans la mer. Il n'a fait « que désirer et accomplir », il a vécu sans soucis et sans crainte, et voudrait couronner par la sagesse et la sérénité l'activité de sa jeunesse superbe. Ces pages de Schumann sont d'une rare beauté. Avec quelle angoisse Faust se débat sous l'étreinte du spectre! Avec quelle détresse il appelle, contre les funèbres chimères quil'assiègent, le témoignage des joies d'hier, des voluptés puissantes d'une vie plus qu'humaine ! Malgré cette explosion d'enthousiasme, l'implacable fantôme le harcèle. Autour de sa menace obstinée, Torchestre enroule un accompagnement serré, plein de dissonances douloureuses. Enfin lesouffleaveuglant du spectre qui fuit étend sur les } eux de Faust une nuit éternelle.
Soudain, des ténèbres qui s'épaississent autour de l'infortuné monte le sanglot le plus profond qui brisa jamais une voix humaine. Faust pleure la lumière perdue, la lumière que Goethe aimait tant, qu'il appelait encore au moment de mourir.
Plainte déchirante comme celle d'Œdipe aveugle, où la musique moderne égale la poésie antique. Mais si, pour Faust, l'ombre s'estfaiteau dehors, au dedans resplendissent de plus vives clartés.
Qiiand l'œil du corps s'éteint, l'œil de l'esprit s'allume.
Transporté par de radieuses visions, il se relève et jette à pleine voix un cri de triomphe. Nous sommes ici à des hauteurs que la musique atteint rarement. Cette péroraison est soulevée par un souffle prodigieux de bravoure et d'héroïsme. Ainsi devait chanter Homère le grand aveugle illumxiné!
Voici que Faust touche à sa dernière heure. Devant sa porte, des légions de squelettes creusent avec des gestes bizarres la fosse qui doit l'engloutir. Méphistophélès mène la lugubre besogne, excitant les fossoyeurs fantastiques. Faust paraît sur les degrés de son palais. Sous les colonnades où luisent les torches, il cherche son chemin, guidé par les sonorités incertaines des cors. C'est une majestueuse apparition que ce vieillard plongétoujours dans sa pensée et, si près de mourir, encore ravi par de prophétiques extases. Il veut purifier la contrée qu'il habite, dissiper les vapeurs qu'exhale une terre malsaine, rendre au travail fécond des espaces infinis... Il entend déjà le fer qui frappe
la terre, un bruit confus réjouit son oreille. Sans doute mille bras robustes se mettent à l'œuvre, à son œuvre bien-aimée. Leurré jusqu'à la fin par l'implacable ironie de Méphistophélès, il écoute. Est-il une scène plus pathétique? Le démon se tait. Il guette dans l'ombre, attendant que la mort lui livre enfin cette victime, qui chante au penchant de sa tombe. Jamais Faust ne s'est plus avidement enivré des promesses de l'avenir. Une radieuse lumière éclaire les perspectives infinies de ses rêves. Son chant plane au-dessus de la terre, sur les hauteurs où l'emporte une hallucinationsublime. L'orchestre tout entier s'enfle et se soulève en un crescendo terrible. Haletant, éperdu d'enthousiasme, Faust touche « au moment ineffable », mais la mort l'abat en plein triomphe : il roule au fond de Fabîme. Chute retentissante comme celle de la foudre. Il tombe comme ont dû tomber les Titans et les anges, et le fracas de sa ruine éveille de formidables échos. Ils se taisent peu à peu, et le silence se fait sur cette fosse. Es ist vollhraclif! Tout est fini. Tout est consommé, oserait-on dire, car celui qui vient de mourir était presque un dieu.
Chacun admire, dans le Faust de M. Ch. Gounod, avec quel recueillement la foules'agenouille autour du cadavre de Valentin. Nous retrouvons
ici le même effet, mais beaucoup plus puissant.
Faust est donc mort! Et après quelle vie! Après tant d'agitation, tant de bruit, quel silence et quel repos! Méphistophélès jetïe un dernier regard de mépris sur le sépulcre où l'homme vient enfin de s'engloutir avec son désir inassouvi. Quelques mesures de chœurs sont d'une impassibilité terrible, et <les accords de cuivres, très doux, très soutenus, prolongent de lugubres harmonies.
Schumann a suivi Faust au-delà de la tombe. Il a voulu, comme Goethe, dénouer entièrement le drame de sa destinée et remettre son âme entre les mains de Dieu. Toute la dernière partie de l'œuvre se passe en plein ciel, ou plutôt dans ce paysage idéal où Goethe, toujours épris de la nature, a placé le paradis. Un chœur d'un contour délicat et d'une fraîcheur exquise chante la quiétude de ces mystérieuses retraitesi La mort a tout apaisé. La lutte douloureuse est finie. Au milieu des rochers, dans les forêts, de saints vieillards vivent en prière, partageant avec des animaux familiers l'abri de leurs grottes hospitalières. Le début de cette scène est patriarcal. Il rappelleles légendes de saint François d'Assise et les fresques naïves des peintres ses contemporains. Le poète et le musicien ont compris comme ces maîtres primitifs le recueillement des solitudes de Dieu.
En dépit des obscurités et des longueurs, malgré
Tatmosphère un peu vague où flottent les docteurs etlessaints,répilogue dui^<^î/5/deGoetherestedans son ensemble une conception admirable, et la musique de Schumann égale les splendeurs mystiques delà poésie. Le beau chant du P^^/^r extatieus^ avec l'accompagnement passionné des violoncelles, a la tendresse brûlante d'une page de sainte Thérèse. Il est devenu banal de parler ici de Dante et de son Paradis. Le rapprochement a été fait trop souvent, mais il s'impose toujours. Singulière réminiscence! le grand artiste païen, à la fin de son œuvre, est dominé par le souvenir du plus croyant des poètes. Le philosophe, le sceptique chante des hymnes de foi, d'extase même. Ce souffle embrasé d'amour divin, cette assomption d'une âme élevée de ciel en ciel, portée par les anges et saluée par les chérubins; l'intercession de Marguerite obtenant le salut desonbien-aimé; enfin cet «éternelféminin>/, ce fameux Ewigcs Weiblichc^ ce principe toutpuissant de tendresse et de pardon, toute cette poésie mystique n'est-elle pas un reflet de la Divine Comédie ? Ne rayonne-t-elle pas aussi pure que Béatrice, celle qui fut Marguerite et qui, jadis abaissée jusqu'aux amours éphémères, va maintenant par un retour sublime, initier Faust au mystère de l'éternel amour?
Schumann n'a pas faiUi à sa redoutable tache.
Il a entendu les voix d'en haut, les voix qui firent toni'ber le luth des mains de sainte Cécile ravie. Les essaims des jeunes anges tourbillonnent en murmurant d'une voix enfantine leur cantique ingénu. Pour arracher Tàme de Faust à l'enfer, ils ont accablé Méphistophélès sous une pluie de roses. Et'maintenant ils s'élèvent vainqueurs, jetant encore les fleurs à pleines mai ns.
Manibus date lilia plenis !
Ce grand chœur est admirable de variété : d'abord tranquille et caressant, il éclate bientôt en cris de victoire. Les voix se mêlent et redisent toujours plus nombreuses, toujours plus assurées, leur chant de triomphe. Avec quelle grâce, avec quelle tendresse les anges accueillent cette âme sauvée? Avec quelle allégresse ils lui font fête! Bach et Haendel n'ont pas plus de puissance, ils ont moins de douceur. Ils n'ont jamais connu cette ardeur mystique, cette extase enivrante de l'âme où l'amour passionne la foi. Les grandes œuvres de ces vieux maîtres sont inspirées par une croyance robuste, par une religion austère ; elles n'ont pas l'émotion chaleureuse dont frémit la voix du Doctor Mari anus chantant celle
che letizia Era negli occhi a tutti gli altri santi '.