I. Dante, Paradiso, cant, xxxi
Le chœur des anges s'est tu. A travers les sereineshaniioniesdu prélude, des espaces immenses se découvrent. Au-dessus desharpes égrenant leurs accords cristallins se déroule un chant céleste, aussi virginal que les têtes de madones caressées par le pinceau religieux des peintres primitifs. Si Schumann n'a pas chanté les ivresses de Faust aux genoux de Marguerite, ne l'accusons ni de sécheresse ni de froideur. Il avait gardé sa flamme pour célébrer de plus chastes transports et de plus pures amours.
Parvenu sur ces hauteurs, il fallait s'arrêter ou descendre, et malheureusement Schumann est descendu. L'œuvre faiblit à la fin : les dernières pages manquent d'inspiration et de clarté. Le chant des saintes femmes priant avec Marguerite a de la grâce; mais il est un peu écourté, un peu vulgaire; il n'a pas le charme évangélique des strophes de Gœthe. Elles voulaient une mélodie simple et touchante, ces prières des amies de Jésus : la prière de la Samaritaine qui rafraîchit sa soif brûlante, celle de Madeleine qui baisa ses pieds divins. Enfin nous aimons encore moins le grand chœur fugué qui termine F ouvrage : c'est la conclusion froide d'une œuvre ardente et passionnée. Cette psalmodie monotone jette de l'ombre sur les splendeurs que nous avions entre-
vues. Schumann a refermé trop tôt le ciel qu'il nous avait ouvert.
Tel est le Faust de Schumann : un abrégé, une synthèse puissante du second Faust de Gœthe. <i On ne peut pas dire que l'intelligible soit toujours beau^ disait Gœthe à Eckermann, mais certes le beau est toujours intelligible, ou du moins il doit l'être. >/ Cette maxime condamne bien des pages du second Faust. Mais il faut être indulgent pour la vieillesse des grands hommes: leurs défaillances même ont droit à nos respects. Nenous arrêtons pas aux étrangctés, aux obscurités de Goethe octogénaire; assez de clartés illuminent encore son déclin. Schumann a pieusement recueilli ces rayons suprêmes. lia restitué au second Faust ce qui lui avait été enlevé : la mesure et la proportion. Ilnous a rendu un jF^//5/ humain, dramatique, celui que le génie robuste et sain de Gœthe avait conçu d'abord. Au lieu de développer la pensée du maître, il l'a réduite, et le vieil arbre a senti la sève revenir plus féconde à ses rameaux allégés. Schumann a donc résumé Gœthe, mais sans l'amoindrir. N'est-ce pas dans sa musique que se rencontrent le plus cesaccents « durs, pénibles, terribles », que le poète demandait? N'est-ce pas Schumann qui a le mieux compris, avec son génie allemand, cette figure tout aile-
RORERT SCHUMANN 2^1
mande de Faust? Faust, plus encore que Marguerite et que Méphistophélès, est le type national de TAllemagne. Il est son fils bien-aimé, Tenfant de ses entrailles. Il a la science austère et la profonde poésie de sa mère, les rêves et la mélancolie du Nord. Schumann avait tout cek, c'est de tout cela qu'il a fait son Faust. Nulle œuvre ne se prêtait mieux à son inspiration ; nulle ne reflète autant le feu qui dévorait son âme souffrante, et qui finit par la consumer.
Les
Chœurs bohémiens
de Moscou
Les
Chœurs Bohémiens
De Moscou
lEN ne gâte l'intérêt d\ui voyage et n'en diminue le profit comme rignorancede la S langue parlée dans le pays qu'onvisite. Si répandu quesoitnotreidiome^iln'est pas universel. Onparlefrançaisdansleshôtels,mais non pas dans leschampsni sur les chemins; et notre langue, qui partout nous assure bon souper et bon gite, ne nous assure que cela. Elle suffit pour la vie du corps, mais pour elle seule, et c'est trop peu, si le voyageur veut ne pas vivre uniquement de pain. En Russie, par exemple, les gens bien élevés savent le français, mais non pas les autres; et par les autres, sans nul dédain, j'entends le peuple, les humbles, les petits, qu'il vaut mieux parfois
interroger que les grands ; car la masse est plus originale que l'élite, et la rue plus pittoresque que les salons.
Ce silence qui, loin du pays, se fait autour de nous et au- dedans de nous, la musique seule le rompt. Qu'elle chante, et soudain nous ne nous sentons plus aussi étrangers; des voix que nous n'entendions pas nous parlent. La musique seule nous révèle les derniers secrets de la nature ; elle achève les plus beaux paysages et crée entre l'âme humaine et l'âmedes choses une mystérieuse intimité.
Qui n'a souhaité, comme l'héroïne du poète, d'entendre, par une belle nuit,
Un rossignol perdu dans l'ombre et dans la mousse. Ou quelque flûte au loin, car la musique est douce, Fait l'âme harmonieuse, et, comme un divin chœur. Eveille mille voix qui chantent dans le cœur.
Quel voyageur, assis un soir d'été près des flots de Naples, se lèverait avant que le pêcheur qui chante eût tourné le dernier rocher du Pausilippe? La beauté nocturne de Venise est dans la sonorité de ses Lgunes et les canzones lointaines des gondoliers. Les peuples les plus primitifs eux-mêmes sentent bien que la musique fait la nature plus belle, et les rameurs de Philœ ont coutume de n'aborder qu'en chantant aux rivages de leur île charmante.
Ce qui ne peut se dire se chante. L'honneur, et non pas, comme d'aucuns le prétendent, la faiblesse de la musique, est de savoir dire Tinefifable. Pendant un récent séjour à Moscou, c'est elle qui nous redisait le soir ce que nous disait le jour la grande et mélancolique cité, ce que nous auraient dit les hommes, si nous avions pu les comprendre. Chaque soir, nous aimions à retrouver le charme étrange de ce pays dans ses étranges concerts.
Aussi fameuses que les aimées de l'Egypte, les chanteuses de Moscou ne sont pas décevantes comme elles. Les voir, les entendre ne détruit pas leur prestige lointain, et les rêves se réalisent auprès d'elles, au lieu de s'envoler. Hongroises, Suédoises, Russes, Bohémiennes, se partagent la faveur des dilettantes moscovites. Sauf les Suédoises, qui s'étaient attardées à la foire de Nijni, nous les avons toutes entendues, surtout les Hongroises et les Bohémiennes. Hélas! elles ne chantent pas, comme nous aimions à le croire, dans les rues de la vieille ville. Qiiel décor pourtant offrirait à leurs fêtes bohèmes cette place, dominée par hi porte Sacrée, par les murailles et les dômes du Kremlin, surtout par cet amas de coupoles et de clochetons badigeonnés, assemblage de champignons monstrueux et multicolores, qu'on nonnne Léglise
Saint-Basile ! C'est là que nous aurions voulu les entendre, ou mieux encore sur une montagne A^oisine de Moscou, la montagne aux Moineaux, par une après-midi d'automne. Le ciel était sans nuages, et de ce bleu profond où se perd, après les batailles, le regard des héros blessés de Tolstoï. Nous dominions le versant boisé de la colline, et, de l'autre côté delà rivière, qui faisait un coude à nos pieds, Moscou luisait comme une ville d'argent et de pierreries. Derrière un bouquet d'arbres tintait la cloche d'une église peinte : les tilles des bois eussent été les bienvenues ce jour-là sur la clairière.
Mais elles ne vinrent pas. Elles dorment encore à l'heure où le soleil descend, et ne s'éveillent qu'à la tombée du jour. Alors elles se lèvent et gagnent les restaurants de nuit. C'est là qu'ilfaut les entendre. Le théâtre peut sembler mal assorti au spectacle, et le local manque de poésie. Cependant, ces restaurants sont en dehors de la ville, à la lisière des bois, et, lorsqu'on s'y rend en voiture découverte, au clair de lune, la route ne laisse pas d'être pittoresque. Elle l'est encore davantage par les belles nuits d'hiver, quand la plaine est toute blanche, et que les traîneaux volent sur la neige unie.
Il est sage d'entendre les Hongroises avant les
autres; il est rare qu'on veuille encore les écouter après. Je ne me souviens pas volontiers de ces filles épaisses, affublées de costumes dits nationaux, lourdement plantées sur des jambes voyantes, et menées par une matrone bouffie, qui s'aidait, en marchant, d'une canne retentissante. Soufflant avec bruit, malgré l'ampleur d'un disgracieux caraco, la hideuse compagnonne s'approcha du piano. Le tabouret grinça le premier, gemiiit sub pondère^ puis le clavier, sur lequel les doigts mous de la vieille essayèrent une ritournelle. Le chœur se mit à chanter. Les voix étaient vulgaires, presque ignobles ; même les plus jeunes avaient une âpreté rauque et comme une crudité d'eau-de-vie grossière. Cette demi-douzaine de vivandières chantaient et dansaient avec des intonations et des gestes de café-concertles aimables valses viennoises. Elles en écrasaient le rythme élégant, elles en profanaient les grâces délicates. Si leste que soit la muse de Strauss, elle répugne à ces allures équivoques : elle n'est pas sœur de Fantine, mais de Bernerette. Ce n'est qu'à Vienne, et par l'orchestre de Strauss, qu'il faut entendre jouer le Beau Danube bleu ou le Joli Mois de mal .Alors seulement on comprend hi fine poésie de la valse autrichienne et toutes les séductions de ce rythme à trois temps, si souple entre les mains légères des compositeurs viennois
Par bonheur, les Hongroises ne chantèrent pas longtemps. Les Bohémiennes parurent, aussi étranges que les autres étaient vulgaires. Pourtant, nulle bizarrerie de costume n'aidait à Toriginalité deleur aspect. Les unes étaient vêtues en ouvrières ; les autres, presque en grandes dames ; des diamants brillaient à plus d'un front. L'une d'elles nous frappa parla singularité de son type et de sa parure. Toute blanche entre ses compagnes brunes, elle semblait étrangère et comme captive au milieu d'elles. Leurs chevelures, aussi sombres que l'aile des corbeaux qui regagnent chaque soir les clochers du Kremlin, faisaient plus doux l'or soyeux de sa tête blonde; ses lèvres, auprès de leurs lèvres de pourpre, prenaient la pâleur rosée de l'églantine ; ses yeux avaient plus de lumière et les leurs plus de flamme. Elle était très jeune et portait, peut-être par un caprice d'enfant, un costume de fête dont les nuances éteintes s'accordaient avec sa beauté délicate. Auprès d'elle, une bonne vieille était assise, presque accroupie. Un châle rouge, qui lui couvrait les épaules et le cou, ne laissait passer que sa petite figure, jaune comme une orange et toute ridée, mais souriante derrière ses rides. Au premier rang se tenait la fameuse Pacha, dont le visage, malgré quelque fatigue, garde les traces récentes d'une beauté qui fut sou-
veraine. Ses yeux brillent d'un feu sombre, ou s'emplissent de vagues langueurs. Les veines d'azur courent sous la blancheur nacrée de ses mains; et, lorsqu'elle chante, le balancement de sa tête fme, un léger clignement de ses paupières à demi closes, trahissent le rythme intérieur auquel obéit d'instinct l'harmonieuse créature. C'est pour des fdles comme elle que les seigneurs se ruinent, surtout qu'ils se ruinaient autrefois. Les Bohémiennes furent un temps à Moscou la passion, la folie des jeunes gens et la terreur des mères. Elles ne prétendent à rien moins qu'à se faire épouser, et parfois elles y réussissent. Follement désirées, longtemps rebelles, elles finissent non par se livrer, mais par vous prendre, et l'on en cite plus d'une qui n'a donné sa petite main que pour un grand nom. Autant les autres chanteuses de Moscou sont libres, effrontées, autant les Bohémiennes i sont, en apparence, réservées et sérieuses. Avares, ' dit-on, de leurs amours autant que les autres en I sont prodigues, on ne leur connaît presque jamais de maîtres ou d'esclaves. De ceux qui ne sont pas de leur sang elles n'acceptent que les alliances légi- I times et durables. Les jeunes hommes de leur tribu sont les seuls complices de leurs faiblesses, les seuls élus de leurs caprices.
Les Bohémiens de Moscou habitent en dehors
de la ville. Ils gardent à Técart le secret de leur vie quotidienne et l'éternelle énigme de leur race, race mystérieuse qui parut en Europe vers le XY" siècle et qui, depuis quatre cents ans, promène ses tentes vagabondes des sierras d'Espagne et des bruyères d'Ecosse aux steppes de Russie. Gypsies, Gitanes, Zigeuner ou Bohémiens, ils étonnent, par leur insouciance et leur fantaisie, notre civilisation de plus en plus sérieuse et uniforme. Un rien les arrête, mais rien ne les attache. Qiie demain le ciel de Moscou leur paraisse trop sombre, ils attelleront leurs chariots, et, le soir, ils auront disparu derrière le coteau.
De tous les chanteurs étrangers que nous avons jamais entendus, les Bohémiens nous ont fait Timpressionla plus forte, les Bohémiennes, devrionsnous dire; car, dans les chœurs de Moscou, les femmes sont en majorité. Trois ou quatre hommes seulement, de leur voix et de leur guitare, soutiennent l'ensemble. D'abord, à peine effleurée et comme frissonnante, une guitare donne le ton et le rythme. Quand le thème est indiqué, les voix se posent toutes ensemble sur Taccompagnement, mais d'abord avec une telle douceur et une telle plénitude à la fois, que l'on croirait entendre le soupir d'une foule. Dès les premières mesures, tous les visages prennent une attitude attentive et
grave; les chanteuses, s'écoutant elles-mêmes, ne quittent pas des yeux Tinstrument d'où sort la mélodie qui les attire. D'abord, elles ne laissent échapper que des notes longuement tenues; mais peu à peu la guitare bourdonne plus fort, ses cordes vibrent, grincent sous les mains plus nerveuses. Les voix s'animent, le rythme se précipite, et, comme une cavale des steppes, voilà la chanson lancée. Alors la sensation musicale atteint une intensité extraordinaire. Sur un thème fort simple, banal même, quinze ou vingt voix de femmes amoncellent les plus riches harmonies, les variations les plus folles. Dans cette symphonie vocale, pas une lacune; pas un trou dans cette tramée aussi serrée qu'un tissu de soie. Les Bohémiennes ressemblent aux princesses des contes bleus : les perles ruissellent de leurs lèvres. Perles et pierreries, ces fioritures qui pétillent comme des aigrettes, ces gammes qui se nouent et se dénouent comme des colliers. Parfois un cri subit éclate, aussitôt étouflfé; un trille de rossignol siffle à des hauteurs prodigieuses et s'achève par un i trait qui retombe en pluie d'étoiles. Oh ! les Bohéj miennes à la bouche d'or! Filles ignorantes, mais inspirées! Aucune ne saurait lire une mesure de musique, et, dans leurs improvisations vertigineuses, pas une ne s'emporte ou ne s'égare. J'ob-
servais la petite vieille : elle avait croisé ses deux mains sous son châle écarlate. Elle chantait, le regard perdu, toujours avec son doux sourire. Que voyait-elle au loin ? Peut-être le fantôme de son ancienne beauté passait-il devant ses yeux rêveurs! Ou plutôt elle écoutait, ravie, les voix de sa mystérieuse patrie et le mélodieux génie de sa race, devant lequel elle comprenait que des étrangers s'inclinaient en ce moment. Pourtant l'orgueil ne gonflait pas le cœur de la pauvre femme. Nulle fierté mauvaise, nulle rancune haineuse ne se trahissait dans la voix de ce peuple déshérité. Les chansons des Bohémiens n'expriment qu'un sentiment : la mélancolie. « La vraie musique d'un peuple, a dit M. de Vogué, est faite avec les larmes qu'il a répandues. » C'est ainsi que la tristesse est au fond de toute âme bohémienne. Elle nous envahissait nous-mêmes dans cette salle de fête. Il nous semblait que les fenêtres s'étaient ouvertes et que la lune éclairait les pâles paysages de l'automne russe. Les étangs frissonnaient au vent de la nuit, et nous respirions l'odeur des bouleaux.
Les Bohémiennes chantaient toujours. Elles disaient la morne solitude des plaines, les campements du soir et la danse, autour des feux, des bayadères farouches. Elles nous découvraient des
horizons nouveaux et ces fabuleuses contrées de Bohême, où Ton ne va qu'en songe. /)^////// daliinl C'est là I ccst là ! chante Mignon, une Bohémienne aussi. Tout le caractère des chants bohémiens est dans ce désir, mêlé de regret. Vague désir, regret indéterminé! Inutiles élans vers une patrie dont le nom même s'est perdu, réminiscences de gloire, amertumes d'exil et de vie errante, soupirs et plaintes d'amour, il y a tout cela dans le chant de ces femmes.
Avant de quitter Moscou, nous voulûmes écouter le chœur russe :1a veille de notre départ, il chanta. Quelques femmes seulement le composent : humbles créatures, dont l'aspect seul fait pitié. Toutes sont vêtues en paysannes de là-bas; elles portent des parures de verroterie, et, dans les cheveux, de pâles fleurs du Nord. Leurs visages sont tristes et leurs yeux sont doux. Sans nous parler, presque sansnousvoir, elles semblèrent, au lieu de s'asseoir, se poser comme des oiseaux fatigués. Immobiles, désolées, des vierges de vingt ans et des aïeules octogénaires chantaient ainsi :
«Privé de tout, le sarrau pour tout vêtement, ah! vis sans regret; ta mort ne sera pas une perte.
» L'imbécile de riche, avec tout son or, ne saurait dormir! Le pauvre diable est nu comme un faucon : il chante et s'amuse.
» Il marche en chantant ; le vent lui sert d'accompagnement. Gare, gare à vous, riches, c'est la pauvreté qui est en fête !
>/ Les épis de blé se dressent des deux côtés du chemin en s'inclinant au passage : siffle, pauvre diable, la verte forêt répondra à tes sifflements!
» Que tu sois affamé ou rassasié, ne t'abandonne pas au chagrin; habille-toi, peigne-toi, plaisante et souris!
» Que tu pleures ou que tu ne pleures pas, personne ne verra tes larmes...
» Tu vivras et tu mourras. Ta pauvreté trouvera un refuge. A bon entendeur, salut! La chanson est tinie. »
Par un contraste étrange, ces paroles amères, menaçantes même, se chantaient sur une musique navrante, mais douce. De la poitrine amaigrie de ces pauvres femmes montait le sanglot de toute une race, une plainte séculaire de misère et de honte. Sans espoir, mais sans haine et sans reproche, tout un peuple semblait jeter vers Dieu le cri de sa détresse et de son délaissement : « Seigneur! jusqu'à quand le labeur et la peine, jusqu'à quand l'humiliation et l'opprobre ? Seigneur! Seigneur! pourquoi nous avez-vous abandonnés? »
Le lendemain, nous essayâmes de noter les mélodies entendues pendant notre séjour à Moscou;
mais, transcrites pour nos voix et nos instruments, elles avaient perdu leur beauté : ce n'étaient plus que des fleurs séchées et mortes.
Que les Bohémiennes, les Russes, gardent le secret de leurs chansons. La science ne pénétrera pas le divin mystère de leur ignorance. Il faut subir leur charme sans le comprendre. La sagesse de l'Egypte, de cette Egypte qui passa longtemps pour la patrie des Bohémiens, n'a-t-elle pas dit, il y des milliers d'années : « Consulte l'ignorant comme le savant et ne t'enorgueillis pas de ta science. »
Mors & Vita
Mors et Vita