‹ Un siècle de musique françaiseChapitre 18 sur 21 · DE CHARLES GOUNOD · texte numérisé non relu

DE CHARLES GOUNOD

ANNONCE de l'œuvre nouvelle deM.Gounod éveillait en nous un intérêtjpresque une inquiétude spéciale. L'illustre auteur de /^jw5/, de 7? r;/;/r<9, pour ne citer que ses chefs-d'œuvre, notre plus grand musicien d'aujourd'hui, Vun de nos plus grands parmi ceux d'autrefois, touche à l'heure du soir, et nous n'étions pas sans craindre un peu cette heure trop souvent périlleuse. Nous allions peut-être entendre une voix affaiblie, nous

voir contraint, pour parler du présent, à rappeler le passéj sans pouvoir donner au génie vieillissant d'autre hommage que celui d'un pieux respect, comme ces rois de Perse dont parle Chateaubriand, qui, s'ils rencontraient un vieux palmier, s'arrêtaient pour y attacher un collier d'or.

Mais l'audition de Mors et Vita nous a rassuré : ce n'est pas là, tant s'en faut, une œuvre de déca^ dence, et la Muse ne semble pas près de replier ses ailes.

Nous lisions récemment, dans un livre de M. Hensel sur les Mendelssohn ^, un fragment du journal de Fanny, sœur de Félix, relatif au séjour que M. Gounod, tout jeune alors, fit à Berlin en 1843 dans la famille du maître allemand. « Nous avons, écrit Fanny, beaucoup causéavecGounodde son avenir, et je crois ne m'être pas trompée en lui représentant quela forme qui va s'imposer prochainement àl'artmusical français est celle de l'oratorio. Il a été tellement de mon avis qu'il s'occupe déjà d'un texte : il veut choisir le sujet àe Judith. »

Fanny Mendelssohn se trompait sur l'avenir musical de la France. Je ne vois pas que la forme de l'oratorio aitjamais été, et je doute qu'elle soit jamais populaire dans notre pays comme en AUe-

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