Cité par M. Arthur Pougin dans son volume : Boieldicu
Une fois au moins, Boïeldieu fait lui-même penser à Webei% qui le jugeait si bien ; non pas le Boïeldieu à^Jean de Paris ^ qui ne nous plaît qu'à demi, mais le Boïeldieu du P etit Chaperon Rouge , De tous les ouvrages sérieux du maître rouennais, c'est celui-là que nous placerions aussitôt après la Dame hlanehe. Il l'a précédée de sept ans (1818).
Le conte de Perrault est devenu une honnête allégorie. L'action se passe au moyen âge, sur les terres du baron Rodolphe. Un vieil usage voulait que tous les ans, dans un village choisi par le suzerain, le sort désignât une jeune fille de seize ans pouraller pendanttroismois... cultiver lesfleurs du château. Au bout de ce temps, elle recevait, si elle s'était bien comportée, une dot quilui permettait de s'établirhonnêtement. La gentille Rosed'Amour,le Petit Chaperonrouge,doit partir;maissamère adoptive, qui dans le temps a fait le voyage, et qui s'est bien comportée, est moins ambitieuse pour la petite. Elle l'aide à fuir. Rose, coiffée du chaperon magique qui la rend inattaquable, ou tout au moins infaillible, va porter la galette et le pot de beurre légendaires à un vieil ermite qui la protège. Dans les bois, elle rencontre le baron Rodolphe, le loup. Il a, lui aussi, son talisman, un anneau magique qui le fait aimer ; mais le chaperon
est le plus fort et le loup s'éloigne désappointé. Alors, sommeil de Rose d'Amour, songes d'or, visions d'hymen avec un seigneur vertueux, qui pour vivre près d'elle, s'est fait berger dans le vallon ; ballet des Plaisirs, triomphe et couronnement de l'innocence. Rose s'éveille bientôt et reprend sa route. Elle atteint l'ermitage, mais le loup l'y a devancée. Affublé d'une longue barbe et d'une robe de moine, il reçoit le petit Chaperon rouge. Heureusement il ne le mange pas. Le véritable ermite arrive à temps et révèle à Rodolphe que Rose est sa nièce, la fille de sa sœur Zélinde, abandonnée dès son enfance et recueillie par des paysans. Ne pouvant l'épouser, Rodolphe la marie au seigneur qu'elle a vu en rêve et qu'elle aimait sans connaître sa haute naissance. Ne raillons pas : Molière lui-même a parfois des dénoûments aussi innocents.
La partition de Boïeldieu est plus riche que ce livret indigent. Elle a moins vieilli. Qiielquesunes de ses grâces sont encore aussi fraîches qu'au premier jour. Depuis Grétr}^, depuis Nicolo même, le style musical s'est affiné. Le trio du premier acte : Qu'il serait doux d'être à mon âge Conduite auprès de monseigneur ! est écrit avec l'élégance et la pureté de Mozart. Comme les vides se sont comblés dans l'harmonie et dans l'orchestre !
Comme les ensembles ont pris de l'ampleur ! Ils n'avaient pas^ avant Boïeldieu, cette variété d'incidents, cette animation musicale et scénique. Le finale du premier acte du Petit Chaperon rouge prépare à la scène de la vente dans la Dame blanche. Mais ce qui fait la haute valeur du Petit Chaperon rouge^ c'est le troisième acte. L'air de Rodolphe attendant Rose et le duo suivant ont une largeur singulière. Nous songions à l'air du loup en parlant de l'auteur du Freischut:{, Si par le contour mélodique il rappelle Mozart, par sa coupe hachée, parla succession des mouvements, même par certains détails d'orchestre, il est presque digne de Weber.
Le duo final est un chef-d'œuvre. Rose demande à l'ermite la fin d'un récit commencé la veille. Mais bientôt elle s'étonne de ne pas reconnaître la voix accoutumée. Et puis le bon père lui conte d'étranges histoires. Il lui prend la main, il a l'œil allumé : Ah I jamais^ bon ermite^ ici^ Vous ne prîtes ma main ainsi, Q,uelle rapidité dans la progression, dans cette suite de récitatifs précipités ! Comme on sent redoubler chez les deux personnages l'inquiétude et le désir jusqu'à l'explosion de la terreur et de l'amour presque brutal, mais aussitôt retenu ! La courte phrase de Rodolphe est douce comme une caresse; mais elle n'arrête
pas longtemps l'élan de ce duo, qui reprend plus ardent et plus passionné. Jamais avant Boïeldieu la musique n'avait eu cette puissance dramatique, qu'elle retrouvera chez Hérold, notamment dans le dernier duo de Zampa,
L'année 1825 est mémorable à jamais dans l'histoire de la musique française. L'apparition de la Dame Manche fut un événement national. Jamais œuvre d'art n'excita de plus vifs transports. La première soirée fut triomphale, Boïeldieu traîné sur la scène et acclamé. A peine était-il rentré chez lui que le public s'amassa devant ses fenêtres. L'orchestre, encore tout ému, vint lui donner une sérénade. Amis, artistes, arrivèrent en si grand nombre, que Rossini, logé au-dessous de Boïeldieu, dut ouvrir aussi son appartement. Il le fit avec une grâce charmante, et le maître de la Dame blanche embrassa en pleurant le maître du Barlier. Tous deux s'aimaient d'ailleurs et vivaient dans l'intimité. Boïeldieu reportait volontiers un peu de sa gloire sur Rossini; mais celui-ci n'en acceptait pas l'hommage. « Jamais, disait-il, un Italien, lût-ce moi-même, n'aurait écrit la scène de la vente. Nous aurions mis partout des Félicita ! félicita I rien de plus. » Et de fait Rossini eût traité sans doute ce finale autrement que Boïeldieu. N'oublions pas cependant (et au fond il ne
Toublait pas lui-même) qu'il venait d'écrire le merveilleux finale du Barhier. Ce n'est pas toutefois que ces deux pages offrent une grande analogie. Elles valent par des mérites divers : l'une par la puissance, par l'intensité mélodique ;rautre par la légèreté et la variété des épisodes. Dans Rossini, tous les effets sont condensés; ils sont dispersés dans Boïeldieu. Néanmoins, la Daine blanche trahit un peu l'influence au Barbier. C'est à lui qu'elle doit cette abondance de mélodies^ cette profusion d'idées qui fait sa gloire, d'autres aujourd'hui disent sa misère.
Hélas ! le mot n'est pas trop dur. Les connaisseurs ne discutent même plus cette œuvre qui fut tant aimée; ils la suppriment. Ils la laissent aux collégiens qui vont aux matinées avec leur grand'mère ; et si vous essayez de la défendre, surtout de la louer, ils haussent les épaules. Ils fredonnent d'un ton goguenard : Ah I qtiel plaisir d'être soldat! ou bien : Prene^ garde I prene:^ garde! Et, pour quelques pages démodées, les voilà qui crient à la sénilité d'une œuvre encore jeune comme l'aurore. Attendons à soixante ans la musique dont ils nous écrasent aujourd'hui. Je m'étonnerais que celle-là fût jamais populaire : elle n'a rien à craindre des orgues de Barbarie.
On rit de la pièce de Scribe comme de la par-
tition de Boïeldieu, et de toutes deux on devrait s'attendrir. Scribe n'inventa jamais plus poétique aventure. On sait qu'il l'emprunta à Walter Scott, qui florissait alors, et qu'on n'eût pas appelé, comme l'a fait depuis un peu durement M. Taine : l'Homère de la bourgeoisie moderne. L'Ecosse était à la mode avec sa mélancolie. Le romantisme naissait, et la Dame blanche est le premier opéra comique qu'il ait complètement inspiré. Romantisme aimable, éloigné de l'emphase et de l'exagération. Weber sentait la raison dans la musique de Boïeldieu ; elle y est, en effet, comme généralement dans toute musique française. Il est peu d'œuvres de l'époque romantique, soit en peinture, soit en poésie, qui se soient, autant que la Dame blanche^ gardées de l'excès. On a depuis abusé des manoirs en ruines, des orphelines élevées par les châtelaines, des revenants de minuit, des créneaux, des tourelles, de tout le décor féodal et de la friperie moyen âge ! Mais le ton de la Dame blanche est si naturel, sa couleur est si discrète, que rien en elle n'a passé. Le prestige du romantisme est évanoui ; ses fantômes se sont envolés; mais il en reste un auquel nous croyons encore, et que nous aimons toujours, c'est la dame blanche d'Avenel
Ah ! la simple et bonne musique ! Comme elle
se donne ! Comme elle est naïvement belle, et belle pour tous, même pour les ignorants ! De qui l'écoute elle n'exige ni travail ni peine; elle laisse venir les petits enfants. Faites-vous semblable à eux, et vous l'aimerez de nouveau, si par malheur vous ne l'aimez plus. Dépouillez le vieil homme, l'homme de science, l'homme de métier. Oubliez le côté technique de l'art ;n*enrecherchezqueressence pure : elle est dans cette musique-là. Oubliez les complications, les surcharges modernes, et ces maîtres obscurs, assembleurs d'accords et d'harmonies, commejupiter assembleur de nuages. La beauté n'est pas chez eux; elle ne se cache pas derrière leurs énigmes. Vous rappelez-vous, dans les Caprices de Marianne^ le poétique éloge de la vigne napolitaine : « Le voyageur dévoré de soif peut se coucher sous ses rameaux verts; jamais elle ne l'a laissé languir; jamais elle ne lui a refusélesdouces larmesdontson cœur est plein.» Telle est la beauté véritable. Pas plus que les treilles du Pausilippe, étalant au soleil leurs grappes dorées, elle ne connaît la honte ni la pudeur jalouse. Elle rayonne pour tout le monde, et, par un privilège ineffable, tous les hommages ne sauraient souiller son immortelle chasteté ; elle demeure vierge après des siècles de baisers. Que de cœurs elle a fait battre, cette vieille
musique ! Que de songes elle a fait flotter autour de nos quinze ans! Quelle jeune fille en s'endormant, n'a revu la tunique bleue de Georges Brown? Quel adolescent n'a rêvé de la « gentille dame ? » Par quels fantoches veut-on vous remplacer, poétiques figures d'autrefois? Cette partition de la Dame Hanche^ nous la relisions il y a quelques semaines, et nous en étions charmés comme jadis. Elle est presque parfaite. Elle a la mélancolie et la gaîté, l'esprit et la poésie. «Z^ Dame blanche^ de Boïeldieu, a dit un éminent critique d'outre-Rhin % est encore aujourd'hui la fleur la plus délicate du génie musical français ; c'est la rose blanche de l'opéra comique. »
Le parfum de la rose est dans chaque pétale de sa corolle. Au premier acte, l'air d'entrée du ténor et la ballade ont vieilli, je l'accorde; mais comme l'introduction est bien traitée! Qu'elle est joyeuse et qu'elle a de saveur rustique avec ses sonneries de cors et de clarinettes ! Dickson paraît à peine, et dès ses premières phrases on sent la grâce aisée d'une langue nouvelle. Ce n'est pas le grand récitatif allemand, encore moins le parlando rapide des Italiens; c'estune causerie animée et naturelle.
I. M. Hanslick, Das altère Répertoire der Opera-Comique (Musikalische Stationen) i vol. ; Hoff.nann et Campe. Berlin
Tout le premier acte est mené avec cette souplesse de ton qui n'appartient qu'à nos maîtres français, surtout à Boïeldieu et à Hérold. Q uel délicieux ductto que celui de la peur ! Qu'il exprime spirituellement les grâces coquettes de la petite fermière! Rien n'échappe à Boïeldieu; son talent est soigneux jusqu'à la minutie. De l'accorte Jennyetdelavieille Marguerite il a fait, avec un duo et une romance, deuxfigures qui ne s'oublientplus. Le premier acte s'achève par un trio admirable de facture et délicieux de sentiment. Le jeune officier va prendre la place de Dickson au rendezvous donné par la dame blanche. Le cœur lui bat un peu, mais ce n'est pas de peur. Il pressent vaguement quelque douce aventure : De ce billet si tendre^ Je voudrais bien voir P auteur. Il y a déjà là une pointe de galanterie. Ce sentiment s'accuse et s'élève dans l'ensemble : J'arrive^ f arrive en galant paladin, George est tout à fait enhardi^ exalté même. Il lance dans l'orage une phrase d'une crânerie superbe, qui rappelle la phrase de Vasco de Gama, défiant le conseil à la fm du premier acte de r Africaine. George aussi jette un défi, mais un défi d'amour, avec une nuance très délicate, différente de celle qui colore le défi de Zampa ou de don Juan devant la statue. George Brownestsûr que l'être mystérieux qui l'attend n'a rien de redou-
table. Il sait que c'est une îemmejUnQ da^ne comme ondisaitjadis, et il court à son appelenamoureux, en paladin. Paladin! Scribe a trouvé là un mot heureux et Boïeldieu l'a encore ennobli et poétisé.
Il a raison de ne pas craindre, le galant officier. Tout, dans la Dame blanche^ est aimable, même le mystère, et le secret du vieux château n'est pas un secret terrible. George peut rester seul et attendre. Dans la salle que blanchit la lune par les grandes verrières, le hardi cavalier sent pourtant au fond de son cœur l'émotion des veillées inquiètes. La cavatine célèbre: Viens^ gentille J<^;;/^/ est un poétique appel aux charmes de lasolitude etdusilence. Tout se tait; George veut rêver et rêver d'amour. Qu'ils apparaissent les fantômes gracieux des nuits de la vingtième année!
Que de choses il peut y avoir dans une phrase de musique ! Que de sentiments ! Q.ue de sensations même ! Dans ce chant qui s'élève si pur, il y a toute la poésie de la nuit, et cette vague tendresse que nous mettent au cœur ses puissances mvstérieuses. En frappant à la porte du château, George, peutêtre, ne croyait qu'à demi à la dame d'Avenel. 11 ne doute pas d'elle maintenant; il va la voir, il l'aime déjà, et, quand elle apparaît, il ouvre presque les bras pour la recevoir.
Remarquons encore ici la mesure et le goût :
dans le duo de la main, comme dans l'air qui le précède^ le sentiment reste dans la demi-teinte. L'amour de George et d'Anna garde quelque chose de mystérieux, d'un peu surnaturel. C'est une tendre sympathie, qui ne va pas jusqu'à la passion; la dame blanche ne lève pas son voile; elle n'abandonne que sa main, « cette main si jolie ». Pourtant, malgré cette réserve, comme il est dessiné, ce caractère d'Anna! Que peu de chose suffit au génie! Dès le trio avec Marguerite et Gaveston, la jeune fille nous était apparue, gracieuse et douce. Une merveille encore ce trio : C^est la cloche de la tourelle! Chaque phrase est une perle mélodique. Quelle couleur dans tout le second acte, et quelle variété! Nous avons dit avec quel entrain est menée jusqu'au bout la scène de la vente, comme les incidents se pressent, sans confusion et sans tapage. A ce finale du deuxième acte opposons le début, ces couplets de Marguerite, que Boïeldieu trouva, selon la légende, en regardant filer sa vieille servante. Dans cette romance murmurée tout bas il y a une détresse immense, l'inconsolable regret de l'enfant disparu. Ici, les plus exquises nuances sont comprises. La douleur de Marguerite n'est pas seulement tendre, elle est respectueuse : une humble femme pleure le dernier de ses maîtres au fond de leur vieux château. Elle le pleure en secret
et laisse déborder ramertume de ses souvenirs. Le souvenir ! on pourrait dire que Boïeldieu en a été ici le musicien. La Dame blanche se termine par une scène admirable, qu'on doit tout entière à Boïeldieu. Il donna lui-même à Scribe l'idée de la situation. Il trouvait le troisième acte vide : les paysans saluaient leur seigneur par quelques cris de joie, les toques volaient en Tair, et rien de plus. Il fallut davantage au poétique génie de Boïeldieu. Il voulut que Julien d'Avenel se retrouvât, se reconnût lui-même. Il sentit que tout devait fêter Tenfant revenu, et que les choses parfois ont leurs sourires comme leurs larmes. Aussi bien le sourire est près des pleurs dans cette scène attendrissante. Julien entre seul dans la galerie. Là se dressent les armures des ancêtres ; là flottent les bannières héréditaires qui ne devaient plus se déployer. Lentement passent les ménestrels, et les drapeaux frissonnent. Les paysans défilent et le chant de la tribu se développe avec la gravité d'un psaume. Que ce chant soit ou non de Boïeldieu, peu importe. Jamais hymne patriotique n'eut plus de majesté. A chaque reprise de cette phrase si tendre et si recueillie, la voix de la patrie pénètre plus avant dans le cœur du jeune homme. Partout, dans les plis des oriflammes, dans Tair même de cette salle où s'est tu longtemps le refrain
6o UN SIÈCLE DE MUSiaUE FRANÇAISE
de ses aïeux, partout les souvenirs s'éveillent et l'enveloppent. Souviens-toi ! souviens-toi ! lui murmure la mélodie fidèle. 11 l'écoute longtemps, il la ressaisit peu à peu et l'achève enfinlui-même, mais timidement et tout bas, comme s'il craignait d'en dissiper le prestige délicieux.
Cette scène est une des plus touchantes qui soient au théâtre. Ainsi placée à la fin de l'opéra, elle laisse une impression de douce mélancolie. N'est-ce pas d'ailleurs le sentiment qui domine toute la Dame Blanche ? N'est-ce pas à la plus mélancolique de toutes ses mélodies que Boïeldieu demanda comme un adieu suprême? On conduisit le maître au cimetière avec la romance de Marguerite. Les cuivres attendrirent leur voix pour gémir comme le rouet. L'effet, dit-on, fut poignant. On pouvait chanter sur cette tombe : Tourne^^ iotcrne^^ fuseaux légers! D'autres mains les ont fait tourner depuis que celle-là s'est glacée, mais jamais avec une plainte plus douce, jamais avec un murmure plus harmonieux.
E trio des maîtres de Topera comique se complète avec Boïeidieu, par Hérold et par Auber. De ces deux derniers, Tuii fut un musicien de génie. Tautre, un musicien d'esprit. Tout pour eux fut différent : le talent et la destinée. A lun la Providence mesura les années 2t défendit les œuvres nombreuses; à Tautre elle accorda la fécondité d'une vie presque centenaire. Elle avait arraché des mains d'Hérold sa iyre toute vibrante; elle laissa le vieil Auber s'endormir doucement sur la sienne.
Hérold mourut très jeune, comme devait mourir, près de quarante ans après lui, un musicien de sa race, George Bizet: mais il eut le temps de donner à l'opéra comique sa forme achevée, et d'être le représentant parfait du genre que nous étudions. On a contesté l'originalité d'Hérold; on l'a accusé, sinon de copier, au moins de se souvenir. Ce Français, dit-on, était fait d'un Allemand et d'un Italien; sans Weber et sans Rossini il n'y aurait pas d'Hérold. Peut-être; mais ce serait une raison de plus d'aimer Weber et Rossini, voilà tout. Sans doute, Hérold est romantique, comme Weber; mais, de son temps, qui n'était romantique en France ? D'ailleurs, il y aurait entre le romantisme de l'un et celui de l'autre plus d'une nuance à signaler, ne fût-ce qu'à propos du sentiment de la nature. Ce sentiment, que Weber eut au plus haut point, fît défaut à Hérold comme à presque tous nos musiciens. La musique française n'a guère eu de paysagiste avant Berlioz et Félicien David.
L'influence de Rossini se fait sentir davantage chez Hérold. L'astre du maître italien était si brillant, que nul n'échappait à ses reflets. Hérold tient de Rossini la prestesse de certains mouvements : par exemple, dans le trio presque bouffe du premier acte de Zampa^ dans le premier duo
du Pré-atfX'Clercs ou clans le trio du scond acte. Mais ce sont là des détails ; au fond, le génie d'Hérold n'est pas essentiellement rossinien ; il est plus sobre et plus concis. Hérold eut la force et le nerf, mais sans en abuser jamais. Il resta mesuré, fidèle à la tradition française de la modération et de l'équilibre. Il fut surtout le musicien de la couleur, de cette couleur que nous trouvons chez Grétry le premier, qui s'accuse dans la Dame blanche^ et prend tout son éclat dans Zampa et le Pré-aux-Clercs, En musique même, on peut être coloriste. Auber ne le fut guère, sauf dans certaines pages de la Muette ; Hérold le fut presque toujours. Zampa et le Pré-aitx-Clercs sont les deux œuvres maîtresses d'Hérold. On a oublié les Rosièr^s^ Lasthénte^le Lapin blanc^ même le Muletier; à peine se souvient-on de Marie; Za7?ipa tst de 183] ; le Pré-aux-ClereSy de 1833. Les deux ouvrages font songer à Prosper Mérimée. Hérold et Mérimée, les deux esprits les plus dissemblables, furent rapprochés deux fois par des sujets, sinon par des inspirations analogues. L'idée du Pré-atix- Clercs est empruntée à la Chronique du règne de Charles /X, et Zampa^ ou la Fiancée de marbre^ pourrait bien avoir donné à Mérimée l'idée de sa Vénus d'Jlle^.Le romancier etle musicien nesenui-