C)6 UN SIÈCLE
sienne. » Et cet autre encore : « Ou Tamour n'est qu'un vain mot, ou ce moyen doit me la rendre K »
Scribe, il est vrai, n'eut pas, en composant /'.F/6>//^ (f/^ iV(9r^, toute sa liberté d'invention. Meyerbeer, qui ne voulait pas que dans ses œuvres rien se perdît, avait gardé comme noyau de sa partition le Camp de Silésie^ cantate patriotique et militaire composée par lui en l'honneur du roi de Prusse Frédéric IL La transformation de la cantate prussienne en opéra russe exigea des rajustements. Rien néanmoins, fût-ce un ravaudage forcé, ne saurait justifier pareil livret et pareil style.
La musique même a souffert de ces remaniements. La partition de Meyerbeer est inégale; elle trahit tour à tour une aisance géniale et l'effort d'un grand esprit à l'étroit. Quoi de plus libre, de plus dégagé que certaines pages du premier acte : le début des couplets de « la diplomatie », l'exorde coquet du duo de Catherine avec Peters? Meyerbeer n'a rien écrit de plus puissant que le chœur des buveurs ,
I. Lors de la dernière reprise de V Etoile du Nord à l'Op ira- Comique (octobre 1885), on a remplacé la prose par les récitatifs que Meyerbeer avait écrits pour les représentations italiennes. Ces récitatifs sont médiocres et ne valent guère mieux que le dialogue auquel ils succèdent.
^ec le rythme inflexible des gobelets entrecholéSj et la foudroyante rentrée des instruments à nit. Quelle carrure et quel aplomb! Style d'opéra,
l'accorde, mais qui ne messied pas ici. Voici aintenant un tableau de genre : la noce de Pras- )via, le joli chœur qui l'annonce, et les couplets :quis de la petite mariée finlandaise, vraie figure opéra comique, celle-là. Le duetto des deux mmes : Quinze gj^ands Jours lest étincoiant^ et la ircarolle de Catherine achève l'acte avec poésie, i jeune fille a pris la place de son frère et ses [bits de soldat. Mais, avant de partir, elle salue le dernière fois le village qu elle abandonne, et frère qu'elle laisseà ses amours. Son chant s'élève, )rté par les harpes, très calme et très pur, avec !S résonnancesde cristal. Cette mélodie esttendre, ais d'une tendresse particulière. Meyerbeer a iidu là une de ces nuances d'âme qu'il excelle à isir : une aff"ection de sœur aînée, un peu mater- Ue, dévouée et protectrice. Cette page exprime L sentiment et une sensation. Debout sur la jetée, itherine regarde les flots. Les matelots chantent
se rapprochent. Ils viennent la chercher. Touars chantant, la jeune fille s'embarque avec eux, disparaît. Dans ces vocalises à peine murmurées, ns ces notes aériennes qui s'égrènent toujours is faibles, se retrouve la sonorité des voix loin-
taines sur l'eau, la mélancolie des adieux marins, et la lente disparition des voiles.
Le second acte n'est pas à la hauteur du premier. Le tableau du camp est empâté lourdement. ExerciceSj parades, sentent les scènes militaires de l'Hippodrome. Les refrains de la cavalerie et de l'infanterie, le duel vocal des cantinières, ces pantomimes, ces onomatopées ronflantes ne valent que par leur facture ingénieuse. La scène d'ivresse est longue et triste; le quintette n'égale pas le quatuor de Rigoletto. L'assourdissant finale de la révolte contraint à marcher de front quatre motifs longtemps rebelles et péniblement soumis : ces fifres sont criards et ces clairons vulgaires. Où donc est le Prophète domptant ses soldats mutinés, le Prophète inspiré, rayonnant sous sa robe blanche et sa cuirasse d'acier? Où donc est le génie, sans lequel toute science est vaine? Le musicien s'enfle et se travaille inutilement. yEstuat infelix ! Il n'épargne ni la complication, ni le bruit, mais il n'atteintplus à la puissance. Il assène des coups terribles sans que jaillisse la flamme.
Sauf un ravissant duetto, le troisième acte est ennuyeux. Les divagations de Catherine sont pires que celles de Dinorah. Meyerbeer abuse dans cette scène du procédé fastidieux des réminiscences. Cette prévison du premier acte a quelque chose d'artificier
t de monotone; elle ne provoque chez Catherine ue des efforts de virtuosité, sans un éclair de pason: prouesses du gosier, qui ne valent pas un cri Li cœur. Et puis, quel enfantillage que ce trio dia- ►gué d'une chanteuse et de deux flûtes, renchérismt toutes trois d'agilité et d'acuité! Meyerbeer, ui créa pour l'Opéra de si nobles héroïnes, n'a it chanter à l'Opéra-Comique que des poupées à îssorts. A ressorts d'acier, par exemple ; car le rôle s Catherine, un des plus ingrats du répertoire, ;t aussi l'un des plus difficiles. Pour en sauver la icheresse, pour se faire un jeu d'une telle épreuve
fallait cette artiste et cette virtuose qui fut Caro- Qe Duprez.
Qu'on ne nous accuse pas de manquer à la nié- .oire de Meyerbeer, si nous avons donné dans son ïuvre le dernier rang ^iV Etoile du Nord et au Parp/^.Dans ces deux partitions, les qualités du maître )nt certainement moindres etses défauts pires. Inipable de se plier à l'opéra comique, Meyerbeer )ulut le plier à lui ; il eut tort :
L'armure qu'il portait n'était pas sa taille,
issi pensa-t-il la briser.
Avec Halévy, avec Meyerbeer lui-même, il sem
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ble que l'opéra comique se complique et s'alour^ disse. Nous allons le voir s'alléger, reprendre Tai^ sance et le naturel, ces dons heureux qu'il avait jadis, et qui se retrouvent dans la période contei poraine de son histoire.
LAZE de Bury écrivait naguère : « L'opéra comique chôme en France quelquefois, mais n'y meurt jamais; le succès est toujours au fond du genre; pour l'appeler à la surface, il s'agit d'avoir de l'esprit et du talent, et de vouloir s'en donner la peine. »
C'est vrai. Heureusement nous avons encore de ['esprit et du talent, et l'heure n'est pas venue de crier, même à l'Opéra-Comique : Finis musicœ ! Surtout à rOpéra-Comique. Que d'œuvres charmantes nées à côté de lui, mais pour lui, sont venues, après la ruine de scènes éphémères, demander asile au vieux théâtre qui ne passe pas ! Il les a reçues; c'est chez lui qu'elles vivent, et les échos d'autrefois redisent sans honte les chants d'aujourd'hui. Chaque jour, l'Opéra-Comique rattache à des promesses glorieuses la chaîne de ses
glorieux souvenirs, et les Gounod, les Félicien David, les Delibes et les Bizet n ont point démérité des maîtres de jadis.
Que nous veulent ici, dira-t-on, 'ces musiciens divers? Leurs œuvres ne rentrent pas dans le genre que vous étudiez, et qui n'est plus. Mireille ou Cai^men ne sont pas des opéras comiques. Sans doute, au sens strict du vieux mot, ou même au goût des amants exclusifs du passé! Mais il faut suivre, au lieu de la lettre qui tue, Tesprit qui vivifie, et voir, sous les dehors variables, l'essence qui demeure. Dq la Daine blanche à Mireille^ de V Epreuve villageoise au Médecin malgré Ini^ le fond du génie jiational est resté le même ; les dehors seuls ont changé. N'avaient-ils pas changé déjà, et y a-t-il moins loin, par exemple, du Déserteur 2iZanipa^ç[MQàQZanipa même à Carmen? Notre opéra comique a suivi le temps; il a reçu delà science et de Tâme moderne des procédés et des pensers nouveaux ; il a remplacé, par des personnages plus vivants, plus passionnés, les figurines d'autrefois; il a compris le paysage longtemps ignoré par la musique; il a donné à l'orchestre plus d'importance et d'intérêt. Mais, dans son développement, dans son progrès, Ml ne faut voir ni une déviation ni un désaveu. A travers le siècle,Pi la veine musicale française coule inaltérée. Le
uisseau reste le même, entre sasource, où se mire L peine une rose, et son courant plus vaste où les ;rands arbres ,peuvent se regarder.
N'est-ce pas dans les œuvres de caractère moyen ;t de style tempéré, dans Topera comique, au ens large et un peu modernisé du mot, n'est-ce )as là qu'est riionneur de notre musique contem- )oraine ? Honneur que nos voisins, aujourd'hui :omme jadis, ne peuvent que nous envier. Nous Lvons aussi notre langue musicale, abondante et "acile, pleine de tours heureux, et sachant comme )as une se faire entendre à demi-mot. C'est à l'O- )éra-Comique que de nos jours on l'a parlée le nieux.
Dans l'œuvre de M. Gounod, le Médecin malyré lui occupe une place à part. Il est malaisé de nettre Molière en musique, et trop facile, à qui ;'y hasarde, d'esquisser, comme Ta fait M. Poise ivec son Amour médecin^ un pastiche agréable ît rien de plus. Molière a beau parler de cette coiiédie comme d'un« simple crayon, d'un petit impromptu, » qui « devait aux airs et sympiionies le l'incomparable M. Lully des grâces dont ces ;ortes d'ouvrages ont toutes lespeines du monde à ;e passer » ; n'encadre pas qui veut les crayons l'un tel maître. N'est-ce pas dans V Amour médecin :iue Sganarelle dit de sa femme défunte : « Je