SCÈNE I
Athènes. — Une salle du palais de THESEE.
Entrent THÉSÉE. HIPPOLYTE. PHILOSTRATE, des seigneurs et leur suite.
HIPPOLYTE
Ce que nous ont conté ces amants me paraît Etrange, monseigneur !
THÉSÉE
Plus étrange que vrai !
Jamais je n*ai pu croire à ces contes de fée !
Les amants et les fous ont la tête coiffée
De visions fumantes
Que les froids jugements de la raison démentent.
Chez tous les trois, l'amant, le poète et le fou,
L'imagination souveraine fermente !
Celui-ci voit l'enfer et ses démons partout !
L'amoureux, lui, revêt de la beauté d'Hélène
La négresse la plus noire et la plus vilaine !
Et quant à ce poète inspiré dont les yeux
Vont des cieux à la terre et de la terre aux cieux,
Comme son rêve anime et recouvre d'un corps
Des choses que jamais encore
N'ont vu les autres hommes,
C'est sans difficulté que sa plume les nomme !
Tel est l'état d'esprit des imaginatifs :
Lorsqu'ils éprouvent une joie,
C'est le ciel qui la leur envoie;
Et frissonnant, la nuit, d'une terreur d'enfant.
Ils prennent un if
Pour un éléphant !
HIPPOLYTE
Pourtant, leur nocturne aventure.
Ces visions troublant leurs esprits tous ensemble,
Ont la réalité des choses les plus sûres;
Et leur récit n'a pas l'accent d'une imposture.
Quelque merveilleux qu'il nous semble !...
Entrent LYSANDRE, DÉMÉTRIUS. HERMIA et HÉLÈNE.
THÉSÉE
Les voici, nos amants, enivrés de tendresse !... Je vous souhaite, amis, de longs jours bien remplis Des bonheurs les plus frais !
LYSANDRE
Que la même allégresse Réjouisse vos promenades, Et votre table et votre lit !...
THÉSÉE
Et maintenant quels chants et quelles mascarades
Vont nous faire trouver moins longs et moins farouches
Ces interminables loisirs
Entre l'heure où l'on soupe et l'heure où l'on se couche 7
Approche, Philostrate, intendant des plaisirs !
Par quels amusements, ballet comique, drame,
Farce spirituelle,
Nous feras-tu tromper cette attente cruelle ?
PHILOSTRATE, tendant un papier à THÉSÉE.
Seigneur, vous n'avez qu'à choisir; En voici le programme.
THÉSÉE, lisant.
Le terrible combat des Centaures, chanté
Par un chanteur comique, seul,
Sur une lyre athénienne.
Non, je ne pense pas que ce récit convienne.
Car moi-même, en l'honneur d'Hercule, mon aïeul,
Je vous l'ai maintes fois conté.
Le soulèvement des Bacchantes
Qui massacrent Orphée et lui coupent la tête.
C'est une pièce ancienne; elle est fort éloquente;
Je l'ai vue au retour d'une de mes conquêtes.
Les Muses pleurant la Science
Morte dans la misère. Une œuvre satirique !
Ce n'est pas le moment d'y donner audience....